Les cours du baril de pétrole avaient assez nettement reflué depuis la véritable panique qui a saisi les marchés lundi 9 mars dans la matinée. Après être montés jusqu’à 120 dollars, ils se sont ensuite établis autour des 90 dollars. Ils avaient évolué ensuite au gré des déclarations contradictoires de Donald Trump annonçant une fin imminente, ou pas, des attaques américano-israéliennes contre l’Iran. Dans le même temps, pour hâter la fin du conflit, la République islamique a fait monter la pression autant qu’elle le pouvait sur les marchés pétroliers et gaziers en tentant de miner le détroit d’Ormuz, en s’attaquant à des tankers se trouvant aux abords du détroit et en lançant des drones et des missiles sur des installations pétrolières et gazières saoudiennes, qataris, émiratis, irakiennes et du sultanat d’Oman. Une trentaine d’attaques ont visé des infrastructures énergétiques depuis le début de la guerre le 28 février. Un porte-parole du régime iranien a même mis en garde mercredi 11 mars contre une envolée à 200 dollars du prix du baril. En réponse, Donald Trump a déclaré qu’il y aurait bientôt « une grande sécurité » dans le détroit d’Ormuz « et cela va arriver très, très rapidement ». Certains commentateurs y ont vu le prélude à une opération militaire d’envergure aux abords du détroit… Le brouillard de la guerre.
Dans les faits, qu’on finit par perdre de vue tant la confusion est entretenue, ce n’est pas à proprement parler le risque de pénurie de pétrole comme de gaz qui menace aujourd’hui après 13 jours de guerre. Pour l’instant il n’existe pas. Mais c’est la crainte de la pénurie qui agite les marchés et qui se traduit concrètement pour les opinions publiques par une envolée les prix des carburants à la pompe. Tout cela incite donc les gouvernements à agir, à parler et à faire savoir qu’ils agissent. Donald Trump multiplie ainsi les déclarations à l’emporte-pièce, une habitude, et le 11 mars les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont annoncé solennellement débloquer une partie de leurs réserves stratégiques de pétrole. Ils l’ont fait en parallèle à une réunion des dirigeants du G7 visant à « atténuer » les « conséquences économiques » de la guerre. Ce qui a permis à Emmanuel Macron, qui préside cette année le G7, de se mettre en avant et d’annoncer un « signal clair pour faire baisser les prix mondiaux ». On ne peut pas vraiment parler de franche réussite… car les cours du baril sont repartis nettement à la hausse le 11 mars en fin de journée et plus encore le 12 mars au matin pour atteindre près de 100 dollars à nouveau pour le Brent, la référence européenne, et 92 dollars pour le WTI, la référence nord-américaine.
Quand l’AIE retrouve son rôle originel, assurer la sécurité des approvisionnements
« Les pays de l’AIE vont mettre 400 millions de barils de pétrole (…) à la disposition du marché pour compenser la perte d’approvisionnement due à la fermeture effective du détroit » d’Ormuz a annoncé le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol. Au passage, l’AIE retrouve ainsi son rôle originel, contribuer à sécuriser l’approvisionnement énergétique. L’institution internationale basée à Paris a été fondée en 1974 au sein de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), au lendemain du premier choc pétrolier de l’histoire de 1973, avec pour mission de travailler à la sécurité d’approvisionnement en énergie. Voilà pourquoi les pays membres de l’AIE ont l’obligation de détenir des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d’importations nettes. Les membres de l’AIE détiennent aujourd’hui directement plus de 1,2 milliard de barils de stocks publics d’urgence auxquels il faut ajouter 600 millions de barils détenus par des industriels sous obligations gouvernementales. L’Agence avait déjà organisé à cinq reprises l’utilisation des réserves stratégiques: avant la Guerre du Golfe en 1991, après les ouragans Katrina et Rita aux Etats-Unis en 2005, à l’occasion de la guerre civile libyenne en 2011 et deux fois pour 182 millions de barils après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022.
L’AIE trouve son origine dans un célèbre discours baptisé Pilgrim Speech prononcé en décembre 1973 par Henry Kissinger, alors Secrétaire d’Etat des Etats-Unis. Il se proposait d’apporter une réponse au choc pétrolier qui était « la garantie de l’approvisionnement en énergie nécessaire à un coût raisonnable ». Mais depuis plusieurs années, l’AIE s’est donnée une autre mission. Elle a mis de côté le caractère particulièrement austère de ses rapports et sa « neutralité » politique pour devenir un fer de lance de la transition énergétique et des objectifs de décarbonation accélérée au point de devenir militante et de construire des scénarios de transition énergétique certes volontaristes et séduisants mais totalement irréalistes. Ce faisant, il est difficile de dire qu’elle ait vraiment facilité la transition énergétique en donnant le sentiment en pratiquant trop souvent la méthode Coué qu’il s’agit d’une tâche quasiment impossible.
« Environ 20 jours des volumes exports via le détroit d’Ormuz »
Mais l’AIE a donc retrouvé le 11 mars sa vocation avec une décision prise « à l’unanimité » qui a débouché sur « le plus important » déblocage de stocks de l’histoire de l’institution. Le Japon et l’Allemagne avaient en fait déjà pris les devants en annonçant puiser dans leurs réserves stratégiques de pétrole sans attendre la déclaration commune.
Et ces 400 millions de barils ne sont pas négligeables. Ils représentent « environ 20 jours des volumes exportés via le détroit d’Ormuz » a expliqué Emmanuel Macron à l’ouverture de la visioconférence avec ses homologues du G7.
Peu d’impact sur les cours du baril
La décision de l’AIE a été prise « grâce à la coordination » des pays du G7 qui représentent à eux seuls « environ 70% des réserves qui sont contrôlées par l’Agence internationale de l’énergie », a souligné le président français ajoutant qu’il s’agit « d’un signal clair pour faire baisser les prix mondiaux ». Mais le signal clair n’a eu aucun impact stabilisateur sur les cours… au contraire. Il a été perçu selon certains observateurs comme un signe de grande fébrilité et de grande crainte des dirigeants des principaux pays.
Du coup, mercredi 11 mars en fin de journée et surtout jeudi 12 mars au matin, les cours du pétrole sont repartis à la hausse, insensibles aux annonces de l’AIE, du G7 et d’Emmanuel Macron. Ils sont ainsi revenus à près de 100 dollars pour la référence européenne Brent et de 92 dollars pour la référence nord-américaine WTI. Cela représente une hausse de près de 40% depuis le 28 février et le début de l’offensive américano-israélienne contre la République islamique d’Iran.














