Le modèle allemand de la transition énergétique construit sur le tout renouvelables éolien et solaire a échoué. Même les dirigeants allemands ont fini difficilement par le reconnaître. Difficile de faire autrement. Le pays a l’électricité la plus chère d’Europe. Il ne parvient pas à décarboner sa production d’électricité et son économie, doit recourir aux centrales à charbon quand il n’y a pas de vent et de soleil et a dû lancer un programme d’urgence de construction de 40 centrales à gaz. Et comble de l’ironie, il importe massivement de l’électricité nucléaire française quand il n’y a pas de vent, comme dans les périodes de canicule, et pas de soleil (le soir par exemple).
Mais les partisans du tout renouvelables ont trouvé un nouveau modèle, l’Espagne, qui a également fait le choix du tout renouvelable et notamment du solaire avec, il est vrai, des conditions géographiques et météorologiques bien plus favorables que l’Allemagne. Problème, les renouvelables intermittents déstabilisent les réseaux et sont ainsi à l’origine du gigantesque blackout de la péninsule ibérique du 28 avril 2025 qui a fait la bagatelle de 147 morts… Mais le gouvernement espagnol du dogmatique Pedro Sanchez a tout fait pour entraver les enquêtes et nier cette réalité afin de ne pas remettre en cause sa politique énergétique. Il y a pourtant une réalité physique indéniable. Les renouvelables intermittents n’offrent pas l’inertie électro mécanique des centrales hydrauliques, nucléaires et thermiques qui permet de stabiliser les réseaux en tension et en fréquence quand la situation se dégrade. A tel point, que le réseau espagnol a failli à nouveau tomber le 28 janvier dernier.
La rentabilité des parcs solaires s’effondre avec la surproduction et les prix négatifs
Mais il n’y a pas que cela comme problème avec le surinvestissement espagnol dans les renouvelables intermittents. La surproduction en milieu de journée quand le rayonnement solaire est maximum fragilise le réseau, fait s’effondrer les prix qui deviennent souvent négatifs. Elle met ainsi à mal la rentabilité des parcs solaires et éoliens à tel point que les investisseurs fuient l’Espagne. C’est ce qu’explique l’agence Bloomberg.
« Au cours des 15 dernières années, l’Espagne a été l’un des marchés européens des énergies renouvelables qui a connu la plus forte croissance, les investisseurs en capital-risque, les services publics et les banques ayant injecté plus de 80 milliards de dollars dans ce secteur. Mais cette vague d’investissements a entraîné une surproduction d’électricité si importante que la valeur des parcs solaires s’effondre et que les investisseurs cherchent à se désengager », écrit Bloomberg.
Un système aberrant et destructeur
Les surcapacités solaires sont telles qu’elles saturent les réseaux et font chuter les prix bien en dessous de zéro en milieu de journée les producteurs faisant tout pour écouler l’électricité excédentaire. Six mois seulement après le début de l’année, le pays a déjà dépassé son record annuel du nombre d’heures pendant lesquelles les producteurs payent les consommateurs… pour qu’ils acceptent de consommer leur électricité. Un système aberrant, antiéconomique et destructeur.
Toujours selon Bloomberg, au moins quatre grands producteurs solaires espagnols seraient en vente. Et même Iberdrola, le plus grand producteur de renouvelables intermittents d’Europe, a reporté certaines ventes d’actifs après avoir reçu des offres jugées trop basses.
Le blackout du 28 avril 2025 a tout changé
Des fonds spéculatifs américains sont à l’affût et se sont mis en position de vente à terme sur certaines sociétés. Ce serait le cas, par exemple, de BlackRock Advisors et d’au moins quatre autres gérants d’actifs financiers sur Solaria Energia y Medio Ambiente. La production solaire de l’entreprise a bondi de près de la moitié au cours des trois premiers mois de cette année, bien que le prix moyen de son électricité solaire ait chuté d’un cinquième sur la même période. Afin de diversifier ses activités, Solaria a levé 300 millions d’euros (342 millions de dollars) pour acheter des batteries permettant de stocker l’électricité excédentaire.
En fait, le blackout d’avril 2025 a changé radicalement la situation. Depuis lors, l’opérateur du réseau national espagnol, Red Eléctrica, n’hésite plus à mettre des parcs solaires hors service pour éviter une nouvelle catastrophe. Ce qui au passage prouve bien que les renouvelables intermittents et plus particulièrement le solaire sont à l’origine du problème. Tout simplement parce que la production solaire photovoltaïque est sujette à des variations considérables et très rapides que les réseaux ont beaucoup de mal à gérer quand elle devient essentielle. Au moment du blackout du 28 avril 2025, la production solaire photovoltaïque représentait 60% du total. Red Eléctrica a alors été incapable de stabiliser son réseau ce que montrent très bien les minutes enregistrées des opérateurs.
Le gouvernement espagnol contraint d’apporter un soutien financier au secteur
En apparence, la surproduction intermittente et plus particulièrement solaire est une aubaine pour de nombreux consommateurs espagnols qui paient l’électricité en fonction des prix sur le marché de gros. Cette année, leurs tarifs ont figuré parmi les plus bas d’Europe avec la France— environ la moitié de ce que paient les Allemands. Mais c’est une situation intenable sur la durée.
Le gouvernement espagnol évoque lui une situation « transitoire » et prévoit d’investir 30 milliards d’euros dans la modernisation du réseau d’ici 2030. Il étudie aussi les moyens d’éviter des faillites et des ventes à l’encan de parcs photovoltaïques en apportant un soutien financier au secteur et en encourageant l’installation de batteries pour stocker l’électricité excédentaire.
Mais les capacités de stockage ne sont pas à l’échelle des besoins et représentent des coûts importants. En outre, les capacités de production solaires continuent à augmenter bien trop rapidement sans lien avec la réalité de la demande et des capacités d’absorption du réseau. Le problème est rendu insoluble par des réglementations qui obligent les opérateurs à respecter les délais fixés pour le raccordement des nouveaux parcs au réseau indépendamment de leur rentabilité et des besoins.











