Il n’y a pas de meilleur exemple des errements des politiques énergétiques qui privilégient de façon dogmatique et sans tenir compte des réalités techniques, météorologiques et économiques les renouvelables intermittents (éolien et solaire) que la fameuse Energiewende allemande. Cette politique qui a consisté pendant près de deux décennies à investir près de 800 milliards d’euros dans le déploiement massif de parcs éoliens et solaires et à abandonner dans le même temps le nucléaire a torpillé l’industrie allemande et le pouvoir d’achat des ménages. Les prix de l’’électricité en Allemagne sont les plus élevés d’Europe. Et en Europe, ils sont déjà en moyenne deux à trois fois plus élevés qu’aux Etats-Unis et en Chine. Même le gouvernement allemand, par la voix de son chancelier, Friedrich Merz, a fini par reconnaître que l’Energiewende est un désastre.
Dernière illustration, l’envolée actuelle des prix de l’électricité en Allemagne et par voie de conséquence sur le marché européen faute de vent… Comme le souligne l’agence Bloomberg, les prix de gros de l’électricité en Allemagne sont passés, en quelques jours, de 13 à plus de 300 euros par mégawattheure (MWh). À certaines heures de la soirée, les prix atteignent même plus de 500 euros.
Un premier épisode météorologique de « Dunkelflaute »
Cela est la conséquence du premier épisode prolongé de faible production éolienne et solaire lié à un phénomène météorologique baptisé « Dunkelflaute » ou calme plat. Un temps frais, couvert et quasiment dépourvu de vent qui réduit de moitié la production électrique habituelle des parcs éolien et solaire au moment même où la consommation augmente. Résultat, l’Allemagne est contrainte de faire fonctionner ces centrales à charbon et ces centrales à gaz. Manque de chance, le prix du gaz a été multiplié par trois en Europe depuis le début de l’année et les conséquences de la guerre menée contre la République islamique d’Iran par les Etats-Unis et Israël et a allégrement franchi la semaine dernière le seuil des 100 euros par mégawattheure, une première depuis la crise énergétique de 2022 née cette fois de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Cet épisode de calme plat devrait se prolonger encore au moins quelque temps. Selon le Service météorologique allemand (DWD), un anticyclone est actuellement au-dessus du pays et ne devrait guère se déplacer dans les prochains jours. D’après Bloomberg, la production d’énergie éolienne en Allemagne va donc rester faible tout comme celle d’énergie solaire. Par ailleurs, la baisse des températures accroît les besoins en chauffage et, par conséquent, la demande en électricité.
Envolée des prix du gaz et « merit order »
Cela fait déjà quelques mois que l’envolée des prix du gaz commence à peser sur les prix de l’électricité sur les marchés de gros européens. Ils fonctionnent selon le principe dit de l’ordre de préséance économique ou « merit order » en anglais. Les sources de production sont appelées en fonction de leurs prix en commençant par le plus faible et ainsi de suite en montant progressivement. Le prix de marché est déterminé par la dernière source de production appelée pour équilibrer le marché. Dans le cas présent, ce sont les centrales à gaz dont les coûts de production sont aujourd’hui très élevés.
En septembre déjà, le Berliner Zeitung écrivait que le prix des livraisons d’électricité pour le mois de janvier, sur le marché à terme, dépassait les 180 euros par mégawattheure, une hausse de plus de 60% par rapport à l’année précédente. À l’époque, la perspective d’un hiver froid et peu venteux était considérée comme un risque majeur pour les prix. La période actuelle de calme plat montre que le risque apparait encore plus tôt qu’anticipé.
Des stocks de gaz très bas
Et l’Allemagne est très mal préparée. Ces stocks de gaz sont à un niveau très bas pour cette période de l’année de 61% seulement contre 86% pour la France et 75% pour la moyenne européenne. Le plus grand site de stockage allemand, situé à Rehden en Basse-Saxe, n’atteignait que 18% de sa capacité le 21 octobre. L’Allemagne dispose de la plus grande capacité de stockage de gaz de l’Union Européenne (UE), représentant plus d’un cinquième de la capacité totale. Elle est par ailleurs le plus grand consommateur de gaz naturel de l’UE. Le gaz naturel est une source d’énergie qui a trois utilisations majeures : les besoins industriels, le chauffage, et la production d’électricité. Les deux dernières sont fortement sollicitées quand les températures baissent et quand la météorologie réduit fortement la production des renouvelables intermittents.
Pour le moment, la plupart des ménages allemands ne seront pas affectés par la récente envolée des prix sur le marché de gros de l’électricité. Les fournisseurs achètent l’énergie à des moments différents et couvrent une partie de leurs besoins par des contrats à long terme. Par ailleurs, les tarifs d’acheminement, les taxes et les contributions diverses représentent une part importante du prix final. Mais si le niveau de prix élevé devait perdurer et si les périodes de faible production éolienne et solaire devaient se multiplier cet hiver, la hausse des coûts d’approvisionnement devrait progressivement se répercuter sur les factures.














