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La transition nécessitera une augmentation sans précédent de la production de cuivre, d’aluminium, de nickel, de cobalt et de lithium

Mine de cobalt RDC

Les technologies indispensables à la transition, notamment l’électrification, vont se traduire par une demande considérable de métaux devenus stratégiques. Cela nécessitera des investissements importants et des stratégies durables et claires des gouvernements.

L’électrification est la clé de la transition. L’ensemble de la chaîne de valeur allant de la production à la distribution d’électricité, depuis les turbines des éoliennes, les panneaux photovoltaïques, les réacteurs nucléaires de petite taille en passant par les infrastructures de transmission et de distribution de l’électricité jusqu’aux capacités de stockage et de transformation de l’électricité, des batteries à l’hydrogène, vont connaitre un développement sans précédent dans les prochaines années et décennies.

La demande augmentera considérablement au cours des prochaines années

Cela ne se fera pas sans une quantité considérable de métaux indispensables à la fabrication des infrastructures, des équipements et des technologies liées à cette électrification. La capacité à produire ces quantités de métaux est un élément critique et aura des conséquences directes sur la vitesse à laquelle va se faire la transition entre les énergies fossiles et de l’électricité fabriquée en émettant moins de gaz à effet de serre.

Quel que soit le scénario de rapidité de la transition, de toute façon la demande de ces métaux va augmenter rapidement. Dans une hypothèse de réchauffement climatique qui serait limité à 2°C, cela nécessiterait plus qu’un doublement des capacités de production d’électricité dans le monde au cours des 20 prochaines années.

Pour bien mesurer ce qui va arriver à cette industrie, le magazine Forbesa interrogé Julian Kettle, vice-président métaux et mines du cabinet Wood Mackenzie.

Cuivre, aluminium, nickel, cobalt et lithium

Il estime tout d’abord que les cinq métaux les plus importants pour la transition sont: le cuivre, l’aluminium, le nickel, le cobalt et le lithium. Et on peut y ajouter dans une moindre proportion l’argent métal. Julian Kettle estime que l’impact le plus considérable proviendra de l’explosion de la demande de véhicules électriques de 5 millions par an aujourd’hui à au moins 80 millions en 2030.

La structure des véhicules électriques requiert beaucoup d’aluminium pour réduire leur poids et de cuivre pour le câblage du moteur et des batteries. Les batteries lithium-ion nécessitent elles du lithium évidemment, mais aussi du nickel et du cobalt.

Le cuivre et l’aluminium sont par ailleurs indispensables à l’extension des réseaux électriques et à la fabrication des panneaux solaires.

Risques géopolitiques

Même dans une hypothèse ou le réchauffement climatique serait contenu autour de 3°C, la demande de cuivre et d’aluminium dans le monde devrait augmenter d’un tiers d’ici 2040, celle de nickel de deux tiers et celles de cobalt et de lithium de respectivement 200% et 600%. Dans le scénario d’un réchauffement contenu à 2°C, il fait doubler les progressions de demande des différents métaux.

Il s’agit dans un cas comme dans l’autre d’une progression sans précédent pour les minerais et les métaux. Seule l’explosion de la demande chinoise de fer au début du siècle est assez comparable et n’a duré que quelques années pour un métal plus abondant et plus commun. Et elle a nécessité des investissements massifs.

La plus grande crainte immédiate concerne le cobalt. Pour Julian Kettle, il présente un risque politique sérieux. Le monde va devenir de plus en plus dépendant de la République démocratique du Congo (RDC) qui devrait contrôler environ 80% de la production mondiale d’ici le milieu des années 2020 (voir ci-dessus la photographie d’une mine de cobalt en RDC). Les producteurs de batteries investissent beaucoup pour réduire la quantité de cobalt dans leurs batteries et pour trouver des substituts au cobalt qui peuvent être le nickel.

Plus de 1.000 milliards de dollars d’investissements

Les investissements nécessaires pour assurer l’augmentation nécessaire des capacités de production des cinq métaux essentiels à la transition, le cuivre, l’aluminium, le nickel, le cobalt et le lithium, sont estimés à au moins 1.000 milliards de dollars dans les 15 prochaines années.

Pour le cuivre, il faudrait 525 milliards de dollars, 385 milliards pour l’aluminium et 150 milliards pour le nickel. Dans le cas du lithium et du cobalt, les investissements sont plus faibles, de l’ordre de 50 milliards de dollars pour le premier et de 5 milliards pour le second. Mais pour autant, l’effort industriel serait considérable puisque la production de cobalt devra être multipliée par six d’ici la fin du siècle et celle du lithium par 15!

Autre problème de taille. Qui va financer les investissements? Du fait notamment des conséquences économiques de la pandémie de Covid-19, l’activité économique est en forte baisse sur l’ensemble de la planète et les cours de la plupart des métaux sont logiquement en forte baisse.

Julian Kettle estime qu’il faudra au moins deux à trois ans avant une reprise économique solide et une hausse des cours des métaux pouvant justifier des investissements. La mise en production d’une nouvelle mine exige beaucoup de capitaux et cela prend entre cinq et sept ans avant qu’elle entre en production. C’est une des raisons pour lesquelles l’industrie minière a toujours été particulièrement cyclique et toujours oscillée entre sur et sous production.

Enfin, l’extraction, la production et le transport des métaux indispensables à la transition sont des sources importantes d’émissions de gaz à effet de serre. Cela signifie qu’il faudra d’une façon ou d’une autre que les choix des gouvernements sur les stratégies de transition soient clairs et durables et prennent en compte la nécessité stratégiquede sécuriser les accès à des métaux devenus stratégiques.

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