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Covid-19: le scénario de la fin de l’âge du pétrole

Plateforme pétrolière off shore wikimedia commons

Il existe deux grands scénarios de la fin de l’âge du pétrole. Celui du «peak oil», l’insuffisance des ressources, qui semble aujourd’hui très improbable, et celui d’un déclin de la demande lié à la transition énergétique. La pandémie pourrait bien accélérer l’histoire et valider le second scénario en marquant le début d’un recul durable de l’utilisation du pétrole dans le monde.

Le déclin du pétrole semble, aujourd’hui, devenu presque inéluctable. L’énergie qui a dominé et façonné le monde depuis un siècle et permis l’apparition de la société de consommation vient de connaitre, justement, la plus forte baisse de consommation de son histoire. Il est possible qu’elle ne s’en remette jamais vraiment entre guerre des prix à outrance et tentative, plus ou moins réussie, pour créer un cartel planétaire des producteurs.

Il existe deux grands scénarios marquant la fin de la domination du pétrole dans l’énergie. Le premier, souvent mis en avant depuis les années 1970 et toujours à tort, est celui dit du «peak oil» ou pic pétrolier. Il était compris de façon un peu sommaire comme: «le monde va bientôt manquer de pétrole». En fait, la réalité de ce scénario était non pas un apocalypse à la «mad max» et la soudaine disparition du pétrole, mais un long déclin progressif de la production qui allait créer une crise économique planétaire dans un monde toujours dépendant de l’or noir.

Insuffisance de l’offre ou déclin de la demande?

Ce scénario est redevenu très à la mode dans les années précédents le boom du pétrole de schiste à partir de 2014. Il a notamment été popularisé par le livre «Twilight in the Desert» de Matt Simmons qui expliquait en 2005 que les gigantesques réserves saoudiennes étaient en fait presque épuisées. Une version plus sophistiquée des prédictions du Club de Rome du début des années 1970. La logique alors était que la raréfaction de l’offre de pétrole allait faire s’envoler les prix du baril, d’abord au-delà de 100 dollars et ensuite à plus de 200 dollars, créant une récession mondiale. La réalité semblait lui donner raison et les cours du pétrole tout comme les bénéfices des groupes pétroliers n’ont cessé de monter entre 2005 et 2014, en dépit de l’interlude de la crise financière de 2008-2009.

La «rupture technologique» créée à partir de 2014 par le pétrole de schiste et le retour totalement inattendu en quelques années des Etats-Unis à la place de premier producteur mondial a balayé, une fois encore, la perspective du «peak oil». Un nouveau scénario sur la fin du pétrole a progressivement vu le jour. Cette fois, la fin de l’âge du pétrole ne viendrait pas d’une insuffisance de l’offre mais d’un déclin de la demande. Il est lié notamment à une révolution dans les transports marquée par le déclin de l’automobile individuelle et le développement des véhicules électriques qu’ils soient à batteries ou alimenté, via l’hydrogène, par des piles à combustibles. On peut y ajouter également un rejet grandissant du plastique issu de la pétrochimie.

Cette hypothèse d’une baisse rapide de la demande de pétrole a été notamment développée par Michael Liebreich, le fondateur du très influent Bloomberg NEF (New energy foundation). Il a très récemment écrit sur twitter: «j’ai toujours dit que la fin du jeu pour le pétrole ne se produira pas quand le baril atteindra 200 dollars, mais quand il se stabilisera à 20 dollars».

Le covid-19 en accélérateur de l’histoire

La pandémie de covid-19 vient peut-être d’accélérer le basculement vers ce scénario. Elle a provoqué un effondrement sans précédent de la demande de pétrole dans le monde et une récession qui s’annonce comme la plus terrible depuis la seconde guerre mondiale. Cela ne signifie pas que le monde peut se passer de pétrole, mais qu’il en aura besoin de beaucoup moins pendant longtemps, qu’une partie de cette industrie va disparaitre et que le baril peut rester durablement autour de 30 dollars.

La question est de savoir s’il s’agit d’une évolution provisoire, avec une baisse de la demande pendant seulement quelques années, ou définitive. Les années 2005-2014 avaient semblé valider le scénario du «peak oil», mais une rupture technologique, inattendue par définition, a tout changé. Quand la demande de pétrole a baissé en 2008 et 2009 à la suite de la crise financière, elle a fortement redémarré en 2010. On peut considérer que le choc de la pandémie devrait avoir un impact bien plus important et plus durable sur les modes de consommation et de production, sur les échanges commerciaux, sur les transports, sur les priorités en matière d’investissements, sur la transition énergétique et donc… sur le destin du pétrole.

 

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