Les fluctuations quotidiennes des prix de l’électricité en Europe ont atteint des niveaux sans précédents. En milieu de journée, les prix de gros de l’électricité sont effondrés face à un afflux incontrôlé de production solaire et en fin de journée, lors du pic habituel de la demande, les prix s’envolent quand il faut mobiliser en urgence les moyens de production pilotables à savoir hydraulique, thermique et nucléaire. Cela devient d’autant plus nécessaire que pendant les vagues de chaleur, la production éolienne est souvent très faible pour des raisons météorologiques, la présence d’un anticyclone qui limite considérablement les vents. On peut vraiment parler de double peine.
Car le solaire est la source d’énergie qui connaît la croissance la plus rapide en Europe. Elle est la moins coûteuse et la plus rapide à installer. La baisse du coût des panneaux photovoltaïques et les aides publiques ont ainsi provoqué une vague d’investissements qui a presque doublé la capacité de production solaire en Europe depuis 2022, selon BloombergNEF. Mais cela a des conséquences loin d’être toujours positives que les gouvernements et les institutions européennes s’efforcent d’ignorer et que le lobby solaire fait tout pour masquer…
Illustration, cette annonce en date du 15 juillet de SolarPower Europe relayée sans la moindre prise de distance par nombre de médias. Elle affirme que l’énergie solaire a permis à l’Europe d’économiser 20 milliards d’euros d’achat de gaz entre le 1er mars et le 15 juillet. Mais elle présente de sérieux problèmes méthodologiques. A commencer par celui de partir du principe que si cette électricité n’avait pas été produite par des panneaux photovoltaïques, elle l’aurait été par des centrales à gaz… Les centrales hydrauliques et nucléaires, par exemple, permettent de produire en grande quantité de l’électricité décarbonée et bon marché. Et elles ne sont pas soumises aux fluctuations massives de production solaires qui ont un coût élevé, pas pris en compte par SolarPower Europe, pour l’ensemble des systèmes électriques.
« Cloche solaire »
L’afflux massif de production photovoltaïque en milieu de journée surnommé la « cloche solaire », qui est prioritaire sur les réseaux, suivi d’un effondrement quelques heures plus tard de cette même production est en fait devenu un sérieux problème technique comme économique.
Technique, car cela fragilise grandement les réseaux électriques soumis à des fluctuations de production de plus en plus difficiles à contrôler. Le gigantesque blackout du 28 avril 2025 en Espagne et au Portugal a montré comment une production massive de renouvelables intermittents, notamment solaires, rend presque impossible la stabilisation d’un réseau électrique quand les fluctuations de tension et de fréquence deviennent trop importantes. Au moment du Blackout, la production électrique espagnole était à 70% le fait de renouvelables intermittents dont 60% de solaire. Le Blackout qui a duré près d’une douzaine d’heures a fait 147 morts en Espagne…
Le rapport alarmant d’EDF caviardé sur ordre du gouvernement Lecornu
La surproduction solaire contraint aussi à activer parfois en urgence des centrales thermiques (gaz et charbon) et hydraulique quand l’ensoleillement diminue. En France, cela contraint EDF à moduler la production de ses réacteurs nucléaires qui ne sont pas vraiment faits pour cela. On n’arrête pas et on ne redémarre pas un réacteur nucléaire en quelques heures… Même caviardé sur ordre du gouvernement Lecornu pour en minimiser la portée, le rapport rendu public par EDF en février dernier sur les conséquences de la modulation est alarmant.
La « cloche solaire » crée aussi de sérieux problèmes économiques. Dans un marché de plus en plus chaotique, les modèles économiques qu’ils soient renouvelables, nucléaires ou thermiques sont mis à mal et les investisseurs s’inquiètent. Et comme il y a beaucoup moins d’heures dans la journée pendant lesquelles certaines centrales pilotables fonctionnent, cela se traduit mécaniquement par une hausse des prix de l’électricité produite. Car elles doivent amortir leurs coûts de démarrage et d’exploitation sur une période bien plus courte.
Le stockage par batterie, un jour viendra
Le constat de l’organisme européen de surveillance de l’énergie, l’ACER (Agency for the Cooperation of Energy Regulators), est sans appel. Selon lui, les fluctuations quotidiennes des prix de gros sont désormais environ cinq fois plus importantes qu’en 2020. Il a appelé à la mise en place de mesures, notamment davantage de stockage d’électricité par batteries statiques. Ce qui reste un vœu pieu compte tenu du coût des installations de batteries de stockage et de l’échelle des équipements et des investissements nécessaires pour être au niveau des besoins d’une ville et d’une région, sans parler d’un pays. Le stockage par batterie ne représente aujourd’hui que 3% des capacités de production solaire en Europe.
La situation est bien résumée par Silje Eriksen Holmen, un expert de Volt Power Analytics cité par l’agence Bloomberg. « Nous considérons aujourd’hui cette volatilité comme extrême, mais c’est devenu la nouvelle norme… Lorsqu’une vague de chaleur s’accompagne d’un vent faible, c’est la combinaison la plus difficile, car c’est précisément au moment où vos deux principales sources d’énergie sont les plus faibles que vous avez le plus besoin d’électricité ».
Car en fin de journée, la consommation d’électricité ne baisse pas vraiment, d’autant plus que la chaleur persiste. En outre, depuis six ans la consommation d’énergie en Europe liée au refroidissement a doublé. Elle est passés de 40,5 mille térajoules (TJ) en 2018 à 80,4 mille TJ en 2024, selon les chiffres d’Eurostat. Et il est assez facile d’imaginer que cette consommation a encore augmenté en 2025 et 2026.
Enfin, il ne faut pas se faire d’illusions. Le nombre de plus en plus élevé par jour d’heures de prix effondrés et négatifs de l’électricité sur le marché de gros ne profite en rien aux consommateurs. Les prix quotidiens moyens en Europe sont même en hausse cet été par rapport aux été précédents. Cela s’explique par la hausse des prix du gaz et la pression exercée par une forte demande en fin de journée. Le soleil disparait mais pas la chaleur et les besoins de refroidissement.











