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Transition: plus que des imprécations, ce qu’il faut maintenant ce sont des innovations et des investissements efficaces

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Comme toutes les crises majeures, la pandémie peut être une opportunité pour accélérer les transformations nécessaires. Pas en promettant le paradis sur terre ou en annonçant l’apocalypse, mais avec l’innovation, des investissement massifs et des stratégies énergétiques et économiques à la fois réalistes et ambitieuses.

Les imprécations morales et les tribunes qui se succèdent réclamant après la pandémie de changer le monde sont, au choix: sympathiques, naïves ou ridicules. Mais elles ne sont pas très utiles et encore moins opérationnelles pour mener et surtout réussir la transition énergétique.

Dans Le Monde, Nicolas Hulot demande ainsi «de nous réapproprier le bonheur», «un élan effréné pour ouvrir de nouvelles voies», «d’applaudir la vie» ou de «de transcender la peur en espoir». Il va falloir se débrouiller avec cela. Dans un registre plus millénariste, toujours dans le Monde, 200 personnalités menées par Juliette Binoche, dont Madonna et Robert de Niro et même des prix Nobel de physique et de chimie, nous annoncent que «l’extinction massive de la vie sur Terre ne fait plus de doute».

La pandémie de Coronavirus, au-delà des souffrances qu’elle a infligé et infligera encore, physiques comme sociales et économiques, peut-être, comme toutes les crises majeures, une opportunité pour accélérer les transformations nécessaires. Sans doute pas en promettant  le paradis sur terre ou en annonçant l’apocalypse, mais avec l’innovation, des investissements massifs et des stratégies énergétiques et économiques à la fois réalistes et ambitieuses.

25 types de mesures de relance

On en trouve une illustration dans une étude très récente de chercheurs de l’Université d’Oxford qui invite à faire d’une pierre deux coups: à relancer l’économie et accélérer la transition. Dans un registre différent et dans une chronique sur Atlantico, l’industriel Loïk le Floch-Prigent, également chroniqueur de Transitions & Energies, affirme que «signer des tribunes ne protège pas l’environnement. La croissance et l’innovation, elles, le peuvent.» Même Brian Deese, du fonds d’investissement BlackRock, entend être «à l’avant-garde d’une tendance historique qui voit la préférence des investisseurs pour la durabilité».

Pour en revenir, aux chercheurs de l’Université d’Oxford, leur principale conclusion est la suivante: investir dans la transition énergétique et ses infrastructures ne pénalise pas la croissance. Au contraire, cela permet une reprise économique solide et des évolutions de long terme positives pour la société.

«Les plans de relance peuvent aussi bien faire d’une pierre deux coups -en mettant l’économie sur la voie d’une réduction à zéro des émissions [de gaz à effet de serre]– ou nous enfermer dans un système d’énergies fossiles dont il sera presque impossible d’échapper», écrivent les auteurs de l’étude parmi lesquels figure le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz.

L’étude a passé en revue pas moins de 700 politiques différentes de stimulation de l’activité menées depuis 2008, a utilisé 231 sources économiques majeures dans 53 pays et a comparé les performances de 25 typologies différentes de relance. Elle montre que les plans de relance «vont remodeler les économies sur le long terme» et que stimuler la croissance par la transition «offre de meilleures perspectives pour augmenter la richesse nationale et améliorer le capital productif humain, social, physique, immatériel et naturel».

Surtout pas de planification d’un Etat miné par la bureaucratie

L’étude a aussi, et heureusement, une dimension plus concrète et désigne cinq politiques qui s’inscrivent parfaitement dans la relance par la transition: investir dans des infrastructures bas carbone, améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments, investir dans l’éducation et la formation sur les technologies de la transition, mettre l’accent sur la régénération des écosystèmes et investir dans la recherche et l’innovation énergétique.

Loik le Floch-Prigent se veut plus pragmatique encore. «On ne bâtit pas une industrie avec des mots, pas plus qu’avec de l’argent, on le fait avec des hommes et des femmes qui y croient et dont les compétences permettent de prendre un coup d’avance sur les investissements…», écrit-il. Il s’en prend également aux adeptes du retour de la planification à l’ancienne, vantée par des nostalgiques des années 1950, qui veulent «construire une industrie soviétique pour sauver la patrie!» Les graves insuffisances de notre système de santé public suffisent à illustrer, une fois encore, l’inefficacité et les errements d’un Etat centralisateur miné par la bureaucratie et l’irresponsabilité.

«L’industrie ne fonctionne avec du fléchage –«ça c’est bien, c’est prometteur, ça c’est sans avenir»– personne ne peut décider, ne peut orienter un industriel qui croit en son étoile et à son produit. Et s’il n’y a pas d’industriel, les mots et l’argent n’ont jamais suffi à  bâtir une industrie prospère…», ajoute Loik le Floch-Prigent. Et de conclure: «les normes et règlementations nous ont déjà fait beaucoup de mal, regardons aujourd’hui les manuels du déconfinement dans tous les secteurs, des usines à gaz bureaucratiques indigestes et contreproductives, infantilisantes. Il faut la croissance et l’innovation et donc une industrie innovante, réactive, prospère, flexible, responsable  et prospère

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