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Le confinement permettra d’éviter des coupures d’électricité cet hiver

Blackout en Amérique du nord en 2003

Entre la fermeture de Fessenheim, les retards à rallonge du chantier de l’EPR de Flamanville, le calendrier perturbé de maintenance des centrales nucléaires et la fermeture des centrales au charbon, la production électrique française est fortement affaiblie. Au point de faire craindre des coupures d’électricité et même un black out en cas d’hiver rigoureux. Mais le reconfinement et la baisse de consommation qu’il engendre devraient permettre au réseau électrique de passer les prochains mois sans problèmes.

A quelque chose malheur est bon. Le reconfinement devrait permettre à la France d’éviter, notamment en cas de grands froids dans les prochains mois, de manquer d’électricité. Un risque qui était loin d’être seulement théorique.

A la merci des conditions climatiques

«La continuité de l’approvisionnement en électricité pour les mois de décembre 2020, janvier et février 2021 n’est pas sécurisée et dépendra uniquement des conditions climatiques», a alerté au début du mois le Comité social et économique (CSE) central d’EDF. «Face à une politique qui réduit les moyens de production d’électricité pilotables, il sera impossible en cas de période de froid (simplement comparable aux hivers 2018 et 2012) d’assurer l’équilibre du réseau électrique qui, à chaque seconde, doit permettre une égalité entre production et consommation», ajoute-t-il.

Le CSE d’EDF s’en prend  également à RTE, le gestionnaire du réseau, qui «commence à admettre les difficultés, mais compte sur les importations et les mesures d’effacement pour sauver le réseau de tout black-out. Une vision digne d’avant-guerre».

Fermeture de Fessenheim et calendrier de maintenance des centrales nucléaires perturbé

Le parc nucléaire français, qui a assuré l’an dernier plus de 70% de la production d’électricité du pays et a permis au passage d’importantes exportations, se trouve face à des échéances difficiles à gérer simultanément. Il y a à la fois les retards à répétition de l’entrée en service de l’EPR de Flamanville, les arrêts définitifs exigés par le gouvernement des deux réacteurs de Fessenheim, les arrêts en cours de tranches pour maintenance qui se prolongent, faute notamment de moyens humains du fait du confinement, et pour finir la nécessité de revoir complètement le calendrier du grand carénage de ces mêmes réacteurs. On peut y ajouter la fermeture également définitive d’ici 2022 des quatre dernières centrales au charbon qui servent d’appoint en cas de pic de demande.

Ces centrales au charbon ont encore été utilisées dès septembre du fait de la moindre disponibilité du parc nucléaire et de la présence d’un anticyclone réduisant les vents et donc la production éolienne.

Pour cet hiver et même les prochains, RTE a prévenu depuis longtemps que la «vigilance» serait de mise. En cause: la pandémie de Covid-19 qui a bousculé le planning de maintenance des réacteurs nucléaires au printemps. RTE a averti que la saison hivernale serait notamment marquée par «une probabilité de tension élevée fin novembre-début décembre en cas de froid précoce». Mais ce ne sera finalement pas le cas puisque le reconfinement a réduit les besoins d’électricité du pays.

Moins de consommation avec le reconfinement

«Si demain la consommation française baisse, cela crée des marges», expliquait en octobre Xavier Piechaczyk, le président de RTE. Pendant le confinement du printemps, la consommation d’électricité en France avait chuté un temps de 15 à 20% illustrant le fort ralentissement de l’activité économique.

On relève a priori «moins de consommation sur le réseau» même si «l’effet exact est encore peu connu», explique à BFM Nicolas Goldberg, du cabinet Colombus Consulting. EDF s’était dit en octobre «relativement confiant» dans sa capacité à produire suffisamment d’électricité cet hiver. L’électricien espérait alors réussir à avoir en fonctionnement en novembre 42 ou 43 réacteurs nucléaires sur les 56 du parc.

Un objectif qui sera sans doute difficile à atteindre avec le report de la remise en service des deux réacteurs de la centrale de Flamanville dont l’un redémarrera seulement fin janvier. «Nous sommes actuellement à 41 réacteurs connectés au réseau d’électricité», indiquait-on la semaine dernière chez EDF.

RTE s’était préparé au pire pour éviter un black out

Pour illustrer le risque de coupure de courant, plusieurs mesures ont été envisagées en cas de déséquilibre entre l’offre et la demande. Il s’agit par exemple d’une légère baisse de la tension sur le réseau, qui ferait par exemple briller les ampoules un peu moins vivement.

RTE dispose d’autres mécanismes qui lui permettent de faire baisser la consommation jusqu’à 3 gigawatts (GW), l’équivalent de trois réacteurs nucléaires. Il existe d’une part un mécanisme dit «d’effacement» qui a été doublé. Il s’agit de contrats conclus avec des entreprises qui acceptent temporairement de réduire ou différer certaines de leurs consommations.

Un autre dispositif dit «d’interruptibilité» permet lui d’éviter un black out en cas de problème et d’arrêter immédiatement la fourniture de courant à 18 sites de gros consommateurs d’électricité sous contrat avec RTE.

Enfin, en dernier recours, il est prévu de recourir au «délestage» c’est-à-dire à des coupures organisées et tournantes de l’alimentation électrique d’environ 200.000 foyers à la fois pendant 2 heures. Une mesure extrême destinée à éviter en urgence un blackout, c’est-à-dire un effondrement généralisé et non contrôlé du réseau.

«Il n’y aura pas de délestage cet hiver», estime Nicolas Goldberg. «On est en période de sous-consommation, le nucléaire a remonté la pente, les effacements ont répondu présent à la suite d’un appel d’offre exceptionnel lancé cet été», résume-t-il. Merci le reconfinement…

«Les hypothèses de RTE misent sur les effets de la crise sanitaire et de la baisse de consommation pour passer l’hiver. Il est vraiment peu réjouissant de compter sur la crise économique pour assurer l’alimentation électrique du pays», conclut le CSE d’EDF.

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