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Transition: les engagements à long terme des gouvernements ont peu de valeur

Transition: les engagements à long terme des gouvernements ont peu de valeur

Si vous êtes un élu ou un dirigeant politique accusé de ne penser qu’aux moyens de rester au pouvoir, la meilleure recette pour prouver que vous êtes un visionnaire et que vous préparez l’avenir est de fixer de grands et ambitieux objectifs politiques et surtout environnementaux. Mais ils seront atteints suffisamment tard dans l’avenir pour être sûr que vous ne serez plus depuis longtemps aux responsabilités et leur réussite dépendra de tellement de facteurs qu’un échec ne pourra même pas vous être attribué. Telle est la thèse de la récente chronique de Leonid Bershidsky pour l’agence Bloomberg.

Il faut dire qu’elle correspond plutôt fidèlement aux engagements forts et solennels pris en matière de transition énergétique dans toute l’Europe. Leur traduction dans la réalité tarde souvent à se manifester et la plupart du temps, les moyens d’y parvenir n’existent pas… aujourd’hui. Ainsi, pas moins de 13 pays ont annoncé qu’ils entendaient interdire les véhicules utilisant des carburants fossiles entre 2030 et 2040. La France en fait partie et l’Assemblée nationale a voté le 12 juin 2019 une loi interdisant la vente de tout véhicule à moteur thermique à partir de 2040. Certains députés voulaient même ramener cette échéance à 2025 ou 2030 sans réellement se préoccuper de la possibilité technique et financière d’appliquer la mesure et de ces conséquences sociales et économiques. Ce qui importe, c’est l’effet d’annonce et de suivre les écologistes qui à l’image de la Fondation Nicolas Hulot estiment que 2040 ce sera déjà trop tard. En attendant, si l’objectif de 2040 est atteignable en théorie, il faudra s’en donner les moyens. Le coût du remplacement des véhicules thermiques d’ici 2040 a été évalué par une Commission parlementaire à 500 milliards d’euros sur 20 ans.

La ville d’Amsterdam a elle décidé de bannir tous les véhicules polluants d’ci 2030. La ville de Paris et l’agglomération parisienne ont fait encore mieux. La capitale entend interdire la circulation de tous les véhicules diesel à partir de 2024 et l’agglomération jusqu’à la limite de l’autoroute A86 de tous les véhicules essence à partir de 2030 . Y compris donc les utilitaires, les camions, les véhicules d’urgence… Il n’existe pas à la date d’aujourd’hui, en août 2019, de camions transportant des marchandises fonctionnant avec une motorisation autre que le diesel… Mais peu importe, l’intendance suivra.

Plus là pour rendre des comptes

Dans le même registre, la nouvelle Présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, a appelé à une réduction de 50% des émissions de CO2 en 2030 par rapport à leurs niveaux de 1990. Sous la pression des parlementaires européens, elle  même a fait passer finalement à 55% l’objectif de réduction des émissions de carbone. Une intention qui ne peut être que louable. Mais quelles sont les stratégies économiques et technologiques pour y parvenir dans chaque pays de l’Union?  Personne ne le sait.

Toutes ces promesses ont une chose en commun: le jour où il faudra revenir à la réalité, ceux qui les ont faites ne seront plus là pour rendre des comptes ou trouveront toujours de bonnes raisons pour expliquer qu’ils sont victimes des circonstances ou de leurs adversaires politiques. L’exemple nous vient d’Allemagne et de sa révolution énergétique, la fameuse «Energiewende» mise en avant depuis plus de dix ans comme étant le modèle à suivre avec des investissements massifs de centaines de milliards d’euros dans l’électricité renouvelable (éolien et solaire) et l’abandon du nucléaire. Résultat, ce sont les centrales à charbon qui produisent l’électricité qui manque quand il n’y a pas de vent et qu’il fait nuit. Du coup, les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre ne sont pas atteints. L’an dernier, lors des négociations pour former la coalition politique qui gouverne l’Allemagne, l’objectif initial de réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2020 a été ramené officiellement à 32%. Et il n’est pas sûr qu’il soit atteint. Mais ceux qui ont pris l’engagement des 40% ne sont plus au pouvoir depuis longtemps…

Il en sera de même en France avec la voiture électrique. Elle n’a représenté au premier semestre de 2019 que 1,8% des ventes de voitures neuves! A ce rythme-là, il sera impossible de se débarrasser des véhicules thermiques avant un siècle. A moins de les interdire purement et simplement…

Des engagements irresponsables

Comme le souligne Leonid Bershidsky, «fixer des objectifs ambitieux à long terme permet aux gouvernements de se donner le beau rôle. Ils montrent qu’ils pensent aux futures générations et pas seulement aux prochaines élections… Mais les engagements qui font les gros titres des médias sont contreproductifs et parfois irresponsables…». Ils sont notamment irresponsables quand ils sont irréalistes et alimentent la défiance à l’égard du personnel politique et de sa démagogie.

«Les gouvernements devraient seulement s’engager sur ce qu’ils peuvent réaliser dans un temps limité, jusqu’à la prochaine législature par exemple. Cela ne veut pas dire que les objectifs doivent être très modestes, juste plus honnêtes, détaillés et pragmatiques», écrit Bloomberg.

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