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La transition énergétique pourrait encore affaiblir l’industrie française

La transition énergétique pourrait encore affaiblir l’industrie française

La transition vers les énergies renouvelables et les voitures électriques va être une nouvelle épreuve pour l’industrie française prévient l’économiste Patrick Artus dans Le Point. Une industrie, qui ne fabrique pas la moindre batterie de véhicule électrique, en dépit du très tardif et très médiatique lancement de «l’Airbus de la batterie». Une industrie, qui n’existe pas ou plus dans la production des turbines des éoliennes et dans celle des panneaux solaires.

Pour ce qui des batteries pour véhicules électriques, c’est toute l’Europe qui est en retard. La part de marché européenne dans la production de cellules pour batteries lithium-ion est inférieure à 3%. Les cellules comptent pour 70% du prix d’une batterie ce qui représente environ 35% de la valeur totale d’un véhicule électrique. C’est son composant essentiel et sa production est aux mains en quasi totalité de grands groupes asiatiques. Le Japonais Panasonic et le Sud-Coréen LG Chem sont les leaders suivis de près par Samsung, un autre Sud-Coréen, et du Chinois CATL. Et tout cela sans parler du quasi-monopole chinois sur les métaux et les terres rares nécessaires à la fabrication des mêmes batteries.

Sursaut et investissements massifs dans l’hydrogène

Les industriels chinois dominent aussi très largement le marché des panneaux photovoltaïques après avoir écrasé la concurrence et produisent plus de 60% des panneaux dans le monde. Dans le domaine des éoliennes, le danois Vestas, numéro un mondial, l’allemand-espagnol Siemens Gamesa, numéro deux, l’américain GE Wind et les allemand Enercon et Nordex résistent aux industriels chinois et notamment à Goldwind, numéro trois mondial. Il y a maintenant quatre ans que le français Alstom a vendu son pôle énergie à GE

Sauf un improbable sursaut et des investissements massifs dans une nouvelle technologie comme l’hydrogène, par exemple, ce que fait aujourd’hui la Chine avec des milliards de dollars, l’industrie en France ne sortira pas indemne de la transition. D’autant plus qu’elle n’a cessé de s’affaiblir au cours des dernières décennies.

Entre 1980 et 2007, elle a perdu plus de deux millions d’emplois et continue depuis à en perdre. La capacité de production de l’industrie française n’a pas augmenté depuis 2010, l’emploi manufacturier a baissé de 8% et la balance commerciale des produits manufacturés ne cesse de se dégrader (40 milliards d’euros par an de déficit).

La dégringolade de l’industrie en France depuis trois décennies en a fait l’un des pays les moins industrialisés d’Europe. Le secteur industriel ne représente plus que 11% de son activité contre 15% en Italie et 25% en Allemagne. Il représentait encore 17% du PIB français à la fin des années 1990. Aujourd’hui en Europe, seuls Chypre, la Grèce et Malte font moins bien que la France en matière de production industrielle.

«Nous souffrons à la fois d’un coût du travail élevé pour des productions qui ne sont pas à la pointe faute d’investissements (44 dollars de l’heure dans l’industrie contre 27 en Espagne, 11 en Europe centrale), d’une pression fiscale forte sur les entreprises (18% du PIB contre 11,5% dans les autres pays de la zone euro) et des compétences moyennes faibles des salariés (La France est 22ème sur 29 pour les compétences des salariés dans l’enquête PIAAC de l’OCDE)», écrit Patrick Artus.

Difficultés de l’automobile et du nucléaire

Il sera d’autant plus difficile de regagner le terrain perdu que la concurrence mondiale pour conserver l’activité industrielle est féroce. L’industrie procure des emplois à haute qualification et à rémunérations élevées. Elle permet d’exporter. Elle soutient l’innovation et assure l’indépendance nationale. La Chine, le Japon et l’Allemagne ont aujourd’hui bien plus d’atouts que la France qui n’est plus une puissance industrielle à quelques exceptions près comme les secteurs de l’aéronautique, de l’armement, du luxe et enfin du nucléaire et de l’automobile qui sont deux filières aujourd’hui en danger.

Le passage à la voiture électrique nécessite des investissements très lourds de la part des constructeurs et va transférer de fait une grande partie de la valeur ajoutée vers l’Asie où sont produites les batteries. En outre, l’entretien, la maintenance et même la fabrication d’une voiture électrique sont plus simples que pour une voiture à propulsion thermique et demandent bien moins de main d’oeuvre, moins d’ouvriers et moins de mécaniciens.

L’industrie automobile est confrontée à un pari un peu fou qui va se traduire par le lancement de plus de 300 nouveaux modèles de voitures électriques d’ici à 2021 sans aucune certitude sur leur potentiel de ventes et leur rentabilité. De l’avis de tous les spécialistes, des marques vont disparaître et tous les constructeurs ne survivront pas. Le cabinet spécialisé AlixPartners a rendu public à la fin du mois de juin une étude approfondie sur l’industrie automobile. Son pronostic est que d’ici 5 à 6 ans, entre 40 à 60 usines dans le monde sont menacées de fermeture.

Enfin, même l’industrie nucléaire française autrefois dominante se trouve dans une situation délicate. Non seulement parce que cette énergie est toujours contestée, mais aussi parce que les capacités techniques et économiques de la filière sont mises en doute par les difficultés de fabrication du nouveau réacteur EPR de Flamanville. Le chantier accumule les retards et les coûts explosent. Des difficultés, qui d’après l’Autorité de Sûreté Nucléaire, sont tout simplement le reflet de la «faiblesse du tissu industriel» français.

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