La ville de Paris est la grande capitale la plus dense d’Europe. Sa superficie ne fait que 105 kilomètres carrés. Elle accueille tous les jours de la semaine plus de trois millions et demi de personnes et compte un peu plus de deux millions de résidents. Tout cela explique pourquoi les problèmes de circulation y sont parmi les plus sévères et les plus compliqués à résoudre. La mairie de Paris a donc décidé depuis de nombreuses années, sous l’impulsion notamment d’Anne Hidalgo, de réduire la quantité de véhicules qui y circulent, à juste raison. Mais elle l’a fait en dépit du bon sens et continue à le faire n’importe comment.
Les experts qui ne sont pas des idéologues anti-automobile primaires – ils sont peu nombreux en France – expliquent que la meilleure façon de limiter les encombrements de circulation dans une grande ville consiste à limiter le nombre de véhicules qui y entre et à accélérer leurs déplacements quand ils sont dans la ville. Pour qu’ils en sortent rapidement. La mairie de Paris a fait exactement le contraire depuis des années. L’entrée dans la ville est très facile et ensuite la municipalité a multiplié à dessein, souvent sous des prétextes fallacieux, ce que les experts appellent des « pincements » de trafic. Il s’agissait d’écœurer les automobilistes. La mairie de Paris a adopté une thèse fumeuse dite de l’évaporation de la circulation automobile. Une partie de la circulation allait tout simplement disparaitre car les automobilistes soumis à une plus grande pression et pénibilité allaient abandonner leurs véhicules, comme si la majorité d’entre eux les prennent pour le plaisir et ont des solutions de substitution faciles.
Une politique inefficace et méprisante
Une politique qui s’est avérée à la fois inefficace et qui montre également un mépris total des populations qu’il faut contraindre par tous les moyens. De ce point de vue là, c’est une réussite. La circulation dans les rues de Paris est devenue un cauchemar, surtout si on y ajoute l’anarchie permanente qui y règne avec notamment les vélos et les trottinettes qui ne respectent la plupart du temps aucune règle de circulation.
Mais une telle politique, non seulement se traduit par de nombreux accidents, toujours graves quand ils touchent les deux roues, mais empêche aussi les bus de circuler… Les bus qui sont censés être une alternative aux voitures, n’arrivent plus à respecter leurs horaires et à transporter de façon fiable leurs passagers. Ils sont englués dans les innombrables embouteillages et autres « pincements » de trafic.
« Véritable hémorragie »
Si le métro et le RER ont finalement retrouvé leur fréquentation d’avant le Covid, ce n’est pas du tout le cas des bus pour qui elle reste inférieure de 30% à ce qu’elle était en 2018. La raison en est simple, une vitesse commerciale indigente, tombant à moins de 10 km/h aux heures de pointe et même 6,5 km/h pour les lignes les moins performantes. Les 210 kilomètres de voies réservées aux bus sont peu efficaces. Ils sont ralentis par les travaux, la congestion, la cohabitation difficile avec les cyclistes, le stationnement gênant et même les manifestations en tous genres dont la capitale est affligée.
Jean Castex, ex-Pdg de la RATP, parlait il y a deux ans de « véritable hémorragie ». Pour y remédier, la ville de Paris, la préfecture de police, Île-de-France Mobilités (IDFM qui finance les transports) et la RATP ont bien signé en 2024 un protocole prévoyant des travaux et autres aménagements pour redonner un peu de fluidité à la circulation des bus. Sans surprise, rien ou presque n’a été fait et rien n’a changé… Et le protocole s’achève le 1er novembre prochain.
Valérie Pécresse « lance un cri d’alarme… »
La situation est telle que Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France et d’IDFM, dénonce dans Le Parisien les engagements non tenus de la mairie de Paris. « Je lance un cri d’alarme sur les bus, grands sacrifiés de la politique de circulation. Nous avions signé un protocole avec Anne Hidalgo, mais il a complètement patiné et il ne s’est rien passé ! ».
Valérie Pécresse rappelle que la région a beaucoup investi dans des bus électriques et des véhicules récents, sans le moindre impact sur leur fréquentation. « Les Parisiens ont perdu confiance dans les bus. Ils ont été les grands sacrifiés de la politique anti-voiture menée par Anne Hidalgo et poursuivie par Emmanuel Grégoire. Je veux bien me remettre à la table des négociations pour un nouveau plan bus, mais à condition de ne pas se faire rouler dans la farine », ajoute Valérie Pécresse.
Elle a peu de chances de voir le problème s’évaporer, comme la circulation dans la doctrine fumeuse de la mairie de Paris. C’est une question de doctrine et même de philosophie politique. La ville de Paris ne veut pas seulement réduire la circulation des voitures. Elle veut chasser les automobilistes de ses rues… quitte à en chasser au passage les bus, les utilitaires, l’activité économique et les habitants.













