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Trajet domicile-travail: la voiture de plus en plus utilisée


En matière de transports, il y a les discours, les incantations, les injonctions et la réalité. Ils coïncident rarement. Ainsi, la pandémie a eu comme conséquence inattendue de relancer l’usage de l’automobile et de freiner celui des transports en commun. Une tendance qui ne semble pas s’affaiblir à en croire le dernier Baromètre Mobilité & entreprises 2021 réalisé pour Alphabet France par l’Ifop. Une exception dans ce paysage, l’île-de-France, qui vit dans un autre monde des transports que le reste du pays.

S’il y a un domaine de la transition qui résiste envers et contre tout aux injonctions et aux incantations, c’est celui des transports et plus particulièrement des transports individuels. L’usage de la voiture fait de la résistance et plus encore. Il est même en phase inattendue de reconquête. La pandémie de coronavirus, qui est loin d’être terminée, a d’ores et déjà laissé une empreinte profonde sur les comportements en matière de transports.

Elle a marqué un sérieux coup d’arrêt à l’utilisation des transports collectifs et en revanche dopé les transports individuels, surtout l’automobile, et dans une moindre mesure le vélo voire les trottinettes et l’ensemble des deux roues motorisés dans les métropoles.

L’autophobie ambiante n’y a rien fait

Les campagnes anti-voitures, l’autophobie ambiante en France, l’interdiction de circuler des véhicules les plus anciens et la hausse des prix des carburants et du coût de l’entretien et de l’achat des véhicules n’y a rien fait. Tout comme d’ailleurs le recours bien plus important au télétravail. La voiture individuelle est une vache à lait fiscale mais est tout simplement considérée comme un moyen de transport sûr, fiable, pratique et rassurant en période de crise sanitaire. Contrairement à un message souvent relayé, la détestation et le rejet de l’automobile ne sont le fait que d’une toute petite minorité de l’opinion.

C’est ce qui ressort encore clairement du dernier Baromètre Mobilité & entreprises 2021 réalisé pour Alphabet France par l’Ifop. Depuis 2020 et le début de la crise sanitaire, les Français prennent en plus grand nombre leur voiture pour se rendre au travail. Ainsi, 10% des actifs ont modifié leur manière de se déplacer pour leurs trajets domicile-travail et leurs déplacements professionnels, ce qui est considérable, et 76% utilisent une voiture dans le cadre de ces trajets contre 72% en 2019.

«Ce chiffre est le même qu’en 2020. Après une baisse régulière de 2017 (81%) à 2019 (72%), il a recommencé à progresser avec la crise sanitaire de 2020 qui a amené de nombreux Français à utiliser à nouveau leur voiture», résume l’Ifop. Et cela même si les entreprises semblent moins nombreuses à accorder des véhicules de fonction puisque 12% des sondés disent en avoir un à disposition contre 18% en 2020.

Une fracture toujours grandissante entre les métropoles et la France périphérique

Sans surprise non plus, la fracture entre la France des métropoles, plus particulièrement la région parisienne, et la France dite périphérique ne cesse de se creuser dans le rapport à l’automobile. Car l’essor de la voiture concerne d’abord et avant tout les Français venant d’agglomérations de moins de 100.000 habitants (85% d’utilisateurs) tandis que ceux issus de grandes agglomérations utilisent plus que la moyenne des solutions de mobilité dites alternatives. Il faut dire aussi que ces derniers en ont à leur disposition…

Dans ce paysage, la région parisienne est une exception parmi les exceptions. Et l’erreur répétée des pouvoirs publics, comme souvent en matière de mobilité, consiste à considérer que l’Ile-de-France est le modèle. Ce qui est une absurdité tant les possibilités offertes par les transports collectifs y sont plus importantes tout comme les contraintes imposées à l’utilisation de l’automobile. La voiture y est ainsi beaucoup moins présente avec 49% d’utilisateurs. Ce chiffre est en baisse par rapport à 2020 (52%), mais reste supérieur à 2019, qui enregistrait 45% d’utilisateurs de voiture. On trouve en île-de-France une part bien plus importante qu’ailleurs en France de piétons (42%) et d’usagers des transports en commun (51%) et cela même si ces derniers sont en baisse. Cela corrobore une récente étude initiée notamment par Transilien SNCF qui montre que l’usage des transports en commun en Ile-de-France n’a pas retrouvé son niveau de 2019. Il y a notamment maintenant une disparité considérables entre les jours de la semaine, lié notamment au télétravail et à une fuite pendant les week-ends. Ils sont bondés en moyenne le mardi et le jeudi et vides le vendredi.

Au total, les transports en commun sont utilisés en France par seulement 20% des sondés (-1 point par rapport à 2020, -4 points par rapport à 2019, -7 points par rapport à 2018) mais par 34% des habitants des agglomérations de plus de 100.000 habitants.

Par ailleurs, on compte 33% d’utilisateurs de modes de transports baptisés «doux» et classiques dans le langage écolo technocratique (marche à pied, vélo, trottinette) et 5% d’utilisateurs de modes de transports «doux» et électriques (vélo à assistance électrique, trottinette électrique), tous deux en légère baisse par rapport à 2019… contrairement aux discours répétés par la plupart des médias.

Distance moyenne domicile-travail de 19 kilomètres

Ceci dit, la multiplication des mesures prises à l’encontre des véhicules à motorisation thermique pousse logiquement 55% des actifs interrogés à estimer que les changements de type de motorisation sont inéluctables. Ils sont 49% à penser qu’en 2030 les véhicules hybrides et électriques seront majoritaires contre 30% qui pensent que les voitures les plus utilisées resteront avec des moteurs thermiques. Plus surprenant, 16% des personnes interrogées imaginent que les véhicules diesel seront encore plus nombreux sur les routes… Quant à 10% des sondés, ils voient un avenir proche fait de voitures autonomes ou roulant à l’hydrogène.

Plus prosaïquement, la distance moyenne des trajets domicile-travail est de 19 kilomètres et le temps de trajet domicile-travail moyen est de 24 minutes. Elle est de moins de 20 minutes pour 59% des répondants et dépasse les 30 minutes pour 23% des personnes interrogées.

Dans les agglomérations de 100.000 habitants et plus, le temps de trajet domicile-travail moyen est supérieur à 30 minutes pour 25% des personnes interrogées (32% en 2020). Ce chiffre est de 21% pour les personnes venant d’agglomérations de moins de 100.000 habitants (18% en 2020).

Enfin, qu’il s’agisse de voiture, de transport en commun ou de mobilités «douces», les Français sont nombreux (24%) à estimer que leurs trajets quotidiens ont un impact négatif sur leur qualité de vie.

La rédaction

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