<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Le monde peut-il atteindre 33% d’électrification en 2035 comme le croit l’Agence internationale de l’énergie ?

28 septembre 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Solaire Eolien Wikimedia Commons
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Le monde peut-il atteindre 33% d’électrification en 2035 comme le croit l’Agence internationale de l’énergie ?

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L’électrification des économies est le meilleur moyen et presque le seul de les décarboner. C’est aussi une réponse aux crises successives d’approvisionnement en pétrole et en gaz que nous traversons depuis 2022. L’accélération de l’électrification des usages dans l’industrie, les transports et le chauffage est souhaitable et nécessaire. Elle sera d'ailleurs le principal thème de la prochaine COP31 qui se tiendra en Turquie du 9 au 20 novembre prochain. A cette occasion l’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de rendre publique une grande étude sur l’électrification annonçant que passer de 23%, aujourd’hui, à 33% de taux d’électrification mondial d’ici 2035, en moins de dix ans, est faisable. Mais l’AIE a tendance depuis des années à prendre ses désirs pour la réalité.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) nous a montré au cours des dernières années sa capacité à prendre ses désirs pour la réalité et à construire des modèles sur des bases plus politiques et volontaristes qu’économiques et scientifiques. Elle a cherché et réussi à devenir un acteur mondial de la communication sur la transition énergétique quitte à y perdre une partie de sa crédibilité et à apprendre à rétropédaler et à se contredire. Son ambition de parvenir à Net Zéro émissions d’ici 2050, un concept que l’AIE a inventé et popularisé, est malheureusement totalement irréaliste. Il en va de même de ses annonces répétées de déclin imminent du pétrole ou du charbon, même si elle finira un jour par avoir raison…

Il est donc important de tenter de valider ou prendre du recul avec les annonces et prévisions de l’institution et de son directeur exécutif, le très médiatique Fatih Birol. La dernière provient d’une étude approfondie de 200 pages sur l’électrification dans le monde. Elle prévoit désormais un taux d’électrification mondial de 33% d’ici 2035, contre 23% aujourd’hui et s’inscrit dans « l’Age de l’électricité » mis en avant par Fatih Birol. Reste à savoir, si on peut entrer dans cette nouvelle ère en moins de dix ans…

Une étude sur mesure pour la COP31

L’étude de l’AIE a été en quelque sorte commandée par la Turquie et l’Australie pour être utilisée pendant la prochaine COP31 qui se tiendra à Antalya en Turquie du 9 au 20 novembre prochain. Lors du grand cirque médiatique habituel, les négociateurs prôneront un engagement officiel des Etats dit « 35% d’ici 2035 » (35 by 35). Un beau slogan… Selon les estimations de l’AIE, une électrification plus rapide pourrait permettre au monde d’économiser plus de 400 milliards de dollars sur les importations de combustibles fossiles d’ici 2035.

C’est évidemment souhaitable. Mais pour autant est-ce réaliste ou se trouve-t-on à nouveau face à une forme de pensée magique et face à des modèles construits avec des hypothèses choisies pour parvenir au résultat souhaité. Electrifier les usages dans l’industrie, les transports, le chauffage des bâtiments est le seul moyen de décarboner une bonne partie des économies. La quasi-totalité des experts et des scientifiques sont d’accord avec cela. Il est aussi assez évident que les crises énergétiques successives des dernières années, liées aux problèmes d’approvisionnement en pétrole et en gaz nés de conflits militaires, militent pour accélérer l’électrification. C’est l’argument mis aujourd’hui en avant sans cesse par les institutions et les gouvernements en faveur de l’électrification. Ils oublient au passage souvent une chose que le fonctionnement de l’économie de marché dépend du signal prix. Si l’électricité n’est pas compétitive, elle ne pourra pas s’imposer. Il existe une corrélation assez étroite en rapidité de l’électrification des économies et les prix de l’électricité.

S’inscrire dans la réalité économique

L’AIE construit son raisonnement sur le fait que la demande d’électricité a progressé deux fois plus vite dans le monde entre 2015 et 2025 que la demande d’énergie, augmentant de plus de 3% d’une année sur l’autre. Par ailleurs, environ 40% de l’approvisionnement énergétique total sert aujourd’hui à la production d’électricité cela inclut le charbon et le gaz naturel, les ressources renouvelables telles que l’hydroélectricité, l’éolien et le solaire et l’énergie nucléaire. L’électrification doit donc s’accélérer tout comme la décarbonation de la production d’électricité avec le déclin de l’utilisation du charbon et à terme du gaz. L’Agence a aussi conscience que tout cela doit s’inscrire dans la réalité économique des prix de l’énergie et des capacités d’investissement. « Tandis que le monde entre dans l’ère de l’électricité, cette transition peut apporter des avantages considérables en matière de compétitivité économique, de sécurité énergétique et de transitions énergétiques – même s’il deviendra de plus en plus important de garantir que l’électricité reste sûre et abordable à mesure que son utilisation se développe ». Sûre, abordable et aussi abondante, c’est tout le problème…

Comme l’écrit l’AIE : « La production, le transport et la distribution de l’électricité nécessitent des infrastructures vastes et coûteuses. En raison de ces facteurs, l’électricité est presque toujours plus chère, par unité de consommation d’énergie finale, que des combustibles tels que le gaz naturel ou l’essence. Toutefois, les technologies consommant de l’électricité sont souvent nettement plus efficaces que leurs équivalents conventionnels ».

Maintenant, il est aussi indéniable que la crise énergétique née de la guerre américano-israélienne contre la République islamique d’Iran et du blocage du détroit d’Ormuz a accéléré l’électrification à l’échelle internationale au cours des derniers mois. Les pays dépendants des importations de combustibles fossiles s’efforcent de limiter cette dépendance en développant leurs propres ressources énergétiques. Du nucléaire au solaire, cela stimule considérablement l’électrification dans de nombreux pays.

Véhicules électriques et panneaux photovoltaïques

Les ventes de véhicules électriques ont ainsi très nettement accéléré, notamment en Europe. L’installation de panneaux solaires en toiture connaît un essor spectaculaire en Asie — tout particulièrement en Inde, aux Philippines, en Indonésie, au Cambodge et en Malaisie. Les énergies renouvelables, surtout le solaire photovoltaïque, s’imposent comme une solution alternative pour les économies émergentes face au charbon et évidemment au gaz.

Selon un rapport récent de S&P Global sur l’état des lieux de la transition énergétique, les économies émergentes pourraient accroître la demande mondiale totale en énergie de plus de 60% d’ici à 2060, soit une augmentation équivalant, en volume de consommation, à l’ajout d’une seconde Chine. Si l’électrification ne pourra pas à elle seule répondre à cette hausse massive de la demande énergétique, elle permettra de réduire considérablement les importations d’hydrocarbures.

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