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Tribune: Marcel Boiteux a 100 ans


Par Alain Desgranges *. Marcel Boiteux, qui fût un président emblématique d’EDF, a fêté le 9 Mai ses 100 ans. Ce vieux Monsieur n’est pas n’importe qui. Il est devenu une référence dans le microcosme de l’électricité, un exemple à suivre pour les salariés du Groupe EDF qui se réclament volontiers de sa stratégie de grand capitaine d’industrie. Dans le même temps, son ancienne entreprise va bien mal…

Au moment où l’électricité est devenue un produit de première nécessité, aussi stratégique qu’il était vital, l’envolée de son prix en raison du dérapage du prix du gaz auquel il est rattaché fait apparaître au grand jour les carences d’un marché européen inadapté à ses spécificités.

Or, les spécialistes de ce sujet considèrent que les prix du gaz ont toutes chances de rester durablement élevés. Il est donc devenu urgent de revenir sur le principe de la libre-concurrence imposée par l’Union Européenne comme un dogme qui aura fait la preuve de son inefficacité pendant cette dernière décennie.

A cet égard, il n’est pas superflu de rappeler quelques vérités comme l’avait fait Marcel Boiteux le 5 Novembre 2014, répondant ainsi à l’invitation d’Hervé Gaymard président d’une Commission d’enquête parlementaire relative aux tarifs de l’électricité qui déjà faisaient débat à cette époque.

Une déclaration prémonitoire…

«La situation est d’autant plus complexe qu’il ne s’agit pas de vendre des tonnes de blé ou des litres d’eau. L’électricité est un produit spécifique de qualité rigide, rigoureusement non stockable. Il reste que la manière dont la concurrence a été rétablie dans un système qui l’excluait de fait me paraît toujours extraordinairement choquante.  Il se trouve que notre électricité était, de beaucoup, la moins chère d’Europe occidentale. On a invoqué les subventions que nous recevions, mais nous n’avons jamais été subventionnés par l’État le programme nucléaire ayant été intégralement financé par l’emprunt. On nous parle d’une garantie de fait de l’État. J’avoue qu’il paraît peu vraisemblable qu’EDF mette aujourd’hui la clef sous la porte. Dans vingt ans, si l’entreprise est totalement ruinée, peut-être!».

Visionnaire de haut vol, cet adepte d’un service public à la française n’avait pas imaginé que seulement huit années plus tard, l’Entreprise serait au bord du gouffre sous les effets de décisions d’un Etat peu stratège.

Coup de poignard dans le dos

Anéantie par les conséquences du bouclier tarifaire et de l’obligation de vendre son électricité à perte à des concurrents bénéficiant d’avantages exorbitants au regard du service rendu au réseau dans le cadre du dispositif ARENH, elle doit en outre composer avec le Ministère de la Transition Ecologique et sa future ex-ministre qui font leur possible pour que les fonds d’investissement dits «verts» excluent la filière nucléaire, en dépit de la taxonomie de l’UE et des projets de relance du nucléaire annoncés par le Président de la République le 10 Février.

Un coup de poignard dans le dos de celui qui la fit ministre. Mais aussi un cadeau d’anniversaire d’un goût douteux pour l’ancien Président d’EDF…

*Alain Desgranges est ingénieur en Génie atomique et membre de l’ONG PNC-France

La rédaction

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