<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Les Etats-Unis ont-ils un intérêt stratégique à un contrôle permanent du détroit d’Ormuz ?

30 avril 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Pont tanker wikimedia commons
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Les Etats-Unis ont-ils un intérêt stratégique à un contrôle permanent du détroit d’Ormuz ?

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Dans sa lutte contre la Chine pour conserver sa suprématie mondiale économique et militaire, un contrôle par les Etats-Unis sur la durée de l’accès aux ressources énergétiques du Golfe persique et donc du détroit d’Ormuz serait un atout majeur. La Chine a une faiblesse, elle ne peut pas se passer du pétrole et du gaz du Moyen-Orient. C’est pour cela qu’elle a construit des alliances étroites avec l’Irak et plus encore l’Iran. Mais la guerre lancée le 28 février contre la République islamique d’Iran par les Etats-Unis et Israël pourrait changer la donne. Il est clair aujourd’hui que les Etats-Unis tentent de s’assurer le contrôle des points de passage clés de l’économie mondiale, le détroit d'Ormuz donc, mais aussi le passage entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni, le canal de Panama, le détroit de Gibraltar et le détroit de Malacca. Une illustration de la stratégie de la mer contre la terre prônée au XIXème siècle par le grand stratège naval américain Alfred Mahan.

Il est clair pour tout le monde que quand l’administration Trump s’est lancée le 28 février dernier dans des bombardements aériens massifs contre la République islamique d’Iran, elle n’avait pas de buts de guerre clairs et encore une moins une stratégie de sortie du conflit. Elle avait aussi totalement sous-estimé la capacité d’utilisation par Téhéran de l’arme énergétique via le blocage du détroit d’Ormuz et l’attaque d’installations pétrolières et gazières de ses voisins du Golfe persique.

Washington a mis du temps à trouver une réplique à cette guerre asymétrique. Et elle l’a fait sur le terrain économique, financier et pétrolier en bloquant à son tour une partie du trafic maritime qui passe par le détroit d’Ormuz, mais cette fois celui des tankers et des cargos venant ou se dirigeant vers les ports iraniens. Et elle pourrait le faire longtemps. Donald Trump a évoqué au début de la semaine la possibilité d’un blocus se prolongeant « pendant plusieurs mois » à l’occasion d’une réunion à la Maison Blanche avec des dirigeants du secteur pétrolier américain. Pas étonnant si les prix du baril ont continué à augmenter pour se trouver le 30 avril en début de journée autour de 125 dollars pour la qualité Brent qui fait référence en Europe, au plus haut depuis le déclenchement de la guerre, soit une hausse de plus de 70% depuis le 28 février.

On est passé d’une guerre « classique », ou la supériorité militaire aérienne écrasante américaine et israélienne n’a pas été décisive, à un conflit élargi construit sur des sanctions et surtout un blocus. La question que l’on peut se poser aujourd’hui est de savoir si cette stratégie manifestement improvisée ne place pas en fait les Etats-Unis dans une situation géopolitique idéale. Celle d’un contrôle plus étroit d’une grande partie des flux énergétiques. Ce qu’on a déjà pu mesurer avec la soumission au début de l’année du Venezuela.

« Stratégie de sécurité nationale 2025 »

La vision trumpienne du nouvel ordre mondial est celle d’une division en trois grandes sphères d’influence avec les États-Unis restant la puissance dominante militairement et économiquement. C’est la logique de la « Stratégie de sécurité nationale 2025 ». Washington exerce cette domination de la manière la plus directe dans sa propre sphère stratégique, l’Amérique du Nord et Sud qui comprend le Groenland mais se réserve également le droit de protéger ses intérêts dans les deux autres sphères, notamment sur les goulets d’étranglement de l’économie mondiale.

L’une de ces sphères sera façonnée par les anciennes grandes puissances européennes — la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne — si elles parviennent à augmenter leurs capacités de défense, soit par la Russie, si Moscou s’impose comme la force dominante sur le continent.

La Chine ne peut pas se passer du pétrole et du gaz du Golfe persique

Mais la priorité stratégique américaine depuis maintenant au moins deux décennies se trouve dans la troisième sphère avec le seul vrai rival des Etats-Unis, la Chine. Pékin ne fait d’ailleurs aucun mystère de son ambition de devenir la première puissance économique et technologique mondiale. Les États-Unis n’ont pas sur la Chine la même influence et les mêmes moyens de pression qu’ils ont évidemment en Amérique, mais aussi en Europe et au Moyen-Orient. Ils ont toutefois un atout majeur, celui d’être la puissance militaire maritime dominante. Une illustration de la stratégie de la mer contre la terre prônée au XIXème siècle par le grand stratège naval américain Alfred Mahan.

Car la Chine a une faiblesse qu’elle tente d’ailleurs de limiter avec une assez grande efficacité. Les ressources de son sous-sol ne lui permettent pas, comme les Etats-Unis et la Russie, d’être autonome en matière d’énergies fossiles. Elle doit importer du pétrole et du gaz en grandes quantités. Et elle le fait surtout du Moyen-Orient qui est le principal producteur mondial de ses ressources en-dehors des Etats-Unis.

Pékin contrôle de fait une grande partie des capacités pétrolières de l’Irak et de l’Iran

C’est pourquoi, depuis des années, la Chine a construit sa politique des routes de la soie et augmenté son influence dans le Golfe persique. Elle a conclu des accords de coopération pour s’assurer l’accès aux gisements de pétrole et de gaz en échange d’investissements chinois considérables, sous forme d’énormes prêts accordés par Pékin et garantis par des actifs stratégiques. L’Iran et l’Irak détenant ensemble les plus grandes réserves de pétrole et de gaz du Moyen-Orient, de tels accords ont été signés avec eux dès que Pékin a estimé pouvoir le faire sans provoquer de réaction excessive de la part de Washington.

A tel point que la Chine contrôle environ 34% des réserves prouvées de l’Irak et les deux tiers de sa production actuelle. Avec la République islamique d’Iran, l’influence de Pékin s’étend encore plus loin et é bénéficié indirectement des sanctions américaines. Téhéran a cherché par tous les moyens de sortir son économie de l’ornière. Avec « l’Accord de coopération stratégique Iran-Chine sur 25 ans » conclut en mars 2021, Pékin contrôle une grande partie des ressources pétrolières et gazières de l’Iran. Au passage, l’emprise de Pékin sur l’Iran lui confère également une influence sur les voies de transit vitales pour le pétrole et le Gaz naturel liquéfié (GNL) que sont le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab-el-Mandeb sur la mer Rouge.

Les accords militaires des derniers jours des Etats-Unis avec l’Indonésie et le Maroc

Il y a une véritable guerre d’influence entre les Etats-Unis pour contrôler les points de passage clés de l’économie mondiale. C’est vrai aussi de celui entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni, du canal de Panama, du détroit de Gibraltar ou du détroit de Malacca. Ce n’est pas pour rien si les Etats-Unis et l’Indonésie ont signé le 13 avril un « Partenariat de coopération majeure en matière de défense » qui accorde aux États-Unis des droits renforcés de surveillance et d’opérations d’urgence sur le détroit de Malacca et la mer de Chine méridionale. De la même façon, la « Feuille de route de coopération en matière de défense 2026–2036 » entre les États-Unis et le Maroc, signée le 16 avril, a officialisé l’accès à long terme des États-Unis aux installations marocaines pour la logistique, la formation et la coordination opérationnelle, c’est-à-dire un regard sur le détroit de Gibraltar.

On peut donc imaginer une présence permanente américaine dans les prochaines années autour du détroit d’Ormuz ce qui ne serait pas sans conséquences sur les flux et les prix de pétrole et de gaz.

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