Il n’y a rien de plus frustrant que le fait de persister dans l’erreur et dans le refus de regarder la réalité en face. C’est particulièrement le cas dans l’attitude des gouvernements sous la présidence d’Emmanuel Macron vis-à-vis de l’automobile. Comme un déni de réalité, un aveuglement volontaire. L’incapacité à comprendre que 4 Français sur 5 ne peuvent pas se passer d’une automobile pour aller travailler, pour se soigner, pour amener les enfants à l’école, pour faire des courses, pour avoir une vie sociale, pour aller en vacances… L’impossibilité aussi de comprendre l’attachement viscéral et parfois il est vrai irrationnel à la liberté individuelle de se déplacer. Voilà pourquoi l’envolée récente des prix des carburants ne peut pas être sans lourdes conséquences sociales comme politiques.
Il suffit pour s’en convaincre de se pencher sur une enquête publiée le 10 septembre dernier par Ipsos BVA. Elle montre que 81% des Français affirment ne pas pouvoir se passer de leur voiture ! L’étude souligne également que 94% des personnes interrogées associent l’automobile à la liberté et à l’autonomie. Sans surprise, l’attachement est d’autant plus marqué que les alternatives à la voiture, c’est-à-dire les transports collectifs, sont limitées. Ce qui est le cas par définition de la France périphérique et d’un grand nombre de zones périurbaines. « Si beaucoup de citadins imaginent réduire leur usage, les ruraux considèrent la voiture comme indispensable », résume Ipsos BVA. Autre enseignement qui n’est pas un paradoxe mais illustre bien la fameuse opposition entre fin du mois et fin du monde, les Français souhaitent réduire l’impact environnemental des transports tout en considérant que la voiture est indispensable à leur quotidien.
L’attachement à l’automobile bien plus fort que le comprennent les politiques
Si on prend un peu de recul, la voiture est avec la puce électronique et l’imprimerie, l’une des trois inventions les plus libératrices qu’a connu l’humanité. Le moteur à combustion interne peut disparaître, mais le désir d’avoir un moyen de transport individuel pour courtes et longues distances ne va pas disparaître comme cela.
L’attachement à l’automobile reste fort. Parce qu’elle garantit une réelle liberté et autonomie de déplacement. Parce qu’elle fait encore rêver, surtout dans la France périphérique. Maintenant, son coût d’utilisation toujours plus élevé, les contraintes grandissantes à son usage et sa stigmatisation marquent le déclin de ce mode de transport individuel qui a façonné, pour le meilleur et pour le pire, nos paysages et nos agglomérations. Ce qui signifie que la remise en cause de la civilisation automobile passe obligatoirement par un changement de mode de vie et d’organisation spatiale de la vie économique et sociale. Cela est possible et sans doute nécessaire, mais ne se fera pas en quelques années ni même en quelques décennies.
Leçons de l’histoire
Au passage, il ne faut pas oublier les leçons de l’histoire. Dans la nuit du 12 au 13 juillet 1789, quelques heures seulement avant la prise de la Bastille, la foule parisienne avait commencé par mettre le feu aux barrières d’octroi… L’utilisation de la voie publique était alors un privilège. Cette taxe était perçue à l’entrée de toutes les villes et en chassait de fait les paysans jusqu’à ce que la Révolution française l’abolisse.
Des leçons de l’histoire que les politiques négligent tant ils sont surpris par les réactions des Français quand on limite leur liberté de déplacement ? Les exemples récents abondent de décisions gouvernementales rejetées, parfois avec violence, par la grande majorité des Français quand elles restreignent leur liberté individuelle de déplacement. On peut en faire une liste non exhaustive. La limitation à 80 kilomètres heures sur les routes secondaires imposée envers et contre tout par Edouard Philippe alors Premier ministre. Cela avait notamment conduit dans les mois précédents le mouvement des Gilets Jaunes à la multiplication soudaine dans tout le pays des dégradations des radars automatiques au bord des routes. L’augmentation de la taxe carbone sur les carburants qui a été le déclencheur du mouvement des Gilets Jaunes. Plus près de nous encore, l’opposition massive au ZFE (Zones à faibles émissions) qui empêchent la circulation des véhicules les plus anciens aux abords des grandes villes et qui reviennent de fait à en chasser les populations les plus défavorisées venues de la France périphérique. Et donc aujourd’hui la colère qui monte devant l’inaction et une forme d’indifférence du gouvernement face à l’envolée des prix des carburants.













