<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Quand la Chine recommencera à importer massivement du pétrole, le monde tremblera

2 juin 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : China oil reserves Wikimedia Commons
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Quand la Chine recommencera à importer massivement du pétrole, le monde tremblera

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C’est un élément négligé dans l’équation des marchés et des prix du pétrole aujourd’hui, après trois mois de blocage du détroit d’Ormuz et de restriction de l’offre mondiale. Les conséquences n’ont pour l’instant pas été aussi dramatiques qu’attendu, notamment parce que la Chine a nettement réduit ses importations. Elle est le premier importateur mondial. La Chine vécu sur ses abondantes réserves. Mais cela ne va plus durer indéfiniment…

Un des facteurs qui explique le fait que les cours du pétrole ont été relativement contenus depuis le début de la crise énergétique, née de la guerre contre la République islamique d’Iran, tient à l’attitude de la Chine. Il faut le rappeler, il s’agit du premier importateur mondial de barils.

La Chine est le pays le mieux préparé à affronter une crise d’approvisionnement énergétique. Avec des stocks estimés à plus d’un milliard de barils avant le début de la guerre, Pékin peut faire face pendant des mois à des difficultés d’approvisionnement et à une hausse des prix sans trop en souffrir. A tel point, que la Chine a même exporté des barils de pétrole en Asie à des pays qui en avaient désespérément besoin. Les estimations des plus précises des stocks pétroliers chinois, qui sont secrets, varient entre 1,2 et 1,3 milliard de barils. Un volume jugé suffisant pour faire face à quatre mois de consommation selon Rush Doshi, directeur de la China Strategy Initiative du Council on Foreign Relations.

Reprise des importations massives en juillet ou en août

Une grande partie de cette réserve provient de Russie et d’Iran, mais le prix de ses barils de brut soumis à des sanctions a également augmenté même si les États-Unis ont accordé des dérogations aux sanctions pour limiter l’envolée des prix. Les acheteurs de pétrole chinois ont aussi moins d’options d’achat que leurs homologues étrangers en raison d’un droit de douane de 22,5% sur le brut américain et de restrictions sur les achats de pétrole vénézuélien. De plus, l’exemption américaine sur le brut russe ne couvre que le pétrole chargé avant le 17 avril et celle-ci est sur le point d’expirer vers la mi-juin. Et puis la Chine doit faire face à la concurrence acharnée de l’Inde pour les barils russes bénéficiant d’une dérogation aux sanctions.

Evidemment, la Chine n’a pas uniquement utilisé ses réserves depuis trois mois et le début de la guerre et a continué à importer du pétrole, en quantité relativement réduites, et a vu aussi sa consommation se réduire. Mais la stratégie consistant à taper dans les stocks commerciaux et stratégiques a des limites tout comme la baisse de la demande. Et le jour ou la Chine sera contrainte, ou décidera, d’importer à nouveau massivement du pétrole, la situation va brusquement changer sur le marché.

Pour l’instant, il y a du pétrole en stock, mais plus pour très longtemps. Selon le cabinet spécialisé Kpler qui tire la sonnette d’alarme, les raffineurs chinois pourraient être contraints de revenir en force sur les marchés mondiaux en juillet ou en août. Toujours selon Kpler, les importations chinoises de pétrole ont baissé plus fortement que l’activité des raffineries ce qui montre qu’elles ont bien puisé dans les réserves. Mais comme la destruction en Chine et dans le monde de la demande par la hausse des prix n’est pas suffisante pour réduire la consommation au niveau des exportations qui ont baissé d’environ 10% à 15% depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, la Chine pourrait devoir recommencer à importer davantage de pétrole. Cela pourrait entraîner une correction brutale des cours du baril.

Baisse sensible des importations

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les importations chinoises de pétrole brut en mai sont estimées à 6,78 millions de barils par jour, indique Muyu Xu, un analyste de Kpler. Il s’agirait du plus faible volume mensuel d’importations de pétrole depuis près de dix ans et même d’une forte baisse par rapport aux 8,5 millions de barils quotidiens achetés en avril. Pour donner un ordre d’idée, le volume moyen quotidien des importations de pétrole de la Chine s’élevait l’année dernière à 10,66 millions de barils. Et sur ce total, environ un million de barils par jour a été stocké. Des stocks qui sont désormais utilisés pour satisfaire la demande intérieure en carburant et les exportations.

Les taux de raffinage dans le pays s’élèvent en moyenne à 13,5 millions de barils par jour explique Muyu XU. Cela représente une baisse de 154.000 barils par jour par rapport à avril et de plus de 1,9 million de barils par jour par rapport à 2025. Même si la demande a baissé, la Chine reste un énorme consommateur de cette matière première et son gouvernement n’a vraisemblablement pas l’intention de laisser ses stocks de pétrole stratégiques tomber à un niveau trop bas. Ce qui signifie que les importations vont finir par remonter.

Le constat sans appel du cabinet Kpler

Il est intéressant de noter que les chiffres récents sur les flux pétroliers en Chine montrent que, malgré une baisse des importations, les acheteurs chinois ont continué à mettre de côté une partie du brut pour le stocker. Les raffineurs ont stocké environ 430.000 barils par jour afin de maintenir un coussin de sécurité face au choc d’approvisionnement, selon Clyde Russell, chroniqueur spécialisé dans l’énergie de Reuters.

Pour autant, le constat fait par Kpler est sans appel. « Dès que la Chine décidera de revenir sur le marché — ce qui devrait concerner les cargaisons à embarquer à partir de juillet —, l’équilibre pourrait rapidement passer de « tendu » à « nettement plus tendu », d’autant plus que les raffineries européennes et américaines intensifieront leurs activités pour répondre à la forte demande estivale dans un contexte de faibles stocks de carburant. À ce moment-là, l’équilibre actuel du marché pourrait rapidement prendre fin, repoussant les prix du pétrole vers les niveaux que beaucoup jugeaient inévitables au début de la guerre ».

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