<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Crise énergétique: le charbon valeur refuge

2 avril 2026

Temps de lecture : 5 minutes
Photo : Mine de charbon de Dahaize dans la province du Shaanxi Wikimedia Commons
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Crise énergétique: le charbon valeur refuge

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Cela fait de nombreuses années que le déclin du charbon, le combustible fossile qui émet le plus de gaz à effet de serre et qui pollue le plus l’atmosphère, est annoncé, à tort, par les institutions internationales. Dans les faits, la consommation de charbon bat tous les ans de nouveaux records depuis les débuts de la révolution industrielle qu’il a permis… il y a deux siècles. Et 2026 ne devrait certainement pas déroger à cette règle. La crise énergétique née des attaques américano-israéliennes contre la République islamique d’Iran et de la riposte de cette dernière, a redonné encore plus d’intérêt au charbon notamment comme substitut au gaz et plus particulièrement au GNL (Gaz naturel liquéfié) pour produire de l’électricité. Le charbon est abondant, bon marché, facile à stocker et les centrales même anciennes sont nombreuses et peuvent être redémarrées sans difficulté. La Chine, l’Inde, la Corée du sud, le Japon, l’Indonésie, la Thaïlande, les Philippines, le Vietnam et même l’Allemagne ont décidé ou envisagent de produire plus d’électricité avec du charbon. La crise énergétique va peut-être accélérer la transition, mais pour l’instant elle dope le charbon…

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la production et la consommation de charbon dans le monde n’ont jamais reflué… depuis deux siècles et la révolution industrielle. Elles n’ont même cessé de progresser, y compris au cours des dernières années, en dépit d’un reflux dans la plupart des pays occidentaux et des annonces prématurées de la fin du charbon des institutions internationales qui prennent souvent leurs désirs pour la réalité. Nous avons souvent du mal à voir le monde tel qu’il est.

Selon Global Energy Monitor, 850 investissements importants dans de nouvelles mines de charbon sont prévus dans le monde, y compris l’agrandissement, l’extension et la remise en service de mines existantes. Les capacités de production en cours de développement à l’échelle mondiale s’élèvent à 2,27 milliards de tonnes par an, dont la moitié en Chine. La production annuelle actuelle est légèrement inférieure à 9 milliards de tonnes par an.

Un avantage important en matière de sécurité d’approvisionnement et de coût

L’Allemagne, la Pologne, les Etats-Unis restent d’importants consommateurs. Mais c’est surtout l’Asie et plus particulièrement la Chine et l’Inde qui sont incapables de surmonter leur addiction au charbon. D’ailleurs, les deux pays, de loin les plus peuplés de la planète, n’en ont pas vraiment l’intention ni la volonté. Ils peuvent même aujourd’hui s’en féliciter quand la crise énergétique redonne au charbon un avantage certain en termes de prix et de sécurité d’approvisionnement… pas d’émissions de gaz à effet de serre et de pollution (dioxyde de soufre, oxydes d’azote, particules, métaux lourds, cendres toxiques…). En dépit de cela, la consommation de charbon dans le monde a battu de nouveaux records l’an dernier à 8,85 milliards de tonnes et devrait encore très certainement le faire cette année. La Chine n’a même jamais autant investi dans l’exploitation de mines de charbon et dans la construction de nouvelles centrales à charbon depuis une décennie. Et tout cela au nom de la souveraineté énergétique, une notion que les Européens ont longtemps négligé.

En tout cas, la crise énergétique majeure née depuis le 28 février des attaques américano-israéliennes contre la République islamique d’Iran qui en réponse a fermé le détroit d’Ormuz et attaqué les infrastructures énergétiques de ses voisins du Golfe persique, vient de redonner encore plus d’attrait au charbon. Une technologie facile à maîtriser, facile à construire, facile à utiliser, des prix faibles, une grande sécurité d’approvisionnement et la possibilité de stocker à côté des centrales des mois de consommation. Compte tenu d’une demande accrue, les prix du charbon sont d’ailleurs à la hausse, surtout en Asie, mais dans des proportions qui restent relativement modérées. La tonne de charbon australien dit Newcastle, qui est considérée comme ayant une très bonne qualité calorifique, est passée depuis la fin du mois de février de 115 à 145 dollars (+26%). Elle avait dépassé 467 dollars en septembre 2022 au plus fort de la crise énergétique planétaire née de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Même l’Allemagne

Même le gouvernement allemand envisage aujourd’hui de remettre en service des centrales à charbon mises en réserve afin de limiter la hausse des prix de l’électricité résultant de l’envolée des prix du gaz. Un producteur allemand d’électricité comme Steag, qui opère 10 centrales à charbon, plaidait déjà en faveur d’un recours accru au charbon avant même la guerre dans le Golfe persique affirmant que cela permettrait de faire le pont jusqu’à la construction en urgence de 40 nouvelles centrales au gaz annoncée par le gouvernement du chancelier Friedrich Merz et de stabiliser ainsi les prix de l’électricité et le réseau fragilisé par les fluctuations aléatoires de production des renouvelables intermittents éoliens et solaires.

Les centrales à charbon dites de réserve servent aujourd’hui essentiellement à stabiliser le réseau allemand en hiver quand la demande est forte avec la baisse des températures et des conditions météorologiques ne permettent pas aux renouvelables intermittents de produire beaucoup. L’Allemagne dispose d’un parc de centrales de réserve au charbon d’une capacité de l’ordre de 6,7 gigawatts. Ces centrales peuvent être mises en service dans les 12 heures suivant la demande de l’opérateur du réseau.

La Chine investit massivement dans les mines et les centrales à charbon

Mais c’est évidemment surtout l’Asie qui a fait du charbon une source d’énergie essentielle et même principale. A commencer, évidemment, par la Chine. Et les investissements massifs dans les renouvelables n’y changent presque rien. En 2015, le charbon représentait 69% de l’énergie primaire consommée en Chine. En 2024, ce chiffre était descendu à 56%, mais le volume réel de charbon consommé était plus élevé que jamais, simplement parce que la demande en électricité de la Chine a considérablement augmenté entre 2015 et 2024 (+17%). Toujours en 2024, la Chine consommait plus de charbon que le reste du monde… et en aura utilisé environ 5 milliards de tonnes l’an dernier.

A cela une explication majeure, le charbon est le seul combustible fossile que la Chine n’est pas contrainte d’importer massivement. Elle dispose de réserves abondantes représentant environ 13,3% des réserves mondiales de charbon exploitables. C’est le seul combustible fossile dont les planificateurs chinois savent qu’il restera disponible en grande quantité, quelles que soient les tensions géopolitiques dans le reste du monde, aussi bien en Asie de l’Est qu’au Moyen-Orient.

Et la Chine a un programme de constructions de nouvelles centrales à charbon qui s’est accéléré au cours des dernières années à des niveaux sans équivalent depuis plus d’une décennie (voir l’infographie ci-dessous). Il représentait 112,8 gigawatts de capacités autorisées en 2023, l’équivalent de deux nouvelles centrales à charbon par semaine, et encore 94,5 gigawatts en 2024, soit plus de 93% de l’ensemble des mises en chantier dans le monde de centrales à charbon. Au total, il existe aujourd’hui 243 gigawatts de nouvelles centrales à charbon autorisées et 149 gigawatts annoncés. Et dans le même temps, la Chine améliore considérablement les technologies d’exploitation des mines de charbon avec l’utilisation de la robotisation et de l’intelligence artificielle.

Nouvelles centrales à charbon entrées en service en Chine

En gigawatts. Sources: CREA, Global energy monitor, Yale Environment 360.

De la même façon, l’Inde, deuxième plus grand consommateur et producteur de charbon, se prépare à un nouvel été caniculaire et comptera davantage sur le charbon pour répondre à une demande de pointe de 270 gigawatts d’électricité. La Corée du Sud vient de lever les plafonds sur la production d’électricité à partir du charbon. L’Indonésie, la Thaïlande, les Philippines , le Bengladesh et le Vietnam développent aussi leur production d’électricité à partir du charbon.

Le Japon n’est pas en reste qui importe 90% de son pétrole du Moyen-Orient et 98% de sa consommation de gaz via le GNL. Dans le mix énergétique japonais, le gaz naturel reste le combustible dominant, représentant environ 32% de la production d’électricité, suivi du charbon (28%), du nucléaire (9%) et du pétrole (7%). La part de l’électricité produite à partir du gaz diminue progressivement à mesure que la capacité nucléaire reprend et que les énergies renouvelables se développent. Mais l’envolée des prix du GNL depuis un mois change la donne, et le Japon devrait augmenter substantiellement ses achats de charbon australien et de charbon américain.

Le charbon… favorisé par l’expansion des renouvelables

A moyen terme, l’expansion dans le monde des renouvelables pourrait aussi paradoxalement favoriser le charbon. A priori cela semble contradictoire. L’expansion dans le monde des renouvelables intermittents, solaire et éolien, pour produire de l’électricité décarbonée doit peu à peu remplacer les centrales thermiques, notamment les plus polluantes, celles au charbon. Mais la réalité est plus compliquée que cela.

D’abord, il faut que l’expansion des renouvelables soit plus rapide que celle de la demande d’électricité dans le monde pour commencer à réduire la place des combustibles fossiles. Et il y a une autre donnée à prendre en compte, le problème de rentabilité des centrales thermiques si elles servent de plus en plus de « roue de secours » aux renouvelables quand il n’y a pas de vent et de soleil. Dans cette situation, les centrales à charbon sont les plus compétitives que celles à gaz ou que le nucléaire et l’hydraulique…

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La rédaction

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