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Pourquoi les compagnies vont continuer à chercher du pétrole

Puit de pétrole Wikimedia

Même si la demande de pétrole a déjà atteint son maximum dans le monde («Peak oil»), ce qui est loin d’être une certitude, l’humanité va continuer à consommer des centaines de milliards de barils dans les prochaines années et décennies.

La pression monte, en tout cas dans le monde occidental, pour contraindre les banques à ne plus financer des projets d’exploitation d’énergies fossiles, mines de charbon et puits de pétrole et de gaz. Si les intentions sont louables, réduire les émissions de gaz à effet de serre, les conséquences économiques, sociales et politiques de pénuries d’hydrocarbures et d’envolée des cours pourraient être catastrophiques. Il faut évidemment substituer des sources d’énergies plus propres aux fossiles, mais pour le faire il y a une échelle de temps incompressible pour des raisons aussi bien économiques que techniques.

L’humanité mettra au mieux des décennies avant de pouvoir se passer des 10 milliards de tonnes d’énergies fossiles qu’elle consomme chaque année et qui lui sont indispensables pour se nourrir, se chauffer, se déplacer, fabriquer des engrais, du ciment et de l’acier… Les technologies disponibles comme les investissements nécessaires pour y parvenir sont très loin d’être suffisants. Quant aux adeptes de la décroissance, ils n’ont aucune chance de convaincre l’humanité d’accepter de s’appauvrir. L’expérience vécue l’an dernier avec la récession planétaire née de la pandémie suffit à le démontrer.

Le monde va encore consommer des centaines de milliards de barils quel que soit le scénario

Cela signifie que même si la demande de pétrole a atteint son maximum dans le monde en 2019, le fameux «Peak oil», une thèse intéressante mais qui est loin de faire l’unanimité, le monde va encore consommer des milliards de barils au cours des prochaines années et décennies. Et il faudra continuer à produire et à chercher du pétrole et du gaz ne serait-ce que pour rendre acceptable la transition en conservant des prix de l’énergie à des niveaux supportables le temps de passer massivement à l’électricité renouvelable et à l’hydrogène vert.

Le seul groupe pétrolier qui considère aujourd’hui que la consommation d’or noir dans le monde ne peut plus que baisser et a décidé de cesser d’investir dans le pétrole et même de se désengager est BP. Toutes les autres grandes compagnies, publiques et privées, sans exception, et des centaines de sociétés pétrolières petites et moyennes continuent à investir et à développer des projets.

Les prévisions de BP proposent trois scénarios baptisés net zéro, rapide et rien ne change («business as usual»). Dans le premier, les gouvernements font tout ce qu’ils peuvent pour ramener à zéro les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Dans le scénario médian, comme son nom l’indique, la transition est assez rapide. Et dans le dernier scénario, «business-as-usual», les efforts et les contraintes sont limités.

En fonction de ces scénarios, la part des carburants fossiles devrait décliner de 85% de la demande primaire d’énergie dans le monde en 2018 à entre 20% et 65% d’ici 2050.  Mais même dans le scénario net zéro (en rose dans le graphique ci-dessous), la consommation de pétrole dans le monde d’ici 2050 représentera encore 660 milliards de barils à comparer aux 880 milliards de barils consommés au cours des trente dernières années. Et dans le scénario «business as usual» (en rouge dans le graphique), la consommation de pétrole sera de 1.100 milliards de barils d’ici 2050…

Pourquoi les compagnies vont continuer à chercher du pétrole

Les scénarios de BP en millions de barils/jour. En rose, net zéro et en rouge «business as usual». Source BP.

L’ensemble de l’industrie pétrolière ne parie pas sur un scénario de croissance de la demande de pétrole au cours des trente prochaines années. Elle estime qu’il faudra encore environ une décennie pour atteindre le «Peak oil» et qu’ensuite la demande baissera inexorablement. Mais elle ne disparaîtra pas totalement, loin de là, et pour ramener à zéro les émissions de gaz à effet de serre, il faudra généraliser la capture et le stockage du CO2. Pour parvenir à cette conclusion, les pétroliers mettent en avant le fait que les transitions énergétiques se produisent sur des décennies et qu’aujourd’hui encore on se sert dans certaines régions du monde de bois pour se chauffer et faire cuire les aliments. Il y aura ainsi très vraisemblablement des véhicules avec moteur thermique en circulation à la fin du siècle.

Pour en revenir au pétrole et aux investissements qui vont continuer dans cette industrie, un exemple de cette réalité en partie dérangeante vient juste d’être donné par le projet de plusieurs milliards de dollars mené par le groupe pétrolier français Total en Afrique de l’est. Un accord vient d’être annoncé le 11 avril. Le groupe pétrolier français, qui est engagé dans une transformation de son activité et se développe rapidement dans les renouvelables, est dans le même temps prêt à investir plus de 5 milliards de dollars avec plusieurs partenaires pour forer des puits de pétrole en Ouganda sur les rives du Lac Albert et pour construire un oléoduc de près de 1.500 kilomètres pour amener le pétrole dans le port de Tanga en Tanzanie. Il s’agit du plus grand projet pétrolier du monde annoncé cette année. La production commencera en 2025. Elle est estimée sur la durée de vie des installations à un milliard de barils, une goutte d’eau à l’échelle de la demande de pétrole au cours des prochaines décennies.

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