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Thierry Breton Wikimedia Commons

«Pas de green deal sans nucléaire» prévient Thierry Breton

Le Commissaire européen au marché intérieur et à l’énergie a mis en garde la Commission et le Parlement européen contre le refus de considérer l’énergie nucléaire comme un élément de la transition. Ce que reconnaissent aussi bien le GIEC que l’Agence internationale de l’énergie. Ce serait un comble d’hypocrisie tandis que sous la pression allemande le gaz naturel, énergie fossile qui émet des quantités importantes de CO2, va obtenir son label «durable».

La bataille en Europe pour faire de l’énergie nucléaire, une énergie qualifiée de « durable »,c’est-à-dire qui ne perturbe pas le climat, est féroce. Et cela même si le nucléaire permet de produire l’électricité la plus décarbonée qui soit, plus encore que celle provenant des éoliennes et des panneaux solaires.

Mais il est vrai que l’énergie nucléaire présente d’autres inconvénients et que de nombreux pays en Europe n’ont aucun intérêt à préserver et encore moins développer l’énergie nucléaire. Ce qui n’est évidemment pas le cas de la Chine, des Etats-Unis et de la Russie. Il faut aussi ajouter que la Commission européenne et le Parlement sont sous pression et sous influence des partis écologistes et de nombreuses ONG farouchement opposés au nucléaire, même si cela se traduit pas une augmentation des émissions de gaz à effet de serre… Le mouvement écologiste n’est tout simplement pas capable de remettre en cause son idéologie fondatrice née dans les années 1970 qui est le rejet du nucléaire.

Un élément indispensable à la transition pour le GIEC et l’AIE

Cela n’empêche pas l »énergie nucléaire d’être considérée comme un élément indispensable à la transition des institutions internationales comme le GIEC et l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). Le nucléaire n’émet que 12 grammes de CO par kWh produit, contre 490 grammes pour le gaz naturel, qui figure pourtant dans ces énergies estampillées «vertes»… parce que les pays qui se détournent du nucléaire comme l’Allemagne ou la Belgique en ont besoin.

Mais la France est loin d’avoir gagné la partie. Cela explique pourquoi le Commissaire européen chargé du marché intérieur, le Français Thierry Breton, est à son tour monté au créneau le 26 août. Invité de la REF (rencontre des entrepreneurs de France), le commissaire européen a plaidé pour le maintien des centrales nucléaires en Europe. «Pas de Green Deal [Pacte vert] sans nucléaire» a menacé le commissaire européen au Marché intérieur et à l’Energie Thierry Breton, invité de la REF (rencontre des entrepreneurs de France). «Cela ne veut pas dire que l’on va faire n’importe quoi» a-t-il ajouté, soulignant à plusieurs reprises que la sécurité devait être garantie pour maintenir l’exploitation des centrales nucléaires européennes.

«On ne fera pas du nucléaire pendant des centaines d’années mais nous sommes dans une période transition» a expliqué Thierry Breton pour justifier ce maintien des centrales.

L’Allemagne, la Belgique… et la France ferment des centrales

Pourtant, toute une série de fermetures de centrales nucléaires sont prévues en Belgique, en Allemagne et en France également où 14 réacteurs devraient être fermés d’ici 2035. Ce qui n’est pas à chaque fois sans poser de très sérieux problèmes de risques de pénuries d’électricité et de black out et d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, ce qui va à l’encontre même de l’objectif du Green Deal! En Allemagne, l’intermittence des renouvelables, éolien et solaire, contraint, fautes de centrales nucléaires, à activer plus fréquemment les centrales thermiques au charbon et au gaz. Résultat, quand il y a peu de vent et de soleil, comme au premier semestre cette année, les émissions de CO2 s’envolent…

En Belgique, la situation est encore plus ubuesque, une vraie histoire belge. Le pays compte sept centrales nucléaires qui assurent 50% de sa production d’électricité. Il a prévu de les arrêter définitivement en 2025 et de les remplacer par des centrales à gaz, qui émettent évidemment bien plus de CO2. Mais pour le moment, aucune décision n’a encore été arrêtée et investissement lancé pour construire les centrales remplaçant les réacteurs nucléaires existants. Pour 2025, il est déjà trop tard.

La France est dans une situation proche, si elle veut atteindre son objectif de 50% d’électricité nucléaire en 2035, elle doit construire de nouveaux réacteurs pour remplacer en partie, ceux qui seront fermés d’ici-là. Il en faut six au minimum pour éviter les pénuries d’électricité. Mais il est déjà presque trop tard pour prendre la décision et lancer les projets. De toute façon, cela n’interviendra pas avant 2023 bien après la prochaine élection présidentielle…

Pas d’hydrogène vert en grande quantité sans électricité nucléaire

«Certaines de ces centrales sont encore en état de marche» a expliqué Thierry Breton. «Il faut être pragmatique. Démanteler une centrale que l’on peut faire vivre encore deux, trois ans… Pourquoi se priver de cette capacité de production». S’il y a un concept qui a disparu des stratégies de transition énergétique, c’est bien celui de pragmatisme et même de réalité.

Thierry Breton a rappelé que la production d’hydrogène vert, c’est-à-dire par électrolyse avec de l’électricité décarbonée, nécessite la production régulière et à des coûts accessibles de très grandes quantités d’électricité «propre». Le nucléaire est aujourd’hui le meilleur moyen d’en obtenir.

 

La rédaction

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