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Nucléaire: EDF a remis son plan sur la construction de six nouveaux EPR

Flamanville Chantier EDF

EDF a remis officiellement le 6 mai son dossier pour la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR de dernière génération afin de remplacer d’ici 2035 une partie des réacteurs anciens qui seront définitivement arrêtés. Mais il n’est pas question pour le gouvernement de prendre la moindre décision avant la fin de l’année 2022 et… l’élection présidentielle. Même si le temps presse et les risques de pénurie d’électricité en France dans les prochaines années sont de plus en plus grands.

EDF a remis jeudi 6 mai au gouvernement son dossier sur la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR de troisième génération en France. «Nous souhaitons que soit décidée la construction en France de nouveaux EPR. A ce titre, le dossier que le gouvernement a demandé sur la faisabilité et sur les conditions d’un tel programme vient de lui être adressé», a déclaré Jean-Bernard Lévy le Pdg d’EDF, lors de l’assemblée générale des actionnaires.

La France est dans l’obligation de renouveler rapidement une partie de son parc de réacteurs nucléaire même si elle ramène de 70% à 50% en 2035 la part d’électricité provenant de l’atome comme le prévoit la loi de transition énergétique. Le vieillissement d’un grand nombre de réacteurs ne laisse pas vraiment le choix. Ainsi, 52 des 56 réacteurs en service ont été construits dans les années 1970-1980. Tous arriveront en fin de vie d’ici 2040. Ils ont pour la plupart été construits sur le même modèle. Leurs composants ont été conçus à l’origine pour fonctionner quarante ans au minimum, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas durer bien plus longtemps. Le travail de mise à niveau du parc a d’ailleurs commencé depuis 2015. Mais la volonté du gouvernement est de fermer les plus anciens, à l’image des deux réacteurs de Fessenheim stoppés définitivement l’an dernier même s’ils auraient encore pu produire en toute sécurité pendant de nombreuses années.

Risques grandissants de pénuries d’électricité

Il est plus que temps de prendre des décisions. Pour seulement maintenir en 2035 la production électrique de la France à son niveau et à son coût actuels, EDF table, a minima, sur la construction de trois paires de deux réacteurs de type EPR. Et cela prendra sans doute plus de quinze ans compte tenu de la faiblesse des capacités industrielles du pays… Plus la décisions traîne et plus la France risque d’être confrontée  à des pénuries d’électricités comme le prévoit d’ailleurs le très sérieux France Stratégie. L’organisme de prévisions rattaché aux services du Premier ministre estime dans une étude récente que dès 2030, et sans doute avant, le réseau électrique européen «ne pourra plus faire face à toutes les demandes de pointe moyenne».

Le développement à marche forcée des renouvelables, solaires et éoliens, ne pourra pas totalement compenser la fermeture de réacteurs nucléaires compte tenu du caractère intermittent et aléatoire de leurs productions. Contrairement aux schémas illusoires et militants d’une production électrique 100% renouvelable, la technologie existante ne permettra pas dans un avenir relativement proche de stocker à une échelle suffisante l’électricité. Rappelons que l’énergie nucléaire est aussi décarbonate que l’éolien, mais n’est pas renouvelable.

Mais il n’est pas question pour autant pour le gouvernement de prendre une décision avant l’élection présidentielle. Le nucléaire est devenu un sujet presque tabou et les gouvernements incapables, comme ne cesse de le dénoncer la Cour des comptes, de construire des stratégies cohérentes de long terme.

La stratégie de transition énergétique en France est ainsi affectée d’une forme de pensée magique. Face à une impasse technique, le gouvernement n’oppose pour l’instant que des scénarios improbables. Ils parient sur l’installation de milliers d’éoliennes, intermittentes, et sur l’hypothèse d’une consommation stable d’électricité. Une prévision incohérente avec le scénario même de la transition qui nécessite pour réduire les émissions de gaz à effet de serre l’électrification de nombreux usages dont les transports, le chauffage… La SNBC (stratégie nationale bas carbone) prévoit une augmentation de 30% de la consommation d’électricité!

Les errements du chantier de Flamanville

Officiellement, le report de la décision sur la construction ou non des EPR se fait pour des raisons techniques… Elle interviendra après le démarrage, après des années de retard et de déboires, de l’EPR de Flamanville dans la Manche (voir la photographie ci-dessus). Il est prévu fin 2022 ou plutôt début 2023. Les errements, le mot est faible, du chantier de l’EPR de Flamanville ont soulevé de sérieux doutes sur la capacité de la filière nucléaire française et plus particulièrement d’EDF.

La succession de retards, de malfaçons, de dépassement des coûts du chantier de l’EPR de l’EPR de Flamanville a jeté le discrédit sur l’industrie nucléaire française dans son ensemble. Les coûts ont été multipliés par 3,3 et les délais de construction par 3,5. Deux réacteurs de ce type de conception française sont aujourd’hui en service… mais en Chine, Taishan 1 et Taishan 2. Ils ont été livrés avec «seulement» cinq ans de retard et «seulement» un surcoût de 60% par rapport au budget prévisionnel. En France, on semble tout simplement incapable de les construire…. Lancé en 2007, l’EPR français devait entrer en service en 2010. Il ne produira pas d’électricité avant, au mieux, fin 2022-début 2023.

Le ministère de la Transition écologique prend tout de suite ses distances

Il était tout de même prévu qu’EDF plaide sa cause et remette un dossier au gouvernement à la mi-2021, ce qui vient donc d’être fait. L’entourage de la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a confirmé l’avoir reçu «il y a quelques jours». Il va pouvoir maintenant l’oublier pendant un an pour ne pas s’attirer les foudres des écologistes. Il s’est d’ailleurs empressé d’expliquer qu’il s’agit «d’un document de travail qui correspond à la vision d’EDF. Il n’engage pas le gouvernement».

Le document a été également remis au ministère de l’Economie où le retour est d’une tonalité assez différente. On souligne que «cela fait partie de la demande qui avait été adressée à EDF de travailler sur le nouveau nucléaire et de faire des propositions… Ces travaux permettent d’alimenter les réflexions du gouvernement sur l’avenir du mix électrique français post 2035». La suite dans 18 mois… au plus tôt.

Le seul point favorable pour EDF tient au fait que dix ans après l’accident de Fukushima, les Français sont redevenus majoritairement favorables à l’énergie nucléaire. Selon un sondage réalisé en février dernier pour EDF, 43% des personnes interrogées estimaient que le nucléaire est une énergie d’avenir, et 30% des sondés étaient convaincus du contraire. D’après le sondage, pour 48% des personnes interrogées la garantie de fourniture est un argument fort en faveur du nucléaire et 46% apprécient également la souveraineté énergétique qu’il assure à la France.

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