<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Les ennemis de l’intérieur

5 juin 2026

Temps de lecture : 12 minutes
Photo : Palais Elysée Wikimedia Commons
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Les ennemis de l’intérieur

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Les errements de la politique énergétique française depuis trois décennies ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont la conséquence de l’aveuglement, de l’irresponsabilité, du mépris des réalités économiques et techniques et de l’abandon parfois volontaire de l’intérêt général et de la souveraineté énergétique. Il y a des responsables et des coupables. Par Éric Leser. Article paru dans le numéro 29 du magazine Transitions & Energies.

La liste est longue de ceux qui portent la responsabilité depuis maintenant trois décennies d’une politique énergétique menée à l’encontre des intérêts du pays et qui a même parfois confiné à la forfaiture. Elle est parfaitement résumée dans le rapport d’avril 2026 du très sérieux Institut Valmy intitulé « De la souveraineté énergétique française » par la phrase suivante : « La politique la plus désastreuse de toute l’histoire énergétique française. »

Et il est facile de voir qui en sont les responsables et les coupables, notamment avec ce que la Commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale sur « Les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France » a apporté comme témoignages édifiants, documents accablants et preuves irréfutables. Le rapport et les auditions représentent pas moins de 1 800 pages…

On peut citer pêle-mêle les défenses laborieuses et maladroites de François Hollande et Lionel Jospin qui auraient été égarés et trompés par leur entourage… Les manœuvres de Dominique Voynet et Cécile Duflot pour imposer leur idéologie anti-nucléaire et anti-capitaliste et torpiller l’intérêt général. La première a même été jusqu’à se vanter publiquement d’avoir mené à Bruxelles des négociations en trahissant le mandat gouvernemental et en s’alliant aux adversaires de la France. Cela en dit long sur le sentiment d’impunité qui existe au sein de la caste qui nous gouverne.

Il faut aussi rappeler les absences de Nicolas Hulot qui n’a jamais géré son ministère de l’Écologie après sa nomination par Emmanuel Macron et n’a fait que traîner ses états d’âme et son incompétence crasse. On peut citer également l’irresponsabilité, la lâcheté, le dogmatisme ou la corruption intellectuelle de Ségolène Royale, d’Élisabeth Borne, de Sébastien Lecornu, d’Edouard Philippe, de Martine Aubry, de Pascal Canfin, de Corinne Lepage, de Barbara Pompili, de Marc Ferraci, d’Yves Cochet, de Delphine Batho, de Jean-Louis Borloo…

Et même si, séparation des pouvoirs oblige, Emmanuel Macron n’a pas été auditionné à l’Assemblée nationale, on ne peut passer sous silence ses incohérences et ses décisions désastreuses. Il aura joué une mi-temps dans chaque camp et au passage réussi à saborder les turbines nucléaires Arabelle d’Alstom, les meilleures au monde, la centrale de Fessenheim, le projet de réacteur innovant Astrid et l’équilibre financier d’EDF avec la PPE3. Cela fait beaucoup.

Cette liste des ennemis énergétiques de l’intérieur est loin d’être exhaustive. Il faudrait plusieurs livres pour détailler toutes les décisions douteuses prises pour des raisons contestables, obscures ou même absurdes, toutes les nominations au sein de l’appareil d’État d’adversaires déclarés de la souveraineté énergétique du pays qui sont souvent toujours à l’œuvre, toutes les manœuvres dans la coulisse et la corruption bien réelle pour abreuver certains lobbys verts d’argent public pendant des décennies sans contrôle et sans garde-fous. Ces livres existent sous la plume d’Henri Wallard (Mensonge d’État), celle de Fabien Bouglé (Guerre de l’énergie), qui est le directeur de publication de Transitions & Énergies, ou celles de Géraldine Woessner et Erwan Seznec (Les Illusionnistes).

Voilà quelques moments saillants de la politique « la plus désastreuse de toute l’histoire énergétique française ».

-Lionel Jospin et Dominique Voynet, le péché originel

À tout seigneur tout honneur, feu Lionel Jospin, Premier ministre de cohabitation appelé par Jacques Chirac, a dirigé le gouvernement à partir de 1995 et décide deux ans plus tard de fermer définitivement le réacteur nucléaire de Superphénix, alors le plus avancé au monde et de loin dans la technologie prometteuse des neutrons rapides et de la surgénération (lire page 51). Il cède ainsi au nom de la gauche plurielle aux dogmes et aux mensonges des Verts. Pour les anti-nucléaires, les réacteurs à neutrons rapides sont une calamité, car ils consomment les déchets nucléaires des réacteurs classiques, qu’il existe des milliers d’années de combustibles en stock et que par la surgénération ils produisent plus de plutonium qu’ils n’en consomment. Superphénix était la promesse d’un nucléaire « durable », plus sûr et plus « propre ». Il n’est pas sûr que Lionel Jospin ait vraiment compris ce qu’il faisait…

Contrairement à Dominique Voynet, la ministre de l’Environnement qui signe avec enthousiasme l’arrêté de fermeture du réacteur applaudie par ses prédécesseurs Ségolène Royal et Corinne Lepage, qui avaient multiplié les entraves pour le débrancher.

Dans une tribune publiée par Le Point en novembre 2022, Lionel Jospin avait tenté très maladroitement un quart de siècle plus tard de se justifier. Il avait ainsi expliqué que la fermeture de Superphénix n’avait pas « un caractère strictement politique » tout en reconnaissant que… « cette intention figurait dans l’accord de gouvernement passé entre le Parti socialiste et les Verts ». Superphénix aurait selon lui été fermé pour des raisons essentiellement techniques liées à l’exploitation chaotique du réacteur et à sa rentabilité incertaine. Ce qui a été démenti par de multiples rapports. D’ailleurs, Phénix, le réacteur précurseur et bien plus petit que Superphénix qui fonctionnait sur le même principe, a été en activité de 1973 à 2010 sans problème majeur…

En fait, Lionel Jospin se sera fait « balader » en permanence par Dominique Voynet qui a été jusqu’à vanter les centrales à gaz et les « technologies modernes d’utilisation du charbon ». Pour démolir le nucléaire français, les écologistes n’avaient aucune limite. Non seulement la forfaiture de Dominique Voynet est avérée, mais elle est même avouée ! Elle n’a pas pu s’empêcher, par pure vantardise, de se féliciter publiquement, goguenarde, devant une caméra pour un documentaire diffusé par Arte en 2004, du travail de sape dont elle s’est rendue coupable quand elle était ministre (lire page…). Au point de ne pas défendre la position du gouvernement français à Bruxelles et de faire exactement le contraire des consignes qui lui étaient données pour saboter le financement du nucléaire français. Exhumée par Documentaire et Vérité, la vidéo de l’aveu ahurissant de Dominique Voynet a fait des centaines de milliers de vues. Elle illustre au passage un sentiment total d’impunité… parfaitement justifié. Dominique Voynet redevenue député en 2024 par la grâce du Nouveau Front Populaire a été nommée l’an dernier au Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire. Il fallait oser !

-Jean-Louis Borloo et Jean-François Carenco, la décroissance fait son entrée en majesté dans un gouvernement

La gauche n’est pas la seule responsable et coupable. La droite ne signera pas d’accords désastreux avec les Verts, mais elle reprendra à son compte le discours écologiste ambiant avec parfois autant de zèle. Jacques Chirac qui a toujours senti l’air du temps et ne sera pas pour rien dans la starisation de Nicolas Hulot. Nicolas Sarkozy ne sera pas en reste, notamment à l’occasion à l’automne 2017 du fameux Grenelle de l’environnement, grand œuvre de Jean-Louis Borloo, ministre d’État à l’Écologie. C’est le moment où l’autorité sur l’énergie et le nucléaire passe de Bercy au ministère de l’Écologie mais pas… la compétence. Jean-Louis Borloo est rapidement dépassé sur le fond des dossiers. Il laisse les clés du Grenelle aux ONG et à son directeur de cabinet, un certain Jean-François Carenco. Ce dernier sera remercié pour services rendus quelques années plus tard par François Hollande qui le nommera à la tête de la Commission de régulation de l’énergie.

Le Grenelle construit un monde de fantaisies. L’avenir appartient à la sobriété et aux renouvelables. La décroissance devient un concept non seulement acceptable mais promu par le gouvernement. Sans études préalables, sans projections sérieuses, sans en mesurer les conséquences économiques, techniques, financières… Jean-Louis Borloo présente en 2008 un plan de développement des renouvelables qui doivent assurer en 2020 pas moins de 23 % de la consommation d’énergie du pays. Un objectif décidé, car il faut faire mieux que l’Allemagne ! L’apothéose, c’est la loi Nome (Nouvelle organisation du marché de l’électricité) de 2010. Elle instaure le système dément de l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique). Il contraint EDF, pour instaurer une concurrence artificielle qui ne profitera jamais aux consommateurs et seulement à quelques intermédiaires qui s’en mettront plein les poches, à vendre un tiers de sa production d’électricité nucléaire à prix cassé à ses concurrents.

En fait, il n’y avait pas de différence de doctrine entre Jean-Louis Borloo, Ségolène Royale et Élisabeth Borne. Le ministre de Nicolas Sarkozy expliquait doctement en 2011, quelques mois après l’accident de Fukushima, que « la France n’a pas besoin de cet EPR [celui dont la construction avait été lancée à Flamanville] si elle parvient à réduire massivement sa consommation énergétique tout en augmentant sa production d’énergies renouvelables. La réduction du nucléaire doit se faire de manière progressive. Une sortie totale ne peut s’envisager avant 2040 ». Vous avez dit visionnaire…

-François Hollande, Ségolène Royale, Élisabeth Borne, Cécile Duflot, Martine Aubry, Emmanuel Macron… la victoire en rase campagne de l’idéologie anti-nucléaire

La deuxième vague, la plus dévastatrice, qui va finir de laminer la souveraineté énergétique française et sa filière nucléaire, intervient après la victoire à l’élection présidentielle de François Hollande en 2012. Les anti-nucléaires prennent alors le pouvoir dans tous les rouages de l’État et y sont encore aujourd’hui solidement installés.

Le point de départ, c’est le Pacte vert, l’accord de gouvernement signé en 2011 entre Martine Aubry, qui dirige le PS et a perdu la primaire pour la présidentielle contre François Hollande, et la dirigeante des Verts, Cécile Duflot. Un pacte purement politicien qui ne tient aucun compte des réalités économiques et techniques et des besoins du pays. Ce qui ne l’empêchera pas d’être repris intégralement et sans discussion par François Hollande et Emmanuel Macron… jusqu’en 2022.

Le Pacte vert prévoit de ramener de 75 à 50 % la part du nucléaire dans la production électrique d’ici 2025. Cela revient, selon les calculs de la Cour des comptes, à fermer entre 17 et 20 réacteurs. Comment continuer à produire l’électricité dont le pays a besoin de façon fiable et abordable ? Peu importe ! Lors de la négociation, le PS est en dessous de tout. L’ancien PDG d’EDF, Henri Proglio, en a raconté les dessous inattendus. Cela se passe en novembre 2011 au milieu de la nuit entre Michel Sapin pour les socialistes et Vincent Placé pour les Verts. Vincent Placé appelle en catastrophe Cécile Duflot à 2 heures du matin : « Nous voulions demander l’arrêt de deux réacteurs, les socialistes nous en proposent 24 ! » Au petit matin, dans le programme commun de la gauche plurielle, la fermeture de 24 réacteurs nucléaires sur les 58 en activité que compte alors EDF est annoncée…

L’objectif est inscrit dans la loi de transition énergétique présentée en 2015 par Ségolène Royale, ministre de l’Écologie. Un texte préparé par sa directrice de cabinet, une certaine Élisabeth Borne qui sera plus tard ministre de l’Écologie à son tour et Première ministre sous la présidence d’Emmanuel Macron.

Quant à la décision de ramener la production d’électricité nucléaire du pays à 50 % du total, il apparaîtra lors de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale qu’elle ne relève d’aucun calcul sérieux et d’aucune étude de faisabilité et d’impact. C’est un chiffre rond qui plaisait à Cécile Duflot, à Ségolène Royale et à Élisabeth Borne. Cette dernière, anti-nucléaire viscérale, aura été jusqu’à demander, en 2019 quand elle était ministre de l’Écologie, une étude prouvant que se débarrasser totalement du nucléaire et produire de l’électricité 100 % renouvelable était possible. L’Ademe, agence publique devenue le relais au sein de l’appareil d’État de l’idéologie anti-nucléaire, s’était évidemment exécutée au point de provoquer une réaction outragée de l’Académie des technologies. Cette dernière écrivait que « les conclusions de l’étude de l’Ademe doivent être prises avec la plus grande prudence ». Elles sont affectées par « de nombreuses erreurs de méthodes et des contradictions ». Elles « ne devraient en aucun cas servir de base à des décisions de politique publique ». Et pour cause, l’étude en question s’était bien gardée de s’appuyer sur un comité scientifique…

Cela n’avait pas empêché Élisabeth Borne de tancer le patron d’EDF d’alors, Jean-Bernard Lévy, pour lui demander de travailler sur un scénario de production d’électricité d’origine 100 % renouvelable.

Cela n’a pas empêché non plus Élisabeth Borne et Emmanuel Macron de faire fermer un an plus tard les deux réacteurs nucléaires de la centrale de Fessenheim qui sortaient d’une révision totale et étaient parfaitement opérationnels. Sébastien Lecornu, alors secrétaire d’État à l’énergie auprès de Nicolas Hulot, avant de devenir ministre de la Défense et Premier ministre, y avait beaucoup travaillé. « Promesse tenue », claironnera Élisabeth Borne !

Il fallait satisfaire les écologistes, le gouvernement allemand et Nicolas Hulot, la figure christique nationale du combat écologique, la personnalité préférée des Français pendant des années. Il aura été courtisé par tous les présidents de la République de ce siècle, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron qui remportera la mise… Façon de parler.

-Nicolas Hulot, une imposture

Nicolas Hulot n’aura été ministre de l’Écologie que quinze mois et s’est retiré de la vie publique en novembre 2021. Mais il aura fait un tort considérable à la politique énergétique du pays et à la notion même de transition qu’il a décrédibilisé. Il n’a jamais été un expert de l’environnement, de l’écologie et encore moins de l’énergie. Il était moniteur de planche à voile devenu célèbre et riche en animant l’émission de télévision à grand succès Ushuaia sur TF1. Avec la fondation Ushuaia devenue la fondation Nicolas-Hulot, il devient la figure de proue de l’écologie en France même s’il ne fait rien ou presque dans cette fondation dont l’idée revient à TF1 et Jacques Chirac qui en avait flairé l’intérêt politique et en fera un des thèmes de sa campagne présidentielle victorieuse de 2002.

C’est d’ailleurs Nicolas Hulot qui soufflera à Jacques Chirac la fameuse formule prononcée lors du Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs… » Nicolas Hulot tance les élus, défend la planète la larme à l’œil, et rédige en 2007 un pacte prônant la décroissance avec l’aide, entre autres, de Jean-Paul Besset, ancien rédacteur en chef du Monde et fondateur de la Ligue communiste révolutionnaire et d’un certain Jean-Marc Jancovici qui faisait ses premières armes. Le plus incroyable est que les candidats à la présidentielle de 2007 ont signé pour la « révolution écologique », à commencer par Nicolas Sarkozy qui remportera le scrutin.

L’imposture Nicolas-Hulot éclatera au grand jour bien plus tard, quand il quittera le gouvernement emporté par des mises en cause personnelles en septembre 2018, et en mars 2023 quand il est auditionné par la Commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale. Il est notamment interrogé sur le rapport remis en 2018 au gouvernement d’Édouard Philippe par deux experts incontestables, Yannick d’Escatha et Laurent Collet-Billon. Il est classé secret défense pour que personne ne puisse le consulter puisqu’il contredit totalement la politique gouvernementale. Il sera finalement déclassifié en mars 2023. Il prône la relance urgente d’un programme de construction de réacteurs nucléaires en France pour faire face au vieillissement du parc et pour ne pas perdre de façon presque irrémédiable le savoir-faire. Interrogé sur ce rapport, Nicolas Hulot balbutie, hésite et explique ne pas en avoir eu connaissance. Il est immédiatement contredit dans un sourire gêné par sa directrice de cabinet, Michèle Pappalardo : « Si vous l’avez eu… » C’est même lui qui l’avait commandé en mars 2018… tout en dénonçant en août 2018 « le nucléaire, cette folie inutile économiquement et techniquement dans laquelle on s’entête ». Un naufrage.

-Emmanuel Macron, une ardoise que le pays n’a pas fini de payer

Étant au pouvoir pendant presque quinze ans, aux côtés de François Hollande pendant cinq ans et en tant que chef de l’État pendant deux mandats, Emmanuel Macron a été l’artisan le plus constant de la politique énergétique désastreuse menée par le pays. De la vente en 2014 dans des conditions discutables et controversées des turbines nucléaires Arabelle d’Alstom à l’américain General Electric (GE) en passant par l’arrêt brutal du projet Astrid en 2019, la fermeture de Fessenheim en 2020 jusqu’à la promulgation par décret de la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) qui est un véritable coup de poignard dans le dos à EDF dont elle dégrade mécaniquement la rentabilité et la durée de vie du parc nucléaire.

Certains estiment que la vente des activités dans l’énergie d’Alstom et plus particulièrement de la fabrication des turbines Arabelle, les meilleures au monde, qui équipent les centrales nucléaires et les sous-marins nucléaires français, est un scandale d’État. L’opération a été orchestrée par Emmanuel Macron en tant que secrétaire général adjoint de l’Élysée puis autorisée en 2014 quand il est nommé ministre de l’Économie.

Arnaud Montebourg, son prédécesseur, avait promulgué un décret pour protéger les actifs stratégiques. Emmanuel Macron fait le contraire. La France perd la main sur une technologie critique. Arnaud Montebourg parle de trahison. L’ancien patron d’Elf et ancien chroniqueur de Transitions & Énergies, le regretté Loïk Le Floch-Prigent, dénonce l’amateurisme et la naïveté. À l’Assemblée, une commission d’enquête présidée en 2018 par feu Olivier Marleix parle de scandale d’État et de possible pacte de corruption. Il écrit : « L’État a failli à préserver les intérêts nationaux. » La justice est saisie directement par Olivier Marleix au début de l’année 2019. Une première instruction se solde par un non-lieu. Une autre est toujours en cours.

Le 31 mai 2024, sur ordre du gouvernement, EDF débourse 1,2 milliard de dollars pour racheter les turbines Arabelle à General Electric et essayer d’effacer la faute commise dix ans plus tôt. Une opération présentée à l’Élysée comme un acte de souveraineté. Sauf que le prix payé par EDF est exorbitant et que les brevets sont restés aux mains de GE…

Et puis il y a des décisions impossibles à comprendre, comme l’abandon pur et simple du projet de réacteur à neutrons rapides Astrid juste avant sa mise en construction, sauf à prendre en compte une dimension irrationnelle et idéologique. Astrid, c’était la continuité de Superphénix dont les écologistes avaient déjà obtenu la peau. Astrid avait été lancé en 2006 par Jacques Chirac pour tenter de préserver les connaissances et le savoir-faire acquis pendant des décennies par la recherche française sur les réacteurs à neutrons rapides avec les prototypes successifs qui avaient pour nom Rapsodie, Phénix et donc Superphénix.

En août 2019, en catimini, Emmanuel Macron arrête le programme qui était pourtant financé par une loi votée par le Parlement. Le Conseil constitutionnel aurait pu s’interroger… Ce que n’a pas manqué de souligner d’ailleurs le Sénat en 2024 : « Face à une disposition législative, votée par le Parlement, la recommandation ou la décision d’un haut fonctionnaire s’impose, ce qui est un dévoiement choquant. »

Désabusés, les députés et les sénateurs de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques résumeront ainsi l’abandon d’Astrid : « L’exécutif jette aux oubliettes soixante années de recherche scientifique. »

Et puis il y a la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim, en février et juin 2020, soit un peu moins de deux ans avant l’annonce de la construction, par Emmanuel Macron, de six nouveaux réacteurs, voire 14, en février 2022. Un virage à 180 degrés, salutaire, mais là encore difficile à expliquer. Pour en revenir à Fessenheim, comme l’écrivait alors Élie Cohen, directeur de recherche au CNRS et grand expert de l’industrie, cette fermeture « sans raison économique, sans motif de sécurité, à rebours de l’impératif climatique, ne manque pas d’interroger sur le poids de la rationalité économique dans la décision publique, la force de nos engagements de décarbonation depuis les Accords de Paris et le respect que l’on prête à l’Autorité de sûreté nucléaire ». Un constat que faisait alors aussi la Cour des comptes qui parlait de « processus chaotique » et s’interrogeait sur le caractère improvisé et inconséquent de l’arrêt des deux réacteurs.

Et puis il y a, dernier épisode en date, la promulgation par décret de la PPE3 par le gouvernement Lecornu en février 2026 avec le soutien actif de l’Élysée. Sans trop s’étendre sur cette question (lire page 27 et page 93), on peut la résumer de la façon suivante. L’intérêt énergétique et financier du pays est sacrifié au seul bénéfice d’une poignée d’investisseurs et d’opérateurs privés de parcs de renouvelables intermittents qui bénéficieront pendant deux décennies, la durée des contrats, de subventions exorbitantes payées par le contribuable et le consommateur.

On privatise la production d’électricité du pays avec de l’argent public que le pays surendetté n’a pas et pour des capacités supplémentaires de production totalement inutiles. Rappelons que la France produit une électricité décarbonée à plus de 95 % et qu’elle dispose de capacités de production supérieures d’au moins 20 % à la demande. La PPE3 revient à remplacer la production nucléaire décarbonée et les centrales amorties d’EDF par des équipements renouvelables intermittents moins performants et fortement subventionnés mais prioritaires sur le réseau. Des investissements qui ne seront jamais rentables pour le pays. François Bayrou avait résisté à la pression, notamment élyséenne, mais pas du tout Sébastien Lecornu…

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