Le développement des renouvelables – éolien et solaire principalement – est présenté comme la priorité absolue d’Engie avec déjà 55 GW, soit la moitié de son mix énergétique, et un objectif de 95 GW de capacités renouvelables et de stockage en 2030. Le groupe a progressivement pris ses distances avec le nucléaire au profit d’une stratégie centrée sur les renouvelables et les infrastructures gazières. Mais la course aux gigawatts verts ne constitue pas une stratégie en soi. Cette approche radicale porte un risque considérable : la transition énergétique exige en effet des investissements lourds, patients et peu rentables.
Les événements récents ont montré les limites de cette vision trop idéologique. Alors que, depuis la guerre en Ukraine et la rupture du réseau électrique espagnol, l’Europe (re)découvre brutalement l’importance de la souveraineté énergétique et les limites des énergies renouvelables, la stratégie d’Engie apparaît en décalage.
Mode idéologique et agenda politique
Les renouvelables souffrent d’une rentabilité fragile, très dépendante des subventions publiques, des mécanismes réglementaires et des taux d’intérêt. Leur intermittence nécessite des capacités pilotables massives. Le gaz reste indispensable au système énergétique. Le nucléaire demeure un pilier de la production décarbonée. Les renouvelables semblent condamnés à rester une ressource marginale et durablement subventionnée. Dès lors, la ligne « tout renouvelable » d’Engie semble manquer cruellement de pertinence et de pragmatisme, tant sur le plan technique qu’économique.
Catherine MacGregor donne le sentiment de suivre une mode idéologique et un agenda politique plutôt que de chercher à bâtir une stratégie industrielle performante s’appuyant sur un avantage technique compétitif. Quelle est aujourd’hui la spécialité du groupe ? Quelle technologie maîtrise-t-il mieux que ses concurrents ? La réponse n’est pas évidente.
Un destin étroitement lié aux choix gouvernementaux de politiques énergétiques
Beaucoup attendraient d’un groupe comme Engie qu’il joue un rôle moteur dans la réindustrialisation énergétique du pays : réseaux, stockage, chaleur, infrastructures critiques, innovation technologique. Or la communication du groupe semble trop souvent centrée sur la finance durable, les objectifs ESG et les trajectoires « carbone », au détriment d’un discours industriel concret.
Le paradoxe est là : jamais les enjeux énergétiques n’ont été aussi stratégiques pour la souveraineté et la réindustrialisation, et pourtant Engie semble davantage suivre une mode idéologique – déjà dépassée – plutôt que de la précéder avec une vision pragmatique de long terme, telle qu’on la trouve chez Total ou EDF.
En se voulant le leader des énergies renouvelables, Catherine MacGregor rend Engie excessivement dépendante des choix de politiques publiques en matière énergétique, tant ces énergies sont dépendantes des investissements publics, des subventions et de prix d’achat artificiels. Si demain le vent politique se retourne, comme il commence à le faire, devant les résultats décevants et le coût exorbitant des énergies renouvelables, le groupe Engie risque de se retrouver tout nu sous la pluie, plombé par des investissements colossaux non rentables.
Cours de Bourse
Pour réussir sa stratégie, Catherine MacGregor a désespérément besoin que les responsables politiques maintiennent leur soutien massif à la transition énergétique et aux renouvelables. Un revirement de la politique énergétique de la France, et donc de l’Europe, serait une catastrophe pour Engie.
Faut-il y voir la raison de son agressivité vis-à-vis du RN à la suite du déjeuner des dirigeants du CAC 40 avec Marine Le Pen qu’elle se proposait modestement de « rééduquer » ? Le RN ne fait en effet pas mystère de sa volonté de revoir de fond en comble la politique publique de l’énergie, pour soulager le budget de l’Etat et les factures des Français, en revenant à une stratégie plus pragmatique fondée notamment sur le nucléaire et l’hydraulique, et des prix maitrisés. « Nous ne pouvons pas laisser les idées (du RN), qui sont mauvaises pour la France, pour la sécurité énergétique du pays, pour les prix de l’électricité et pour la décarbonation, se cristalliser et prendre forme », excusez du peu… Ce cri du cœur de Catherine MacGregor révèle plutôt autre chose : les idées du RN seraient surtout mauvaises pour le cours de Bourse d’Engie et pour son maintien à la tête du groupe.













