Transitions & Energies
Centrale Fessenheim EDF

Les écologistes sont devenus les promoteurs
 de l’obsolescence programmée


Le premier principe d’une politique écologique cohérente devrait consister à éviter
le gaspillage de matériaux et d’énergie. Jeter aux encombrants des centrales nucléaires en état de marche ou des voitures à moteur thermique peu polluantes pour les remplacer par des éoliennes intermittentes ou des véhicules électriques emportant des centaines de kilos de batteries est une aberration. Article publié dans le numéro 12 de Transitions & Energies. Par Bertrand Alliot.

La peur climatique est très mauvaise conseillère et les activistes de l’écologie s’enfoncent peu à peu dans des contradictions qui sont de plus en plus voyantes. Certaines obsessions leur font perdre le nord et, plus précisément, les incitent à rompre avec les principes écologiques les plus élémentaires. Leur position sur l’énergie nucléaire est à ce propos emblématique, mais pour des raisons qui sont rarement évoquées.

Le débat s’organise généralement autour de la dangerosité de cette source d’énergie. La perspective d’un accident nucléaire et ses conséquences potentiellement graves ne sont pas très rassurantes. La gestion de déchets dangereux à durée de vie longue est compliquée et demande de sérieuses précautions. Par ailleurs, cette source d’énergie très «centralisée» engendre des risques en cas de conflit armé: la neutralisation d’une centrale et son réseau de distribution devient un objectif car l’ennemi, en jetant son dévolu sur un seul point stratégique, peut désorganiser le pays.

Les chantres de la sobriété sont les promoteurs de technologies dispendieuses

Ces arguments, à vrai dire, ne sont pas forcément invalides, mais dans une perspective «environnementale» les enjeux sont ailleurs. Il ne s’agit pas d’imaginer quel serait, ex nihilo, le meilleur le système de production d’électricité, mais quelle est la meilleure décision à prendre au vu des «forces en présence». En France, la situation est très claire : nous avons hérité d’un capital constitué de centrales nucléaires qui ont, certes, un certain âge, mais qui sont encore capables, sous réserve d’entretien, de fonctionner des décennies. Que nous commande alors de faire la «rationalité environnementale»: tout simplement de les conserver le plus longtemps possible. Ainsi, nous n’aurons pas besoin de prélever dans la nature des matières premières et de l’énergie pour mettre en place une infrastructure de production flambant neuve… Or, les partis verts et les grandes ONG proposent précisément de construire en repartant quasiment de rien ou incitent à organiser une transition très rapide qui implique un gaspillage éhonté, comme on a vu dans le cas de la ferme- ture de la centrale de Fessenheim.

Ainsi, le véritable scandale de la politique antinucléaire inspirée par beaucoup d’écologistes militants et qui est rarement dénoncé comme tel réside dans la promotion de l’obsolescence programmée. Ils ont beau jeu de dénoncer les fabricants d’imprimantes ou d’appareils dont l’arrêt brutal du fonctionne- ment a été malignement réglé. Les écologistes poussent à la consommation de matières premières, d’acier, de silicium, d’aluminium et accentuent de fait les problèmes environne- mentaux en voulant jeter aux encombrants des centrales en parfait état de marche pour les remplacer par un système basé sur des énergies renouvelables et le plus souvent intermittentes. Le premier principe d’une politique écologique cohérente est d’éviter le gaspillage : plutôt que de jeter, il faut réparer comme faisaient nos aïeux qui vivaient chichement. Le vrai paradoxe est que ceux qui se considèrent comme les chantres de la sobriété promeuvent des politiques si dispendieuses.

La mise au rebut forcée des véhicules thermiques remplacée par des voitures électriques a des conséquences environnementales désastreuses

C’est malheureusement bien au-delà du domaine du nucléaire que se niche la planification anti-écologique de l’obsolescence. La fermeture des centrales à charbon françaises comme celle du Havre en 2021 relève du même type d’aberration. La quantité de CO2 rejeté par un moyen de production ne doit pas être le seul et unique critère d’évaluation dans un pays où la production d’électricité est déjà très largement décarbonnée. Là encore, «la raison environnementale» doit nous obliger à conserver ce capital reçu en héritage. L’usine du Havre avait fait l’objet de réparations importantes en 2015 et pouvait servir encore bien longtemps pour produire, le cas échéant, cette électricité dont nous avons cruellement besoin. Allons-nous, dans les mois qui viennent, devoir fabriquer des centrales à gaz toutes neuves pour compenser ces fermetures imbéciles?

Mais le plus grand scandale de l’obsolescence programmée est sans doute à venir et concerne le secteur automobile. Il se développe aujourd’hui une véritable haine du moteur thermique. Que lui reproche-t-on? Sans surprise, de produire du CO2… C’est pourquoi la Commission européenne, encouragée par beaucoup d’ONG ou de partis verts, envisage de mettre fin à sa commercialisation dès 2035. En parallèle, la France a eu l’idée saugrenue de mettre en place des «zones à faibles émissions» censées protéger les populations dans les zones denses les plus polluées. Ces politiques vont surtout pousser la population à progressivement changer de véhicule ou à effectuer un «retrofit électrique» consistant à troquer son moteur à essence contre un moteur électrique. Je n’ose imaginer les conséquences environnementales de ce « génocide » programmé qui assurera la fortune des ferrailleurs sur des générations. Combien de trous creuserons-nous pour amasser les carcasses et combien d’autres pour trouver le cobalt, le lithium et le cuivre ? Soucieux de la nature et de la terre, nous aurions pu conserver nos vieilles bagnoles : avec un peu de soin, elles auraient pu vieillir avec nous. Mais c’était sans compter sur l’application généralisée du principe de l’obsolescence programmée, au nom de ce qu’il est coutume d’appeler «l’écologie».

La rédaction

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