Le système électrique allemand pose un sérieux problème à l’OTAN. Les plans de défense de l’Alliance militaire reposent notamment sur la capacité de déployer jusqu’à 800.000 soldats alliés et 200.000 véhicules vers l’est à travers l’Allemagne. Cela explique pourquoi les menaces de sabotage se multiplient en Allemagne et les infrastructures électriques sont particulièrement vulnérables.
L’un des dommages collatéraux de l’expansion rapide des renouvelables intermittents (éolien et solaire) est la fragilisation des réseaux électriques. Quand les productions renouvelables intermittentes atteignent une certaine proportion du total, au-delà de 40%, la stabilité des réseaux devient plus problématique. Ils ont été conçus pour gérer des productions centralisées à partir d’équipements – centrales hydrauliques, nucléaires, thermiques – qui apportent une sécurité aux réseaux pour contrôler les variations de tensions et de fréquences. Leurs gigantesques turbines ont par construction une grande inertie électro mécanique. Ce n’est évidemment pas le cas des éoliennes et des panneaux photovoltaïques.
Et l’Allemagne fait partie, avec l’Espagne par exemple qui a connu un black-out retentissant et meurtrier en avril 2025, des pays qui ont fait le choix des renouvelables intermittents. Cela contribue à fragiliser un peu plus un réseau électrique qui par ailleurs n’a pas eu depuis de nombreuses années les investissements qu’il nécessitait.
Retard considérable de développement et de modernisation des réseaux
L’Allemagne a notamment comme problème d’avoir une grande partie de sa production éolienne au nord et de la consommation au sud. Sa seule façade maritime, où peut s’implanter de l’éolien marin, se trouve au nord. Et c’est toujours au nord que les régimes de vent sont les plus soutenus. Mais le pays n’a pas les lignes à haute tension pour amener cette électricité des lieux de production vers les lieux de consommation. Et les centrales nucléaires qui ont été fermées étaient au sud et à l’ouest, proches des lieux de consommation.
La Cour des Comptes allemande dénonçait il y a déjà plus de deux ans un retard considérable dans le développement du réseau haute tension qu’elle chiffrait à 6.000 kilomètres. Elle estimait que des investissements d’au moins 460 milliards d’euros étaient indispensables d’ici 2045 pour régénérer les lignes vieillissantes et en construire de nouvelles.
Faut-il encore convaincre les populations. Les projets visant à augmenter massivement les capacités de transport d’électricité entre les régions allemandes se heurtent à des oppositions locales farouches. Difficile de faire accepter les énormes et imposantes infrastructures, enlaidissant le paysage à raison d’un pylône d’une centaine de mètres de hauteur minimum tous les 150 à 200 mètres sur plusieurs centaines de kilomètres. Et l’Allemagne est un pays fédéral où les régions et les autorités locales ont une capacité autrement plus importante qu’en France à résister aux injonctions du gouvernement.
Une série de sabotages récents
Pour en revenir à la vulnérabilité du réseau existant en cas de conflit et son importance stratégique, dans un scénario où la Russie attaquerait un pays de l’OTAN, l’Allemagne devrait être capable en l’espace de quelques mois acheminer jusqu’à 800.000 soldats alliés et 200.000 véhicules à travers le pays vers le flanc oriental. Les ports, aéroports et voies ferrées nécessaires allemandes jouent déjà un rôle essentiel dans le transport de matériel militaire à travers l’Europe en direction de l’Ukraine. Ce n’est pas un hasard si l’Allemagne affirme que la Russie a tenté de bombarder avec un drone un avion-cargo ukrainien à l’aéroport de Leipzig-Halle, qui abrite le programme de transport aérien lourd de l’OTAN.
Le soutien de l’Europe à l’Ukraine et les plans de l’OTAN reposent sur les mêmes réseaux civils de transport et d’énergie. L’aéroport de Leipzig-Halle était déjà apparu dans une affaire de sabotage russe. Le 20 juillet 2024, un colis contenant un engin incendiaire et des explosifs a pris feu à l’intérieur d’un conteneur DHL sur le site aéroportuaire.
Au début du mois, des saboteurs ont pris pour cible des installations électriques à Jänschwalde, Bergheim et Dormagen. Les autorités allemandes ont découvert le 2 septembre plus d’une douzaine de lanceurs pyrotechniques dans une sous-station proche de la centrale électrique de Jänschwalde. Quelques heures plus tard, un matériau conducteur a provoqué un court-circuit à la sous-station de Bergheim, déconnectant cinq groupes électrogènes d’une puissance cumulée de 4,2 mégawatts. Deux autres appareils ont été découverts sous une ligne à haute tension près de Dormagen le 4 septembre.
Une logistique qui s’appuie sur les infrastructures énergétiques et de transport civiles
L’Office fédéral de police criminelle allemand a recensé 160 actes de sabotage potentiels et plus de 700 observations suspectes de drones en 2026, au début du mois de septembre, selon un document interne cité par les médias allemands. Ces chiffres englobent des incidents impliquant différents auteurs présumés et ne correspondent pas à 160 opérations russes.
Le plan d’opérations classifié de l’Allemagne, qui compte 1.400 pages, confie une part importante du déploiement de l’OTAN à des entreprises civiles. La Deutsche Bahn et d’autres sociétés de transport disposent de contrats de mise à disposition et Rheinmetall a accepté d’aménager des zones de transit où les convois militaires pourront faire le plein, se restaurer, se reposer et effectuer des réparations sur les véhicules. L’Allemagne n’est pas en mesure de mettre en œuvre ce plan logistique sans le concours d’entreprises civiles.
En février et mars 2026, l’Allemagne a mis à l’épreuve son rôle logistique lors des exercices « Quadriga » de la Bundeswehr et de l’exercice « Steadfast Dart » de l’OTAN. L’Allemagne a réceptionné et acheminé 6.400 membres de la Force de réaction alliée de l’OTAN, gérant 75 vols militaires, sept navires de transport de fret et de transbordement, ainsi que près de 100 convois routiers. Pour cela, il a fallu 300.000 litres de diesel et 170.000 litres de kérosène.
Un réseau électrique émietté
Les ports, les voies ferrées, les aéroports et les réseaux autoroutiers intégrés au plan de l’OTAN pour l’Allemagne dépendent tous du réseau électrique civil. Une attaque contre le réseau à proximité de l’un de ces nœuds de transport pourrait perturber plusieurs volets d’un déploiement de l’OTAN sans pour autant frapper une installation militaire.
Le système électrique allemand est réparti entre quatre gestionnaires de réseau de transport à haute tension et 851 gestionnaires de réseau de distribution. Parmi ces derniers, 767 desservent moins de 100.000 clients et 643 en desservent moins de 30.000. Les convois de l’OTAN traversant l’Allemagne dépendraient donc de réseaux électriques vulnérables, exploités par des centaines d’entreprises, aux moyens humains et financiers très disparates. La protection des postes électriques incombe aux opérateurs…














