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Pour BP, le pic pétrolier (peak oil) c’est maintenant

Puit de pétrole Wikimedia

Le groupe pétrolier britannique BP a annoncé la semaine dernière que la consommation de carburants fossiles devrait baisser pour la première fois de l’histoire du fait à la fois des politiques en faveur des énergies renouvelables, de l’électrification massive des usages et des effets durables de la pandémie sur l’économie mondiale. Ces prévisions justifient sa stratégie qui consiste à vendre ses actifs pétroliers et basculer massivement vers la production de renouvelables.

La fin du pétrole… Combien de fois a-t-elle été annoncée depuis des décennies. Il s’agissait souvent du scénario préféré des prophètes de l’apocalypse marquant la disparition du capitalisme et de la civilisation. Les adeptes n’ont pas manqué… et les scénarios ne se sont jamais matérialisés.

Mais quand c’est un géant du pétrole aussi respecté que BP qui considère que le déclin de l’or noir est devenu inéluctable, cela devient soudain plus crédible. On peut cette fois commencer à parler d’un monde d’avant, celui du pétrole, et d’un monde d’après. Car il s’agit tout simplement de la source d’énergie qui a dominé et façonné le monde depuis un siècle et permis l’apparition de la société de consommation.

Dans des prévisions rendues publiques le 14 septembre, le groupe pétrolier britannique annonce que la consommation de carburants fossiles devrait baisser pour la première fois de l’histoire, du fait à la fois des politiques en faveur des énergies renouvelables, de l’électrification massive des usages et des effets durables de la pandémie sur l’économie mondiale et la demande en énergie.

BP a prolongé cette année ces prévisions jusqu’en 2050 afin notamment de justifier la stratégie de la multinationale qui consiste à réduire ses émissions de CO2 à zéro d’ici le milieu du siècle et dans l’immédiat à céder un grand nombre de ses actifs dans le gaz et le pétrole. Le groupe pétrolier entend réduire de 40% sa production de pétrole d’ici à 2030 (2,6 millions de barils par jour aujourd’hui) et récupérer 25 milliards de dollars de la vente d’actifs d’ici 2025. Il compte ainsi avoir les moyens d »investir massivement dans les énergies renouvelables.

Trois scénarios

Les prévisions de BP proposent trois scénarios baptisés: net zéro, rapide et rien ne change («business-as-usual»). Dans le premier, les gouvernements font tout ce qu’ils peuvent pour ramener à zéro les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Dans le scénario médian, comme son nom l’indique, la transition est rapide. Et dans le dernier scénario, «business-as-usual», les efforts et les contraintes sont limités.

En fonction de ces scénarios, la part des carburants fossiles devrait décliner de 85% de la demande primaire d’énergie dans le monde en 2018 à entre 20% et 65% d’ici 2050. Dans le même temps, la part des renouvelables devrait passer de 5% en 2018 à un maximum de 60% d’ici 2050 (Voir-le graphique ci dessous).

Structure de la demande d'énergie dans le monde BP
Structure de la demande d’énergie dans le monde BP

Dans les deux scénarios les plus agressifs en terme de réduction d’émissions, la consommation de pétrole aurait atteint son sommet (peak oil ou pic pétrolier) l’an dernier. Dans le troisième scénario, elle continuera à augmenter jusque dans les années 2030. Si la part des carburants fossiles a déjà baissé en pourcentage du total de l’énergie consommé, elle ne s’est jamais réduite en terme absolus (voir ci-dessous). Les scénarios de BP marquent aussi un changement majeur avec les prévisions de 2019 qui n’envisageaient pas un recul de la demande de pétrole avant les années 2030.

Consommation de pétrole en millions de barils par jour BP
Consommation de pétrole en millions de barils par jour BP

Pour le chef économiste de BP, Spencer Dale, «la transition énergétique sera un évènement sans précédent. Jamais dans l’histoire moderne, la demande pour aucun carburant commercial n’a décliné en termes absolus… Mais la part des énergies renouvelables dans la consommation augmente plus rapidement que celle des carburants fossiles dans toute l’histoire».

Il existe deux grands scénarios marquant la fin de la domination du pétrole dans l’énergie. Le premier, souvent évoqué depuis les années 1970 et toujours à tort, est celui de la raréfaction des ressources. Il était compris de façon sommaire comme: «le monde va bientôt manquer de pétrole». La réalité de ce scénario était non pas un apocalypse à la «Mad Max» et la soudaine disparition du pétrole, mais un long déclin progressif de la production qui allait créer une crise économique planétaire.

Ce scénario est redevenu encore à la mode dans les années précédents le boom du pétrole de schiste à partir de 2014. Il a notamment été popularisé par le livre «Twilight in the Desert» de Matt Simmons qui expliquait en 2005 que les gigantesques réserves saoudiennes étaient en fait presque épuisées. Une version plus sophistiquée des prédictions du Club de Rome du début des années 1970 mais tout aussi fausse. La logique alors était que la raréfaction de l’offre de pétrole allait faire s’envoler les prix du baril, à plus de 200 dollars, créant une récession mondiale.

Justifier une stratégie

La «rupture technologique» créée à partir de 2014 par le pétrole de schiste et le retour totalement inattendu en quelques années des Etats-Unis à la place de premier producteur mondial a balayé, une fois encore, toute perspective de manque de pétrole. Un nouveau scénario a progressivement vu le jour. Cette fois, la fin de l’âge du pétrole ne viendrait pas d’une insuffisance de l’offre mais d’un déclin de la demande. Il est lié notamment à une révolution dans les transports marquée par le déclin de l’automobile individuelle et le développement des véhicules électriques qu’ils soient à batteries ou alimentés, via l’hydrogène, par des piles à combustibles. On peut y ajouter également un rejet grandissant du plastique issu de la pétrochimie et le développement des renouvelables pour produire de l’électricité.

Cette hypothèse d’une baisse rapide de la demande de pétrole a été notamment développée par Michael Liebreich, le fondateur du très influent Bloomberg NEF (New energy foundation). La pandémie de covid-19 et ses conséquences viennent peut-être d’accélérer le basculement vers ce scénario. BP en est maintenant persuadé et a décidé pour cela de se transformer en groupe d’énergies renouvelables. Le directeur général de BP, Bernard Looney, explique que les conclusions du rapport «ont joué un rôle clé» dans l’élaboration de la nouvelle stratégie du groupe. Elles servent aussi à la justifier.

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