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Mini-réacteur nucléaire Rolls-Royce

La relance industrielle française passera par la transition énergétique

Après avoir mis fin en catimini aux recherches sur les réacteurs nucléaire de quatrième génération et reporté sans cesse des décisions stratégiques d’investissement, Emmanuel Macron vient de se rallier à l’innovation nucléaire. Il veut que la France se dote de petits réacteurs modulaires. Le plan de 30 milliards d’investissements d’ici 2030, annoncé mardi 12 octobre, marque à la fois une conversion sans ambiguïté au nucléaire et des ambitions toujours plus grandes proclamées dans l’hydrogène vert et le véhicule électrique. Pour le Président, l’indépendance industrielle du pays sera avant tout celle de son approvisionnement en énergie. Les hausses de prix massives des derniers mois ne peuvent que le conforter dans cette stratégie.

Les campagnes pour les élections présidentielles ont parfois pour conséquences bénéfiques de contraindre le Président sortant en quête d’un nouveau mandat à transformer promesses, slogans et ambitions proclamées en réalités sonnantes et trébuchantes. Ainsi, le plan d’investissements de 30 milliards d’euros d’ici 2030, annoncé le 12 octobre, pour permettre à la France «de retrouver le chemin de l’indépendance» a le mérite de rendre plus concrets les objectifs proclamés de reconquête industrielle. Même si 30 milliards cela reste modeste eu égard à la grandiloquence du discours puisqu’il s’agit tout simplement de «répondre aux grands défis de notre temps».

Le retour en grâce de l’innovation nucléaire

La transition énergétique est ainsi devenue aujourd’hui le fer de lance de l’indépendance industrielle du pays.  Sur les 30 milliards d’euros annoncés, la moitié devrait être allouée au financement de la transition. Cela vient notamment de se traduire par une sortie de l’ambiguïté sur le nucléaire. Le même Emmanuel Macron, qui avait supprimé en catimini et même en contournant la loi à l’été 2019  les recherches menées sur les réacteurs de quatrième génération dit à neutrons rapides, annonce maintenant investir un milliard d’euros d’argent public dans les mini réacteurs modulaires ou SMR (Small modular reactors). Il a même osé déclarer: «nous devons réinvestir pour être à la pointe des innovations de rupture dans le secteur».

Il y a encore cinq mois et dans l’indifférence générale, le gouvernement se faisait pourtant apostropher successivement par l’Académie des sciences et par l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques sur l’effondrement français en matière d’innovation et de recherche nucléaire après avoir été à la pointe pendant des décennies. En matière de SMR, les Américains, les Britanniques, les Chinois et les Russes sont plus avancés. Il existe ainsi plus d’une cinquantaine de projets en cours de développement dans le monde. Selon le Président, EDF devra rattraper le retard et mettre sur le marché son propre modèle de SMR d’ici 2030. «Nous sommes prêts à y investir 1 milliard d’euros d’ici 2030 pour accélérer… Nous avons absolument besoin de cette technologie, en améliorant la sûreté, en baissant les coûts et en diminuant les déchets», a-t-il ajouté.

D’une façon plus générale, Emmanuel Macron s’inscrit maintenant très clairement en faveur de l’atome, campagne et sondages favorables au nucléaire obligent. «200.000 Françaises et Français travaillent dans le nucléaire, c’est une chance», a-t-il déclaré.

Hydrogène vert, véhicules électriques, avion bas carbone, des ambitions sans limites

Le Président est aussi revenu à la charge sur la création d’une grande filière d’hydrogène vert (décarboné), un revirement stratégique que l’Elysée a décidé soudain à l’été 2020 s’inspirant du modèle allemand et balayant les oppositions, notamment celle de RTE, toujours en retard d’une guerre. Les ambitions sont aujourd’hui encore plus grandes. Voulant tirer partie d’un savoir-faire industriel indéniable et d’un grande nombre d’entreprises françaises innovantes dans l’hydrogène, Emmanuel Macron estime que la France doit «devenir le leader de l’hydrogène vert en 2030». «Cela fait partie des secteurs où nous pouvons être leader», a-t-il ajouté appelant à investir «massivement» dans cette filière. Concrètement, d’ici 2030 la France «doit pouvoir compter sur son sol au moins deux gigafactory d’électrolyseurs et produira massivement de l’hydrogène et l’ensemble des technologies utiles à son utilisation».

L’autre priorité est celle de la décarbonation des transports avec le véhicule électrique et l’avion bas carbone. Là encore, les ambitions annoncées sont grandes, à savoir «produire en France à l’horizon 2030 près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides». «Nous ne voulons pas devenir la nation qui roule le plus vert avec des véhicules pas produits chez nous», a ajouté Emmanuel Macron en mettant au passage la pressions sur les constructeurs. Il entend aussi que la France développe le premier avion bas carbone «à l’horizon 2030». Ce combat devra être «européanisé au maximum», a-t-il précisé, mais l’aéronautique, comme l’automobile, sont «au cœur de l’avenir industriel français». Les investissements publics dans ces deux «acteurs des transports du futur» seront de «près de quatre milliards d’euros».

La rédaction

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