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La plus forte baisse de consommation de pétrole de l’histoire

Plateforme Pétrolière Wikimedia commons

Conséquence de la pandémie de coronavirus qui provoque une récession mondiale, la consommation mondiale de pétrole devrait connaître cette année la plus forte baisse de l’histoire. Cette situation et l’effondrement des prix du baril mettent en péril l’économie des pays pétroliers les plus fragiles.

Les cours du baril de pétrole sont tombés mercredi 18 mars à leur plus bas niveau depuis 18 ans. Le contrat à terme sur le baril est descendu à New York à 22 dollars pour la qualité WTI. Il était à plus de 60 dollars au début de l’année… La chute atteint maintenant 63% en deux mois et demi. Ce n’est plus vraiment une surprise compte tenu à la fois de l’effondrement de la consommation, liée à la pandémie de coronavirus, et dans le même temps à la guerre des prix et des quantités produites menée par l’Arabie Saoudite et la Russie.

Selon une étude publiée le 15 mars par l’agence Bloomberg, la consommation mondiale de pétrole devrait tout simplement connaître cette année la plus forte baisse de l’histoire. «Les interdictions de voyager, le télétravail, les vacances annulées et les chaînes d’approvisionnement rompues signifient une diminution de la demande en carburant. Tandis que la société continue de lutter contre le virus, la demande en pétrole […] continue de baisser». Le recul de la demande de pétrole dans le monde sera nettement supérieur au million de barils enregistré en 2009 et aux 2,65 millions de barils de 1980, lorsque l’économie mondiale s’était effondrée après le deuxième choc pétrolier.

Jusqu’à onze millions de barils par jour en moins

Selon Goldman Sachs, de février à avril, la demande de pétrole devrait avoir baissé de plus de quatre millions de barils par jour et le recul pourrait atteindre 8 millions en mars. D’autres investisseurs s’attendent à un scénario encore plus catastrophique. Le fonds Andurand et le courtier pétrolier Trafigura prévoient eux que la demande pourrait chuter de dix millions de barils par jour au premier trimestre de 2020. Et pour Rystad Energy, la demande pourrait s’effondrer de 11 millions de barils par jour en avril. La consommation était l’an dernier de plus de 100 millions de barils par jour.

Le déséquilibre est tel sur le marché pétrolier, notamment après la décision de l’Arabie Saoudite d’inonder le marché de brut à n’importe quel prix, que certains experts estiment que les cours pourraient même passer en dessous de 10 dollars le baril, pour la première fois depuis la guerre des prix entre l’Arabie saoudite et le Venezuela en 1997-1999, explique Bloomberg.

Les conséquences de cette situation s’annoncent dramatiques pour les pays pétroliers les plus fragiles qui vont connaître un effondrement des revenus de leurs exportations de brut. Il s’agit notamment de l’Irak, le Nigeria, l’Algérie, Oman, l’Angola, l’Azerbaïdjan, et l’Equateur. Les hydrocarbures représentent plus des trois quarts des exportations pour 9 des 15 premiers pays exportateurs. Ils assurent 25% du budget de la Russie, 78% de celui de l’Arabie saoudite et 80 % de ceux du Koweït et du Qatar.

Les pays producteurs trop dépendants des recettes à l’exportation

Le prix du pétrole nécessaire pour équilibrer leur budget dépasse pour l’ensemble des pays producteurs les 50 dollars. Il s’établit ainsi à 84 dollars pour l’Arabie saoudite, autour de 50 dollars pour l’Irak, le Koweït et le Qatar, 42 dollars pour la Russie et plus de 100 dollars pour le Nigeria et le Venezuela.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) alertent sur des impacts «majeurs» économiques, sociaux et politiques sur certains pays producteurs qui pourraient être déstabilisés. Sans doute pas les pays du Golfe, à l’exception de l’Irak et de l’Iran, et la Russie car ils disposent de réserves en devises importantes.

«Si les conditions de marché actuelles persistent, les revenus issus du pétrole et du gaz chuteront de 50% à 85% en 2020, atteignant leur plus bas niveau en plus de 20 ans», soulignent Mohammed Barkindo et Fatih Birol, respectivement secrétaire générale de l’Opep et directeur de l’AIE, dans un rare communiqué commun. «Cela devrait entraîner des conséquences sociales et économiques majeures, notamment pour les dépenses publiques dans des domaines vitaux tels que la santé et l’éducation»

L’AIE souligne dans une étude que «quand les prix s’effondrent les pays producteurs répondent souvent en réduisant leurs dépenses, en diminuant les salaires des employés du secteur public et en abandonnant ou retardant des projets d’investissements importants. Ces mesures ont contribué dans le passé à ralentir encore la croissance économique et même à provoquer des récessions… La grande dépendance aux revenus extérieurs a créé des conditions qui ont contribué à créer des structures économiques qui fonctionnent avant tout par la distribution et l’allocation de rentes plutôt que par la création d’un environnement favorable aux entreprises. Cela a généralement laissé des économies nationales étroites et peu diversifiées».

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