<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Le gaz extrêmement rare et précieux devenu une arme stratégique pour le Canada

15 octobre 2026

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Interlune image robot lunaire D.R.
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Le gaz extrêmement rare et précieux devenu une arme stratégique pour le Canada

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Il ne se produit aujourd’hui par an que 15 à 20 kilos d’un gaz extrêmement rare et stratégique, l’hélium-3. Il est utile pour la cryogénie de pointe, la détection de neutrons pour la sécurité radioactive et la fusion nucléaire. Mais surtout il est indispensable au développement de l’informatique quantique qui est un enjeu stratégique majeur pour les grandes puissances. Et le principal producteur au monde, de loin, d’hélium-3 est le Canada… L’enjeu de l’hélium-3 est si stratégique que le gouvernement américain finance une start-up baptisée Interlune qui a pour ambition d’aller chercher dès 2028 de l’hélium-3 sur le sol lunaire.

Les grandes puissances qui tentent de faire pression sur le Canada, la Chine dans un passé pas si lointain et les Etats-Unis aujourd’hui, feraient bien d’y réfléchir à deux fois. Les tensions entre le Canada et la Chine ont été considérables après l’arrestation, en 2018, de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou. Quatre années plus tard, le Canada a même exclu le géant chinois des télécommunications Huawei du déploiement du réseau 5G dans le pays. Quant à l’administration Trump, qui considère le Canada comme le 51ème Etat des Etats-Unis… lui a imposé en juillet dernier un droit de douane supplémentaire de 50% sur une vaste gamme de produits d’exportation.

Mais le Canada a dans son arsenal de rétorsion une arme peu connue mais dévastatrice. Il s’agit de l’hélium-3 dont le Canada est le principal producteur mondial. Un gaz extrêmement rare et précieux puisqu’il s’en produit à peine 15 à 20 kilogrammes par an. Il s’agit d’un isotope léger et non radioactif de l’hélium utilisé dans l’informatique quantique, la cryogénie de pointe, la détection de neutrons pour la sécurité aux frontières et la fusion nucléaire expérimentale. Le Canada produit ce gaz comme sous-produit de l’extraction du tritium de l’eau lourde dans ses réacteurs nucléaires de type CANDU (Canada Deuterium Uranium).

Un sous-produit des réacteurs CANDU à eau lourde

Les CANDU, développés dans les années 1950 et 1960 au Canada, sont donc des réacteurs à eau lourde d’un type particulier qui ont pour particularité d‘utiliser comme combustible de l’uranium naturel non enrichi. La quasi-totalité des réacteurs civils en service dans le monde utilisent comme combustible de l’uranium 235 qui est extrait (enrichi) à partir de l’uranium naturel dont il représente seulement 0,71% le reste étant de l’uranium 238 qui n’est pas fissile, sauf dans les réacteurs à neutrons rapides. Le Canada abrite 17 des 26 réacteurs CANDU en service dans le monde. Les États-Unis, la Russie et la Chine produisent bien de l’hélium-3 mais en petite quantité et il s’agit principalement cette fois d’un sous-produit extrait des bombes nucléaires pour augmenter la concentration en tritium qui accroît le rendement des armes atomiques.

La majeure partie de l’hélium-3 est aujourd’hui utilisée dans les détecteurs de neutrons qui se trouvent dans les installations portuaires afin repérer les matières nucléaires faisant l’objet de trafic. Mais l’avenir de l’hélium-3 s’annonce prometteur avec le développement de l’informatique quantique qui devrait bouleverser la puissance de calcul dont dispose l’humanité. L’informatique quantique fait l’objet d’une intense compétition, notamment entre les Etats-Unis et la Chine, car le pays qui maîtrisera le premier cette technologie aura un avantage économique et stratégique considérable.

Indispensable au développement de l’informatique quantique

L’informatique quantique nécessite un refroidissement hors norme des ordinateurs avec des températures de fonctionnement proches du zéro absolu (-273,15 Celsius ou 0 Kelvin). Les méthodes de refroidissement conventionnelles permettent d’abaisser la température de l’hélium ordinaire (hélium-4) entre 1 et 4 Kelvin (de -272,15 °C à -269,15 °C). Pour atteindre des températures encore plus basses, les scientifiques mélangent de l’hélium-4 avec de l’hélium-3 ce qui permet au système de descendre jusqu’à 5 millikelvins.

Les besoins en hélium-3 sont si stratégiques que le gouvernement américain a même investi dans une start-up spécialisée dans la robotique dont l’ambition est d‘extraire de l’hélium-3 sur la Lune… En mai dernier, la NASA a attribué à la société Interlune un contrat de 6,9 ​​millions de dollars pour développer un gigantesque robot lunaire (voir l’image ci-dessus). Celui-ci devrait être envoyé sur la Lune d’ici 2028 afin de prélever, chauffer et extraire de l’hélium-3 du sol lunaire. Le ministère américain de l’Énergie a même signé un accord inédit pour l’achat de 3 litres d’hélium-3 récolté sur la Lune avec Interlune, marquant ainsi la première fois qu’une agence gouvernementale convient d’acheter une ressource naturelle spatiale d’origine non terrestre.

Interlune a déjà obtenu près de 500 millions de dollars de commandes fermes de clients souhaitant utiliser cet isotope rare pour des systèmes de refroidissement en informatique quantique et pour le développement de la fusion nucléaire.

On estime que la Lune renferme entre 1 et 3 millions de tonnes d’hélium-3 piégées dans la poussière de sa surface, à comparer donc avec les quelques 15 à 20 kilogrammes d’hélium-3 produits chaque année sur Terre. Au fil des milliards d’années, le vent solaire a bombardé en continu la surface lunaire, y « pulvérisant » de l’hélium-3, la Lune étant dépourvue du champ magnétique protecteur de la terre

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