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Les deux EPR de Taishan Chine

Il faudra avoir fait la lumière sur l’incident de Taishan 1 avant de pouvoir exploiter l’EPR de Flamanville


L’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) a décidé de se mêler des problèmes de Taishan 1. Il s’agit du premier réacteur nucléaire EPR de troisième génération à être entré en service, en Chine en décembre 2018. Il a été arrêté le 30 juillet dernier à la suite de la défaillance de pastilles garantissant l’étanchéité d’un petit nombre de gaines de combustibles. La conséquence a été une accumulation de gaz rares radioactifs dans le circuit primaire du réacteur. Pour l’ASN, tant que la lumière n’aura pas été faite sur cet incident, l’EPR français de Flamanville ne sera pas autorisé à entrer en exploitation. Ce qui de toute façon n’interviendra pas, au mieux, avant fin 2023…

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a indiqué la semaine dernière qu’elle entendait recevoir des explications sur les gaines de combustible défectueuses de l’EPR chinois de Taishan 1 avant de donner son feu vert au démarrage de l’EPR français de Flamanville. Une façon pour l’ASN de faire monter la pression sur EDF afin que l’énergéticien français obtienne des informations de son partenaire chinois l’opérateur CGN (China General Nuclear Power Group). EDF est co-exploitant de la centrale, mais minoritaire dans la joint venture baptisée TNPJVC avec 30% du capital au côté de CGN qui en détient 70%. Cette annonce est aussi une façon pour l’ASN de se donner à peu de frais le beau rôle. L’autorité est coutumière du fait. Surtout que l’EPR de Flamanville ne devrait pas entrer en service avant, au mieux, la fin de l’année 2023…

Obtenir le retour d’expérience

«EDF devra soit démontrer que l’EPR de Flamanville n’est pas concerné, soit proposer des dispositions pour prévenir la dégradation du combustible», a indiqué l’ASN à Reporterre qui a pu faire un titre accrocheur annonçant que le sort de Flamanville était suspendu à celui de Taishan 1. «Il y a encore beaucoup de travail à effectuer sur ce chantier en amont des opérations de démarrage, et le retour d’expérience de l’écart de l’EPR Taishan 1 doit avoir lieu», a également déclaré le directeur général adjoint de l’Agence de sûreté nucléaire, Julien Collet.

L’EPR 1 de Taishan a été mis à l’arrêt le 30 juillet après qu’un petit nombre de barres de combustible («crayons»), dont les pastilles étaient endommagées, aient causé une accumulation de gaz rares radioactifs dans le circuit primaire du réacteur. Un circuit qui est clos. Cela a été fait après la publication quelques jours plus tôt d’un communiqué d’EDF mettant en garde son partenaire chinois. C’est EDF qui fournit les crayons combustibles via sa filiale Framatome.

«Au regard des analyses effectuées, les procédures d’EDF en matière d’exploitation du parc nucléaire français conduiraient EDF, en France, à mettre le réacteur à l’arrêt», affirmait le communiqué d’EDF. «Nous ne sommes pas dans une situation d’incident, ni d’accident, nous sommes dans une situation sérieuse avec un caractère évolutif qui en France nécessiterait une mise à l’arrêt du réacteur préventive dans les meilleurs délais. Au vu des éléments dont nous disposons, on reste dans un domaine d’exploitation qui permet de garantir la sûreté de l’installation et la maîtrise des conséquences, à ce stade», expliquait à ce moment-là un expert d’EDF.

Un incident qui n’est pas exceptionnel

Il y a deux EPR opérationnels à Taishan, les deux seuls au monde qui produisent de l’électricité. Le premier (Taishan 1), celui qui est affecté par les défauts d’étanchéité, a été mis en service en décembre 2018 et le deuxième, Taishan 2, en septembre 2019 (voir la photographie ci-dessus de la centrale). Ils ont été construits par CGN et EDF et par un troisième industriel chinois, Guangdong YUDEAN. Taishan se trouve à 120 kilomètres au sud-ouest de Hong Kong.

«EDF travaille actuellement en lien avec l’exploitant de Taishan (TNPJVC) et Framatome à l’interprétation des résultats des contrôles sur le combustible déchargé du réacteur de Taishan 1. Ces analyses visent à identifier les phénomènes ayant conduit à la rupture des gaines de combustible et à déterminer si les autres réacteurs EPR sont concernés», a encore précisé l’ASN.

Ce type d’événement n’est pas fréquent mais n’est pas non plus exceptionnel. Il est connu des exploitants nucléaires qui savent y remédier. EDF l’a déjà géré dans le passé dans des centrales en France. Les procédures d’arrêt et d’expertises «sont des procédures standards».

Le problème rencontré dans la centrale a en tout vas alimenté les critiques récurrentes contre la technologie EPR des réacteurs nucléaires de troisième génération. La France est le seul pays à avoir développé cette technologie, considérée en théorie comme la plus sûre au monde.

Les retards et déboires des chantiers ont affecté la confiance dans les EPR

Mais les chantiers en France (Flamanville), en Finlande (Olkiluoto) et dans une moindre mesure au Royaume-Uni (Hinkley Point) ont accumulé les retards, les surcoûts et les problèmes techniques. Marqué par de multiples déboires, le chantier de l’EPR de Flamanville lancé en 2007 devrait être opérationnel en 2023 – avec dix ans de retard. Le retard est le même en Finlande où la mise en service du réacteur EPR construit laborieusement par le consortium Areva-Siemens est prévu au début de l’année prochaine.

Tout ne s’est pas passé non plus facilement à Taishan, mais les difficultés ont été surmontées bien plus rapidement. Les deux réacteurs EPR chinois ont été construits respectivement en 110 et 113 mois, avec cinq ans de retard sur le calendrier initial et avec un coût total de 12,2 milliards d’euros par réacteur, supérieur de 60% au budget prévu. Mais le temps de construction effectif de Taishan 2 a été considérablement réduit, avec l’expérience acquise, à environ 70 mois selon des ingénieurs directement impliqués dans le chantier.

La rédaction

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