Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les systèmes électriques espagnols et allemands sont confrontés à de grandes difficultés. La décision de privilégier par tous les moyens le développement des renouvelables intermittents met en péril une bonne partie des activités industrielles des deux pays. En Allemagne, c’est le prix de l’électricité, le plus élevé d’Europe, qui est le principal problème. En Espagne, c’est l’intermittence et la fragilité du système électrique illustrée par le gigantesque blackout du 28 avril 2025. Du coup, le gestionnaire du réseau électrique espagnol, Red Eléctrica, passe son temps pour éviter une nouvelle catastrophe, la coupure de courant du 28 avril 2025 a fait 147 morts, à demander aux industries électro-intensives du pays de stopper ou réduire leur activité dans l’urgence pour s’adapter aux fluctuations de production des parcs solaires et éoliens. Une aberration économique…
C’est ce qu’explique un article de El Periodico de la Energia (Le journal de l’énergie) en date du 29 septembre intitulé « Una nueva caída de la producción eólica obliga a Red Eléctrica a parar la industria por séptima vez en las últimas 10 semanas » (Une nouvelle baisse de la production d’énergie éolienne contraint Red Eléctrica à interrompre la production pour la septième fois en dix semaines).
Un nouveau blackout évité in extremis en janvier de cette année
« Comme lors des précédentes coupures, la cause est la production d’énergie éolienne. Selon des informations recueillies par El Periódico de la Energía auprès de sources du marché, une production éolienne inférieure aux prévisions, conjuguée à un déséquilibre sur le marché de l’électricité, a forcé Red Eléctrica à déconnecter 943 MW de demande industrielle. À 21h16 [le 28 septembre], Red Eléctrica a demandé l’arrêt de l’ensemble de ses capacités industrielles pendant environ deux heures, soit un total de 1.634 GWh, la perte d’énergie maximale enregistrée lors des coupures successives effectuées cette année. » Cela est donc lié à une baisse subite et importante de production des parcs éoliens qui n’a pas permis à l’opérateur Red Eléctrica de réactiver suffisamment rapidement des centrales à gaz pour compenser l’effondrement de la production.
Le SRAD ou Servicio de Respuesta Activa de la Demanda (service actif de réponse à la demande), qui permet de forcer dans l’urgence la baisse de consommation d’électricité des industriels, a ainsi été activé pas moins de sept fois depuis le 15 juillet, une situation inédite. À titre de comparaison, en 2025, année de la panne générale du réseau électrique, il n’a pas été activé du tout, et depuis 2022, il ne l’a été que cinq fois. Evidemment, les entreprises privées d’électricité sont dédommagées… Toujours en 2026, au tout début de l’année, le 28 janvier le pays a frôlé de très près un nouveau blackout majeur et comme l’écrit El Periodico de la Energia à ce moment-là Red Eléctrica « a quasiment paralysé l’ensemble des industries participant à ce service… ».
Le salut illusoire par les batteries
Comme l’explique l’agence Bloomberg, le système électrique espagnol est devenu presque ingérable et ne peut espérer son salut que par l’installation massive de batteries pour permettre d’adapter, autant que faire se peut, la production à la consommation. Mais il n’est pas sûr du tout que ce soit possible et même suffisant. « Le modèle espagnol atteint ses limites », résume Bloomberg. Non seulement la production électrique intermittente massive déstabilise le réseau du pays, mais comme elle est soit surabondante, soit insuffisante, elle met aussi à mal le modèle économique des opérateurs de parcs solaires et éoliens. Quand la production intermittente est insuffisante, les prix de l’électricité s’envolent. Et quand elle est surabondante, les prix s’effondrent. Du coup, toujours selon Bloomberg, au moins quatre grands producteurs solaires espagnols seraient en vente. Et même Iberdrola, le plus grand producteur de renouvelables intermittents d’Europe, a décidé de procéder à certaines ventes d’actifs.
« La valeur des parcs solaires s’est effondrée, incitant les investisseurs à chercher une porte de sortie et acculant certains développeurs à la faillite… Et dans le même temps, l’instabilité inhérente aux énergies renouvelables a conduit à de brusques variations de la fréquence d’alimentation, contribuant à l’énorme panne d’électricité qui a brièvement plongé la péninsule ibérique dans l’obscurité en avril de l’année dernière », écrit Bloomberg.
Le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez, qui se refuse toujours à admettre les erreurs de sa politique énergétique et a même tout fait pour que les causes réelles du blackout du 28 avril 2025 ne soient pas révélées au grand public, mise sur des installations de batteries déployées en urgence pour stabiliser le système électrique. Mais aujourd’hui, cela reste des promesses. Selon BloombergNEF, le pays disposait d’une capacité de stockage par batterie installée d’environ 400 mégawatts en 2025. Cela représente moins de 2% des 22,5 gigawatts visés par l’Espagne pour 2030… « Le retard dans la réglementation et l’absence de marché de capacité pour contribuer à garantir la sécurité de l’approvisionnement énergétique ont jusqu’ici dissuadé les investisseurs ».
Une île énergétique qui illustre les dangers d’un système construit majoritairement avec des renouvelables intermittents
Et puis, il y a les limites techniques insurmontables des batteries pour stocker de l’électricité sur les réseaux. Les équipements sont capables de stocker de l’électricité produite par des parcs éoliens et solaires pendant deux à quatre heures par jour. Mais ils ne peuvent pas vraiment remplacer les centrales hydrauliques ou thermiques et n’offrent pas leur inertie électromécanique qui permet réellement de stabiliser la fréquence et la tension sur les réseaux électriques.
La péninsule Ibérique constitue aujourd’hui en quelque sorte une île énergétique pour le meilleur et surtout pour le pire. Elle a relativement peu de liaisons électriques avec la France et le reste de l’Europe. Cette situation a protégé l’Espagne et son voisin, le Portugal, des récentes flambées des prix de l’énergie qui ont touché une grande partie de l’Europe. Mais cela n’offre pas à son réseau la stabilité qu’apportent à l’Allemagne avec les multiples interconnexions le parc nucléaire français et les productions hydroélectriques des pays scandinaves. Les dangers d’un système électriques construit majoritairement avec des renouvelables intermittents, sans véritable réflexion et pour des raisons essentiellement politiques, sont aujourd’hui évidents. L’Espagne en paye le prix humain et économique, et ce n’est pas fini…














