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Anne Hidalgo se trompe encore de combat

Paris Champs Elysées Wikimedia Commons

La maire de Paris a relancé sa croisade contre les voitures avant même la fin du confinement et le retour à une vie économique plus proche de la normale. Non seulement, comme le prouve depuis deux mois la qualité de l’air, la pollution automobile n’est qu’une partie du problème, mais le risque majeur aujourd’hui est surtout de voir les populations déserter le centre des grandes villes.

Anne Hidalgo, la maire de Paris, a relancé sa croisade contre les voitures dans la capitale avant même la fin du confinement et le retour à une vie économique plus proche de la normale. «Il est hors de question que nous nous laissions envahir par les véhicules et la pollution, parce que cela aggraverait la crise sanitaire», a-t-elle déclarée. Elle entend ainsi interdire des axes majeurs, notamment est-ouest, à la circulation automobile. Même si depuis le confinement et l’effondrement de l’usage de la voiture, la pollution aux particules fines n’a pas vraiment diminuée dans l’agglomération parisienne.

Elle risque d’augmenter les embouteillages et leurs nuisances et surtout, elle se trompe de combat. A voir l’évolution de la qualité de l’air depuis deux mois, l’automobile n’est qu’un élément parmi d’autres de la pollution atmosphérique. Et pour éviter une catastrophe économique durable à Paris, déjà privé des touristes, il semble avant tout nécéssaire  d’encourager les gens à revenir dans la capitale, pas à les empêcher de le faire. Surtout, pour une ville qui dépend des revenus du commerce et du tourisme, qui subit depuis plusieurs années une hémorragie d’habitants et qui dans le même temps a vu son endettement exploser. Plusieurs agences de notation envisagent d’abaisser leur évaluation de la solidité financière de la capitale.

Des transports collectifs anxiogènes

L’usage généralisé du télétravail réduit et réduira les déplacements tout comme le fait que nombre d’activités commerciales et culturelles fonctionneront pendant longtemps au ralenti ou même pas du tout. L’attractivité des grandes villes, qui avait déjà considérablement diminuée depuis plusieurs années avec le prix élevé des logements, la congestion, la pollution et l’augmentation de l’insécurité, va encore se dégrader. Moins de services disponibles, plus de risques sanitaires et des transports encore plus incommodes.

Le coronavirus devrait donc changer beaucoup de choses dans l’utilisation des transports au sein des grandes métropoles. Telles sont les conclusions d’une étude menée le mois dernier par IBM auprès de 14.000 personnes, la première à apporter des éléments de réponse sur le monde d’après.

Même s’il s’agit uniquement d’Américains, l’étude montre comment les comportements en matière de déplacements quotidiens pourraient profondément changer. Les transports publics comme les taxis et les vtc devraient perdre une partie de leurs passagers du fait de la baisse de l’utilisation des transports et d’un recours plus important aux véhicules individuels que ce soit la voiture, la moto, les scooters, les vélos et les trottinettes. L’étude souligne aussi le fait que  les déplacements vers le centre des métropoles devraient sensiblement se réduire.

Moins de déplacements au sein de l’agglomération

Les principaux enseignements de l’étude d’IBM sont les suivants:

-les personnes interrogées ont l’intention, en majorité, de recourir plus fréquemment aux moyens de transport individuels et moins aux transports collectifs et partagés.

-les personnes interrogées n’ont ni l’envie, ni souvent les moyens d’acheter une nouvelle voiture.

-les déplacements intra-urbains vont sensiblement se réduire. Une grande majorité des personnes interrogées a l’intention de continuer à pratiquer le télétravail et de limiter ses déplacements à l’intérieur des métropoles et vers le centre des villes.

Sur les 14.000 personnes sondées par IBM, plus de 17% ont déclaré avoir l’intention d’utiliser plus souvent  leur voiture. Pour ceux qui prenaient régulièrement les transports en commun avant l’épidémie, le bus, le métro et le train, 20% à l’intention de ne plus du tout les utiliser et 28% de les prendre moins fréquemment. Ce qui représente une différence considérable. De la même façon, une majorité utilisera le transport partagé moins souvent ou plus du tout.

La dégradation de la situation économique aura, sans surprise, un impact sur le marché automobile. Selon l’étude réalisée par IBM, un quart des personnes interrogées considèrent que les incertitudes économiques pèseront sur leur décisions d’acheter ou pas un véhicule. Et le même pourcentage considère qu’il va attendre au moins six mois avant de prendre une éventuelle décision d’achat.

«Contre-urbanisation»

L’étude parvient enfin à la conclusion que même si plus de personnes utilisent leur voiture pour se déplacer, cela ne devrait pas forcément augmenter la congestion dans les métropoles et les grandes villes car pas moins de 75% des personnes interrogées déclarent travailler à la maison et entendent continuer à le faire au moins partiellement. Et même 50% des sondés aimeraient conserver une partie des habitudes prises pendant le confinement.

Tout cela s’inscrit dans un mouvement plus large qui est celui de la remise en cause du modèle de concentration des populations et du pouvoir économique dans les métropoles et les capitales. La pandémie joue un rôle d’accélérateur d’une évolution en cours liée aux prix élevés des logements, à la congestion et à des transports de plus en plus inconfortables, aux désordres sociaux de plus en plus fréquents dans les capitales, à l’insécurité grandissante, à l’essor ininterrompu du commerce en ligne et à la généralisation du télétravail. Il faut y ajouter maintenant évidemment les questions de santé. Certains vont jusqu’à parler aujourd’hui de «contre-urbanisation». Anne Hidalgo se trompe d’époque et de priorités. Le principal danger aujourd’hui pour Paris est de voir la capitale perdre encore une partie de sa substance économique. Avec le coronavirus, elle ne peut plus se contenter de devenir une ville musée.

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