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Covid: le reflux des transports en commun face à l’automobile se confirme

Metro Paris station Etoile wikimedia commons

Plusieurs études récentes montrent que les Français délaissent les transports en commun au profit de moyens de transports individuels et plus particulièrement de la voiture. Les transports collectifs sont considérés comme une contrainte de plus en plus pesante mais aussi et surtout depuis neuf mois comme un risque sanitaire. Une situation qui pourrait durer et met à mal la stratégie de transition énergétique menée par la quasi-totalité des grandes villes et métropoles qui passe par l’utilisation intensive et le développement des transports collectifs.

La volonté de bon nombre de maires des grandes villes et métropoles françaises, souvent de nouveaux élus écologistes, de marginaliser l’usage de la voiture se heurte à une réalité difficile à surmonter. Les transports en commun sont en difficulté et leur fréquentation diminue. Non seulement, parce qu’ils sont souvent considérés comme une contrainte de plus en plus pesante mais aussi et surtout parce qu’ils représentent depuis neuf mois un vrai risque sanitaire. Plusieurs études ont montré que le métro de Wuhan en Chine et celui de la ville de New York aux Etats-Unis ont grandement contribué à la propagation de la Covid-19.

Une baisse durable de la fréquentation des transports publics

Un certain nombre de français ont ainsi fait le choix depuis mars de ne plus les emprunter ou beaucoup moins. Les moyens de transports individuels sont plébiscités, le vélo voire la trottinette électrique mais surtout les scooters, les motos et plus encore la voiture. D’autant plus qu’au printemps et en été, les deux roues sont plaisants, beaucoup mois à l’automne et en hiver.

Cette évolution majeure est illustrée par plusieurs études d’opinion publiées au cours des derniers jours.  Un premier sondage, réalisé en septembre auprès de 1.003 actifs par l’Ifop pour le groupe Alphabet, montre que 76% des actifs utilisaient alors une voiture pour leurs trajets domicile-travail, soit 4 points de plus qu’en 2019 à la même période. Les transports en commun ne représentaient plus au niveau national que 21% des trajets domicile-travail (-3 points sur un an et -6 points par rapport à 2018).

L’erreur faite par les pouvoirs publics, comme souvent en matière de mobilité, consiste à considérer que l’Ile-de-France est le modèle. En fait, c’est l’exception car les possibilités offertes par les transports collectifs y sont plus importantes tout comme les contraintes imposées à l’utilisation de l’automobile. Ainsi en région parisienne, la voiture est empruntée par 52,1% des salariés et 47,9% utilisent les transports collectifs montre le sondage de l’Ifop.

L’étude annuelle «Observatoire de la mobilité» de l’Union des Transports publics et ferroviaires, dont c’est la septième publication, montre exactement la même chose. Publiée le 19 novembre et menée en septembre auprès de 1 500 personnes habitant des villes de plus 50.000 habitants, elle indique que 30% des usagers habituels des transports publics prévoient de s’en détourner une fois la crise sanitaire passée. Un tiers des sondés comptent les utiliser moins souvent (27%) ou plus du tout (3%). Ces chiffres sont d’autant plus crédibles qu’en septembre et en octobre, deux mois pendant lesquels la vie était redevenue presque «normale», les taux de fréquentation des différents réseaux de transport ont oscillé entre 60% et 80% de leurs niveaux de 2019.

La voiture, valeur refuge

Ces études montrent une fois encore que la voiture reste une valeur refuge et que les campagnes anti-automobile moralisantes n’y changent rien. Elles confirment également que le modèle économique des transports en commun est aujourd’hui réellement menacé. Or, la stratégie de transition énergétique menée par la quasi-totalité des grandes villes et métropoles passe par l’utilisation intensive et le développement des transports collectifs.

Pour ce qui est de l’attachement à la voiture, rationnel et irrationnel, deux études réalisées cet été par l’institut Odoxa pour BMW auprès de 3.000 personnes et par le ministère de la Transition écologique en font la démonstration. L’étude Odoxa, montre, sans surprise, que les Français ne sont pas du tout égaux face à la mobilité. À la campagne, dans les zones dites périurbaines et dans les petites villes, où l’offre de transport en commun est réduite ou inexistante, la voiture est une nécessité. Ainsi, 47% des habitants de cette France périphérique utilisent leur voiture tous les jours. Neuf personnes sur dix sont par ailleurs titulaires du permis de conduire et 92% utilisent une voiture de manière régulière dont 76% qui prennent le volant plusieurs fois par semaine. Pour 88% des personnes interrogées, la voiture reste associée à la notion de liberté, et même pour 71% d’entre elles au plaisir de la conduite.

Même les services du ministère de la transition écologique ne peuvent que constater la place particulière de l’automobile dans la vie des Français. Les premières conclusions d’une enquête de grande ampleur portant sur plus de 12.000 personnes, interrogées entre avril 2018 et avril 2019, montrent que l’automobile demeure le mode le transport numéro un avec 63% du nombre total de déplacements quotidiens des Français, très loin devant la marche (23,5%) et les transports en commun (9,1%).

Les réseaux de transports publics menacés

Ces derniers sont même menacés tant leur situation économique s’est dégradée depuis le début de l’année.  Les pertes essuyées par les transports publics au printemps lors du premier confinement se chiffrent à 3 milliards d’euros A savoir, 2 milliards de recettes voyageurs en moins et 1 milliard de rentrées fiscales envolées (le versement mobilité des entreprises). Les opérateurs de bus, métros, trams ou trains se retrouvent étranglés entre l’effondrement de la fréquentation et des coûts fixes élevés et par définition peu variables.

L’impasse financière dans laquelle ils sont pourrait contraindre certains opérateurs à tailler dans les réseaux. Et le plan de renflouement des transports en commun hors Ile-de-France (750 millions d’euros sous forme d’avances remboursables) est jugé très insuffisant par les trois associations d’élus responsables France Urbaine, le Groupement des autorités responsables de transports (Gart) et l’Assemblée des communautés de France (AdCF).

Elles ont écrit au Premier ministre début novembre pour le prévenir que: «certaines autorités organisatrices pourraient être dans l’obligation de diminuer, voire même d’interrompre l’exploitation de certains services de transport; de reporter le renouvellement du matériel roulant et le processus de décarbonation des flottes de transport public; de réduire le développement des infrastructures de transport, enjeu majeur pour les fleurons de l’industrie française et le secteur des travaux publics.»

Pour ces élus locaux, l’accord signé par Valérie Pécresse avec l’Etat au nom de l’Ile-de-France reste en travers de la gorge. La présidente de la région Ile-de-France a arraché une enveloppe d’avances remboursables de 1,17 milliard, assortie d’un remboursement sur 16 ans avec un différé jusqu’en 2023. Accord considéré comme particulièrement généreux par les autres agglomérations.

D’après les derniers pointages des élus, les pertes tarifaires des réseaux de transports hors région parisienne devraient s’élever de 450 à 600 millions d’euros, tandis que les pertes de versement mobilité des entreprises «dépasseront vraisemblablement les 450 millions d’euros qui avaient été estimées par la mission Cazeneuve en juillet dernier».

Le reconfinement actuel n’arrangera rien évidemment face à une évolution qui de toute façon pourrait bien s’inscrire dans la durée. À en croire une étude réalisée par CBRE dans 18 pays européens et auprès de 10.000 personnes, pas moins de 85% des employés souhaitent désormais télétravailler au moins deux jours par semaine. Cela signifie une baisse théorique de 40% de leur demande de transports collectifs liée au travail.

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