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Ni Trump, ni Biden ne peuvent changer l’avenir de l’industrie pétrolière américaine

Puit de pétrole Wikimedia

L’offre de pétrole dans le monde est aujourd’hui trop abondante par rapport à la demande. Le vainqueur de l’élection présidentielle américaine, quel qu’il soit, n’y peut rien. Le plus grand danger pour l’industrie pétrolière américaine ne vient pas d’un soutien ou non de la Maison Blanche à la facturation hydraulique et au pétrole de schiste, mais du Covid-19 et du développement des énergies de substitution.

L’un des sujets phares de la campagne présidentielle américaine est devenu au cours des dernières semaines celui de l’avenir de l’industrie pétrolière du pays et plus particulièrement de l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste. Le développement spectaculaire aux Etats-Unis de la fracturation hydraulique a changé la donne sur le marché pétrolier mondial. On peut même parler d’une véritable «rupture technologique» née à partir de 2014 avec l’exploitation du pétrole de schiste qui a permis le retour totalement inattendu en quelques années des Etats-Unis à la place de premier producteur mondial. Cette révolution a balayé, une fois encore, la perspective d’un manque de pétrole, le fameux «peak oil».

Déclin de la demande

Mais le problème aujourd’hui de l’industrie pétrolière en général et américaine en particulier n’est pas comme en 2014 celui d’un risque d’insuffisance de l’offre mais d’un déclin de la demande accéléré brutalement depuis le début de l’année par la crise sanitaire mondiale. Il faut y ajouter des tendances de fond, liées entre autres à une révolution dans les transports marquée par un déclin relatif de l’automobile individuelle à moteur thermique et le développement des véhicules électriques, et un rejet grandissant du plastique issu de la pétrochimie.

Cette hypothèse d’une baisse rapide de la demande de pétrole a été notamment développée par Michael Liebreich, le fondateur du très influent Bloomberg NEF (New energy foundation). «J’ai toujours dit que la fin du jeu pour le pétrole ne se produira pas quand le baril atteindra 200 dollars, mais quand il se stabilisera à 20 dollars». écrivait-il sur twitter il y a quelques mois. Et les cours du pétrole sont retombés depuis quelques jours à moins de 40 dollars avec un baril autour de 39 dollars pour la qualité Brent de mer du nord et 37 dollars pour le WTI (West Texas Intermediate). Et ni Donald Trump, ni Joe Biden n’y peuvent rien.

Les emplois au Texas et en Pennsylvanie

Cela ne les empêche pas d’avoir fait du pétrole et de l’avenir de cette industrie un sujet de campagne. Donald Trump a fait de son soutien à la fracturation hydraulique un argument essentiel pour attirer les votes, notamment dans les Etats pétroliers comme le Texas et la Pennsylvanie. Il a promis de permettre d’étendre aux terrains fédéraux les droits d’exploiter des gisements. A l’opposé, Joe Biden a annoncé son intention de ramener les Etats-Unis dans l’accord de Paris de 2015 sur la limitation des émissions de gaz à effet de serre et d’investir massivement (2 mille milliards de dollars) dans les renouvelables. Les Républicains ont cherché ainsi à présenter Joe Biden comme l’ennemi de l’industrie pétrolière et un destructeur d’emplois au Texas comme en Pennsylvanie.

Mais la réalité est plus nuancée. L’expansion récente de l’industrie pétrolière américaine et de l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste se sont faites en grande partie sous la présidence de Barack Obama et la vice-présidence de Joe Biden. Quand Barack Obama est entré à la Maison Blanche en 2009 la production américaine de pétrole était de 5 millions de barils par jour. En 2016, quand il a terminé son mandat elle était supérieure à 9 millions de barils.

Le Covid-19 plus important que la Maison Blanche

Pour l’analyste Bjørnar Tonhaugen, responsable des marchés pétroliers pour Rystad Energy, le marché pétrolier est en fait bien plus préoccupé par l’évolution défavorable de la conjoncture économique mondiale et la succession des annonces de reconfinements en Europe que par l’élection présidentielle américaine. L’illustration de la baisse de la demande se trouve dans l’augmentation des réserves stratégiques de pétrole américaines, à leur plus haut niveau depuis juillet. Il ajoute que l’offre de pétrole est tout simplement trop abondante et que le vainqueur de l’élection présidentielle américaine, quel qu’il soit, n’y peut rien.

Le plus grand danger pour l’industrie pétrolière ne vient pas de la Maison Blanche, mais du Covid-19. Pour preuve, 84 petites et moyennes compagnies pétrolières américaines ont fait faillite depuis le début de l’année. Et les dettes des grandes compagnies, les majors, ne cessent de gonfler. Celle des américaines Exxon Mobil et Chevron atteint respectivement 69,5 et 34 milliards de dollars. Avant la pandémie, la production quotidienne de pétrole aux Etats-Unis était montée au début de l’année à 13,1 millions de barils. Elle est tombée depuis à moins de 10 millions de barils et se trouvait au cours des dernières semaines autour de 10,6 millions de barils.

Le virus a ainsi provoqué au deuxième trimestre de cette année un effondrement sans précédent de la demande de pétrole dans le monde et en dépit d’un rebond durant l’été la demande reste faible. Cela ne signifie pas que le monde peut se passer de pétrole, mais qu’il en aura besoin de beaucoup moins pendant longtemps et qu’une partie de l’industrie pétrolière américaine, notamment celle qui vit de la fracturation hydraulique, va disparaitre surtout si le baril reste durablement autour des 40 dollars. Le coût de revient moyen de l’exploitation du pétrole de schiste est de l’ordre de 50 dollars le baril.

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