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Olkiluoto EPR

Pour les Verts finlandais, le nucléaire est «évidemment une énergie durable»


Tous les partis Verts et tous les écologistes ne sont pas des adversaires acharnés de l’énergie nucléaire. Si l’écologie politique a pour origine dans les années 1970 l’opposition au nucléaire civil et militaire, et si elle éprouve les plus grandes difficultés à faire passer le combat contre les émissions de gaz à effet de serre avant son idéologie fondatrice, certains partis Verts ont réussi à évoluer. C’est le cas de la Ligue verte finlandaise qui fait partie de la coalition gouvernementale.

Le premier réacteur EPR construit, le prototype, mis en chantier en 2005 à Olkiluoto en Finlande (voir la photographie ci-dessus), a enfin fini par commencer à produire de l’électricité le 16 décembre dernier. Quelques jours plus tard, le 31 décembre peu avant minuit, la Commission européenne a rendu public son projet de compromis sur la taxonomie verte énergétique. En clair, les sources d’énergie considérées comme «durables» et donc pouvant bénéficier de financements dans des conditions privilégiées. Il labellise comme «durables» le nucléaire et le gaz naturel, sous certaines conditions. Ce texte est soumis jusqu’au 21 janvier à une consultation des Etats membres. La version finale doit être publiée d’ici à la fin du mois et ensuite, durant une période de quatre mois, le Parlement européen aura la possibilité de le rejeter par un vote à la majorité simple.

A peine publié, le projet de la Commission a été immédiatement critiqué par la plupart des mouvements verts et des organisations écologistes. Cela a été notamment le cas en Allemagne ou le parti Vert appartient à la coalition au pouvoir. Mais ce n’est pas le cas en Finlande où il existe un consensus en faveur de l’énergie nucléaire et de son rôle dans la transition énergétique comme étant le seul moyen de produire en grande quantité et en permanence de l’électricité décarbonée. Avec l’entrée en service de l’EPR d’Olkilutoto, la Finlande compte aujourd’hui 5 réacteurs nucléaires en service.

On peut stocker les déchets nucléaires en toute sécurité, pas le CO2 des centrales à gaz et au charbon

Atte Harjannes, président du groupe parlementaire des Verts en Finlande, un parti qui participe à la coalition gouvernementale, a expliqué ainsi à l’édition dominicale du grand quotidien allemand Die Welt, Welt am Sonntag, pourquoi son mouvement soutient l’énergie nucléaire. «Evidemment que l’énergie nucléaire est durable», a-t-il déclaré. Il explique le «basculement» de la Ligue verte, qui a «renoncé» en 2020 à sa position antinucléaire, en prenant en compte «la réalité scientifique». Le journaliste de Die Welt lui a fait remarquer que les déchets nucléaires «pollueront l’Europe pendant des siècles». Atte Harjannes lui a rétorqué: «la quantité de déchets est très faible par rapport à l’énorme quantité d’énergie neutre en CO2 que produit une centrale nucléaire. On peut stocker ces déchets en toute sécurité, contrairement aux gaz à effet de serre émis par une centrale à charbon ou à gaz.»

Atte Harjannes explique que les Verts finlandais ont «un passé un peu différent de celui des Verts allemands et d’autres priorités», la première consistant à «atteindre la neutralité carbone» dès 2035. «Si l’intégration de l’énergie nucléaire nous y conduit plus rapidement, la fin justifie ce moyen.»  Grâce au nucléaire, la Finlande pourra alors s’attaquer «au prochain objectif en 2035: devenir négative en émissions de CO2».

Le porte-parole des Verts du Parlement finlandais estime que la proposition de nouvelle taxonomie européenne est «un compromis». Il ajoute «qu’il est juste que l’énergie nucléaire soit ainsi classée», mais critique la décision sur le gaz naturel. «Ce qui est absurde, c’est qu’elle comprenne une énergie fossile, le gaz naturel.»

L’Allemagne fait fausse route

Au journaliste qui lui demande si l’Allemagne, qui s’est «battue pour que le gaz soit inclus dans la taxonomie» fait «fausse route», Atte Harjannes  a répondu tout simplement «oui».

Cela dit, le chantier de l’EPR d’Olkiluoto a été un cauchemar. Confiée à un consortium entre Areva l’ex-fleuron français du nucléaire et l’allemand Siemens, sa construction a commencé en 2005… C’était le premier réacteur de ce type a être construit et le symbole de ce qui devait être à l’époque une renaissance de l’atome civil. Mais l’EPR finlandais, comme son équivalent français de Flamanville dont la construction a été lancée deux ans plus tard, a connu une succession ininterrompue de retards, de problèmes techniques et de surcoûts. Il devait initialement être mis en service en 2009… et se joindre alors aux deux réacteurs classiques existants à Olkiluoto. Il aura seulement fallu attendre 12 ans de plus.

La rédaction

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