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L’action Tesla est devenue «la plus dangereuse de Wall Street»

Wall Street New York

Après avoir gagné plus de 500% depuis le début de l’année, le titre Tesla a subi depuis le début du mois de septembre des corrections brutales. L’engouement autour du constructeur de voitures électriques de luxe est devenu irrationnel même si ce dernier a connu une incontestable réussite. Il a alimenté une pure vague de spéculation sans lien avec la réalité économique de Tesla et du marché automobile.

Si la preuve devait être apportée que Tesla est devenu à Wall Street l’un des titres les plus spéculatifs, l’effondrement qu’a connu le 8 septembre l’action du constructeur automobile spécialisé dans l’électrique suffirait à le prouver. Cela a été la pire séance depuis son introduction en Bourse il y a dix ans. Il a suffi de l’annonce que le titre n’allait pas intégrer le principal indice de la place américaine, le S&P 500!

Conséquence, l’action a perdu 21% en une séance, cela représente 80 milliards de dollars de capitalisation boursière en moins. Et si elle a regagné près de 11% le 9 septembre, elle a tout de même abandonné plus de 26% depuis le début du mois de septembre. Pour de nombreux analystes, ce qui s’est passé était prévisible après l’envolée irrationnelle du titre qui avait gagné plus de 500% depuis le début de l’année! Le cours de l’action Tesla qui était de 86 dollars le 2 janvier avait atteint 498 dollars le 31 août, avant de finir le 9 septembre à 366 dollars. A son sommet, la valeur du titre avait été multiplié par 5,8  depuis le début de l’année et par 29 depuis son introduction à 17 dollars le 29 juin 2010.

L’attrait de la technologie et de la transition énergétique

L’action Tesla a bénéficié du fait d’être associée étroitement aux yeux des investisseurs à la transition énergétique et l’innovation technologique. Tesla a réussi à prouver, en dépit de grandes difficultés, qu’il pouvait produire des véhicules électriques de luxe en masse. Et il est maintenant directement présent sur l’immense marché chinois avec son usine de Shanghai et bientôt en Europe puisqu’il implante une usine en Allemagne.

La réussite de Tesla est en apparence assez spectaculaire. Ces revenus ont augmenté de 50% par an depuis quatre ans. Le constructeur réalise désormais la moitié du chiffre d’affaires de Renault. Il a vendu plus d’un million de véhicules depuis sa création en se positionnant comme leader (avec 22% de parts de marché) du marché des véhicules de luxe électriques. Il faut y ajouter les frasques et la communication agressive de son fondateur Elon Musk.

La spéculation est aussi un élément majeur de l’envolée du titre depuis le début de l’année. Elle a été nourrie par l’enthousiasme de petits porteurs qui n’imaginaient pas que l’ascension de Tesla et le génie d’Elon Musk puissent avoir des limites. A la mi-août, le groupe a annoncé la division par cinq de son action pour la rendre encore plus abordable. Un certain nombre de propriétaires de Tesla se comportent comme les membres d’une secte qui diffusent la bonne parole et sont les meilleurs publicitaires de la marque, de ses véhicules et de ses titres.

On peut vraiment parler d’exubérance irrationnelle autour du titre Tesla. La valeur sur le marché de Tesla n’avait plus et n’a d’ailleurs toujours plus aucun rapport avec la réalité de son marché et de sa rentabilité. Sa capitalisation boursière de 340 milliards de dollars le 9 septembre, soit près de quatre fois celle de Volkswagen, est impossible à justifier.

Les mises en garde de Bloomberg et CNBC

Pour l’agence Bloomberg, «la machine de battage médiatique de Tesla semble aujourd’hui dans une situation précaire». L’article ajoute que «si vous enlevez les bénéfices retirés de la vente de droits à polluer à des concurrents constructeurs automobiles, l’activité de production et de vente de véhicules de Tesla continue à perdre de l’argent et doit faire face à une compétition grandissante de géants de l’industrie qui commencent à produire en masse leurs propres voitures électriques».

Il y a quelques jours, sur la chaîne de télévision américaine CNBC, David Trainer, qui dirige le groupe New Constructs spécialisé dans l’analyse financière des sociétés et les analyses de marché boursier, estimait que «l’action Tesla est devenue la dangereuse de Wall Street».

«Quelque soit le scénario le plus optimiste que vous imaginez pour Tesla -même s’ils vont produire 30 millions de voitures au cours des 10 prochaines années, et rentrer dans le marché de l’assurance et avoir les mêmes marges élevées que Toyota, le constructeur automobile de masse le plus efficace de l’histoire- même si vous croyez que tout cela est vrai, le cours de bourse anticipe le fait que les profits seront encore plus importants que cela», a-t-il expliqué.

Un château de cartes

Il a ajouté que les niveaux actuels sur le marché avec un rapport cours/bénéfices de 159 impliquent que Tesla contrôle de 40% à 110% du marché futur de la voiture électrique dans le monde. Si le prix moyen par véhicule Tesla vendu reste à 57.000 dollars, il faudra que Tesla en commercialise 10,9 millions d’ici 2030 pour justifier son cours, cela représente 42% du marché estimé. «Nous pensons qu’il s’agit de l’un des plus grands châteaux de cartes de l’histoire et il est prêt à tomber», conclut David Trainer.

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