Une bonne mesure de l’ampleur de la crise énergétique que nous traversons et de l’impact qu’elle a sur le pouvoir d’achat des Français a été fournie à la fin de la semaine dernière par les chiffres provisoires de l’inflation au mois d’octobre publiés par l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques). Il en ressort que les prix à la consommation ont augmenté de 3,4% sur un an en octobre, après 3,1% en septembre, au plus haut depuis janvier 2024, et que l’énergie est la principale responsable.
Les prix de l’énergie, essentiellement le gaz naturel et les produits pétroliers, ont augmenté de 24,1% en octobre sur un an (après 21,3% en septembre). La hausse des prix de l’énergie ne cesse de s’accélérer depuis maintenant quatre mois consécutifs. Et cela va se poursuivre. Le prix repère du gaz a augmenté de 6,6% au 1er novembre. Il s’agit de la troisième hausse mensuelle d’affilée après déjà des augmentations supérieures à 5% en septembre et en octobre. Du côté des carburants, au 31 octobre la hausse sur un an ressortait à la pompe à 22% pour le sans plomb 95 et à près de 37% pour le gazole…Même les prix spot de l’électricité sur les marchés de gros suivent et ont ainsi touché brièvement les 300 euros le MWh en France au cours des derniers jours.
L’énergie explique plus de la moitié de l’inflation
L’énergie pèse 764 points sur les 10.000 que compte le panier de l’INSEE permettant de mesurer l’inflation, soit 7,6%. C’est une part limitée (voir les tableaux ci-dessous). Mais multipliée par +24,1%, elle représente 1,84 point sur les 3,4 points de hausse des prix mesurés. Cela signifie que sans l’énergie, les prix auraient augmenté de moins de 1,6% sur un an.
Il faut aussi souligner que l’augmentation de 3,4% des prix en octobre sur un an calculée par l’INSEE est celle subie par un ménage moyen. Pour un foyer qui se chauffe au gaz ou au fioul et qui est contraint d’utiliser un ou plusieurs véhicules consommant du diesel ou de l’essence, l’énergie pèse bien plus que 7,6% des dépenses et la ponction sur son pouvoir d’achat est nettement plus importante.
L’indice des prix provisoire d’octobre 2026 en France (INSEE)

Evolution des prix de l’énergie en France par mois depuis février 2026 (INSEE)

Le plus inquiétant est que les perspectives restent très mauvaises avec la menace grandissante d’une reprise des frappes américaines sur la République islamique d’Iran et l’envolée continue des prix européens du gaz. La référence Dutch TTF a largement dépassé la semaine dernière les 100 euros le mégawattheure, ce qui n’était plus arrivé depuis 2022 et les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Depuis le 28 février et le début des attaques américano-israéliennes contre la République islamique d’Iran, les cours du gaz en Europe ont été multipliés par trois.
On peut aussi comparer les cours du gaz à ceux du pétrole. Un MWh de gaz représente environ 0,6 baril de pétrole brut de qualité Brent. Cela signifie qu’exprimés en baril de pétrole, les cours du gaz naturel en Europe sont aujourd’hui à plus de 170 dollars. Les cours du baril de Brent se situent eux autour de 110 dollars.
Des stocks de gaz faibles
Il faut ajouter à ce constat, le fait préoccupant que les stocks de gaz en Europe sont à un niveau faible pour la période, de l’ordre de 75% (86% en France et 61% en Allemagne) au lieu habituellement de 90% au début du mois de novembre, et que l’hiver n’a pas encore commencé et qu’il est marqué mécaniquement par une forte augmentation de la consommation de gaz et d’électricité, surtout si les températures baissent fortement… On dit que la demande de gaz et d’électricité est fortement thermosensible.
Pour donner un ordre d’idée de l’impact des températures, l’Europe consomme du gaz naturel pour trois raisons. Pour fabriquer de l’électricité, pour des besoins industriels notamment de chaleur et de production chimique et pour chauffer les bâtiments et les logements. Cette consommation représente en été environ 200 millions de MWh par mois et en hiver jusqu’à 500 millions de MWh…
Des cours du gaz à plus de 200 euros le MWh si l’hiver est rigoureux
Si cet hiver s’avère plus froid que la moyenne, le prix du gaz pourrait ainsi grimper bien au-delà de 200 euros le mégawattheure, selon le cabinet de conseil Energy Aspects interrogé par l’agence Bloomberg. Une telle situation constituerait une catastrophe pour les consommateurs et pour l’industrie européenne, surtout quand on sait que le prix équivalent aux États-Unis se situe aux alentours de 8 euros par MWh.
Face à cela, la réponse européenne semble ridiculement faible. Les gouvernements européens ont promis environ 12 milliards d’euros pour amortir l’impact de la crise énergétique, selon les calculs du Think tank Bruegel. À la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie il y a quatre ans, les aides aux consommateurs — telles que des plafonnements de prix et des subventions — avaient représenté environ 650 milliards d’euros…














