Les premiers craquements au sein des pays producteurs de pétrole et de gaz du Golfe persique, devenus aussi des cibles de la guerre entre d’un côté les Etats-Unis et Israël et de l’autre la République islamique d’Iran, se font sentir. Ainsi, les Emirats arabes unis ont annoncé le 28 avril leur retrait du cartel de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) au nom de la défense de leur « intérêt national ». Les Emirats sont le neuvième pays producteur de pétrole au monde, avec l’an dernier une moyenne de 3,5 millions de barils par jour, et le quatrième producteur du cartel élargi dit Opep + derrière l’Arabie saoudite, la Russie et l’Irak. Ils sont un membre historique de l’Opep qu’ils avaient rejoint en 1967.
Le moment choisi pour l’annonce du retrait est surprenant, pas la décision car les relations entre les Emirats et l’Arabie Saoudite étaient devenues de plus en plus tendues. Cela fait des années que les Emirats souhaitent augmenter leur niveau de production et leurs revenus ce qui entrait en conflit avec la stratégie de l’Opep et du cartel élargi Opep + qui a longtemps consisté à tenter de contrôler les cours en limitant la production via des quotas. Les Emirats avaient bien obtenu quelques menues concessions pour augmenter leurs quotas mais ils les jugeaient très insuffisantes. Rappelons que l’Opep est l’organisation historique menée par l’Arabie Saoudite qui regroupe 13 pays producteurs (avant le départ des Emirats). L’Opep + ajoute au cartel depuis 2016 le renfort de 10 autres pays producteurs menés par la Russie.
Un différend sur la stratégie pétrolière et sur les réactions aux attaques iraniennes
« Il s’agit d’une décision politique prise après un examen minutieux des politiques actuelles et futures relatives au niveau de production », a expliqué Suhail Mohamed al-Mazrouei, le ministre émirati de l’Énergie à l’agence Reuters. « Cette décision reflète la vision stratégique et économique à long terme des Emirats arabes unis ainsi que l’évolution de leur profil énergétique, notamment l’accélération des investissements dans la production d’énergie nationale », a ajouté l’agence de presse officielle émirati Wam.
Suhail Mohamed al-Mazrouei a aussi expliqué que cette décision n’aurait pas d’impact dans l’immédiat sur le marché. Cela semble aujourd’hui évident puisque le blocage du détroit d’Ormuz par la République islamique d’Iran et les attaques qu’elle a mené contre les installations pétrolières et gazières de ses voisins du Golfe persique, notamment des Emirats arabes unis, ont réduit de près de 20% le commerce maritime mondial du pétrole. Cela s’est traduit depuis le déclenchement des hostilités le 28 février par une hausse de plus de 50% des cours du baril qui se situaient le 29 avril en début de journée autour de 110 dollars pour la qualité Brent de référence en Europe.
Le pays le plus ciblé par les missiles et les drones iraniens
Les Emirats arabes unis ont été le pays le plus ciblé par les attaques iraniennes, même plus qu’Israël, et ont été visés par 550 missiles balistiques et plus de 2.200 drones. Ils ont payé ainsi notamment le fait d’avoir noué des relations diplomatiques avec Israël dans le cadre en 2020 des accords d’Abraham. A tel point qu’Israël a envoyé pendant le conflit une batterie de défense anti-missiles Iron Dome et des troupes pour l’opérer afin de protéger les Emirats. Ce qui est sans précédent entre un pays arabe et l’Etat hébreu.
Sur le plan politique, les Emirats reprochent aux autres pays arabes du Golfe et tout particulièrement à l’Arabie Saoudite de ne pas les avoir suffisamment aidé et protégé contre les nombreuses attaques iraniennes et d’avoir refusé de riposter collectivement aux attaques. « Les pays du Conseil de coopération du Golfe se sont soutenus mutuellement sur le plan logistique, mais sur les plans politique et militaire, je pense que leur position a été la plus faible de toute leur histoire », a ainsi déclaré publiquement le 27 avril Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis. « Je m’attendais à cette position de faiblesse de la part de la Ligue arabe et cela ne me surprend pas, mais je ne m’y attendais pas de la part du Conseil de coopération [du Golfe] et cela me surprend », a-t-il ajouté.
D’un point de vue du seul marché pétrolier, les Emirats arabes unis manifestent leur intention de ne plus être soumis aux quotas de production imposés par le cartel quand la situation dans le Golfe persique aura retrouvé un semblant de normalité. Ils entendent produire le plus de pétrole possible. Les Emirats étaient avec l’Arabie Saoudite l’un des rares membres de l’Opep disposant de capacités de production supplémentaires importantes. Et ils ont clairement l’intention de les utiliser quand cela sera possible.













