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Les deux EPR de Taishan Chine

Le réacteur EPR 1 de la centrale chinoise de Taishan a redémarré


Mis à l’arrêt fin juillet 2021 à la suite d’un problème d’étanchéité, l’EPR numéro 1 de la centrale nucléaire de Taishan (Chine) a été reconnecté en début de semaine au réseau électrique. CGN, l’exploitant local, écarte tout danger. Ce redémarrage intervient alors que la Chine souffre de pénuries d’électricité. Il est aussi essentiel pour la pérennité de la technologie française EPR. Car il s’agit du premier réacteur de ce type à être entré en service en 2018. Et il n’y a aujourd’hui que deux au monde à fonctionner, tous les deux à Taishan.

Confrontée à des pénuries d’électricité et à un ralentissement brutal de sa croissance, l’économie chinoise peut à nouveau se flatter d’être la seule aujourd’hui à faire fonctionner des EPR. Les réacteurs nucléaires de troisième génération, de conception française, dont seuls deux exemplaires au monde sont en fonctionnement, à Taishan, à 120 kilomètres au sud-ouest de Hong Kong.

China General Nuclear Power Group (CGN), le principal exploitant de la centrale de Taishan a indiqué le16 août que l’EPR numéro 1 a été redémarré et reconnecté au réseau électrique en début de semaine, plus d’un an après sa mise à l’arrêt. Le groupe chinois précise qu’aucune «anomalie» sur la centrale et ses environs n’a été constatée lors des diverses opérations d’inspection et de maintenance et affirme faire de la sécurité «une priorité».

Un problème d’étanchéité de barres de combustible

La production du réacteur en question a été interrompue fin juillet 2021, après la découverte, dans des conditions étonnantes, d’un problème d’étanchéité de barres de combustible. Le média américain CNN avait d’abord évoqué le 14 juin 2021 une fuite présentant une «menace radiologique imminente» à partir de sources françaises provenant de Framatome avant que les autorités, chinoise et française, ne démentent cette affirmation. Certains y avaient vu une tentative américaine pour «saboter» la coopération nucléaire entre la Chine et la France.

Et effectivement, EDF avait contrairement à son partenaire chinois CGN, ils détiennent respectivement 30% et 70% de la coentreprise chargée d’exploiter la centrale, insisté pour arrêter le réacteur et ce dernier avait fini par céder un mois et demi après les «révélations» de CNN.

Selon le groupe chinois, la mise à l’arrêt du réacteur n’était pas consécutive à un danger imminent. Ce que personne n’a contesté. Les fuites vers le circuit primaire «restent dans la plage admissible des spécifications techniques» et le réacteur aurait pu «continuer à fonctionner de manière stable» avait alors déclaré CGN.

Les deux seuls EPR opérationnels sont à Taishan

En dépit de la présence de gaz rares dans le circuit primaire du réacteur, les seuils réglementaires en vigueur à la centrale de Taishan avaient été respectés. Problème: ces seuils ont été relevés à 324 giga becquerels par tonne (GBq/t) d’eau (en France, ce seuil est fixé à 150 GBq/t), afin, justement, de permettre au réacteur de pouvoir continuer à fonctionner… Les concentrations de gaz rares dans le circuit primaire avaient atteint 290 GBq/t à la fin du mois de mai 2021 et nul doute qu’elles avaient continué à augmenter ensuite.

L’anomalie tenait au fait qu’un petit nombre de barres de combustible d’uranium endommagées («crayons») étaient à l’origine d’une accumulation de gaz rares radioactifs dans le circuit primaire, étanche, de la centrale. Un phénomène qualifié de «courant» par CGN comme EDF. Une position partagée par la déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire (Sfen), Valérie Faudon.

Il y a deux EPR opérationnels à Taishan, les deux seuls au monde qui produisent de l’électricité. Le premier (Taishan 1), affecté par les défauts d’étanchéité, a été mis en service en décembre 2018 et le deuxième, Taishan 2, en septembre 2019 (voir la photographie ci-dessus de la centrale). Ils ont été construits par CGN et EDF et par un troisième industriel chinois, Guangdong YUDEAN.

Une multitude de déboires, de retards, de malfaçons, de surcoûts…

Les réacteurs EPR ont connu une multitude de déboires. Tous les chantiers ont largement dépassé à la fois les délais initiaux de construction et les coûts annoncés. A Taishan, tout ne s’est pas passé facilement, mais les difficultés ont été surmontées bien plus rapidement. Les deux réacteurs EPR chinois ont été construits respectivement en 110 et 113 mois, avec cinq ans de retard sur le calendrier initial et avec un coût total de 12,2 milliards d’euros par réacteur, supérieur de 60% au budget prévu. Mais le temps de construction effectif de Taishan 2 a été considérablement réduit, avec l’expérience acquise, à environ 70 mois selon des ingénieurs directement impliqués dans le chantier.

Ce n’est pas vraiment le cas pour le premier EPR dont la construction a été lancée en 2005… à Olkiluoto en Finlande. Il devrait seulement entrer pleinement en service en décembre de cette année. Et il faudra attendre au moins la fin de l’année 2023 pour que le seul EPR en construction en France depuis 2007 à Flamanville (Manche) produise enfin de l’électricité. Les deux réacteurs construits à la centrale de Hinkley Point C au Royaume-Uni devraient eux commencer à fonctionner, si tout va bien, en 2027.

Une technologie «sûre»

La technologie EPR est présentée comme la plus sûre existante dans le domaine nucléaire et l’une des raisons des retards et des difficultés de fabrication tient justement au fait qu’après l’accident de Fukushima de nombreuses exigences de sécurité ont été ajoutées. Ainsi, par exemple, les principaux systèmes de sûreté ainsi que leurs systèmes support (alimentation électrique,  circuit de refroidissement,  contrôle-commande) comportent quatre voies indépendantes et géographiquement séparées.

L’alimentation électrique des systèmes de sûreté est assurée par quatre groupes électrogènes principaux qui démarrent automatiquement en cas de perte de l’alimentation électrique normale et par deux groupes électrogènes de conception différente permettant de faire face à la perte de l’alimentation électrique normale cumulée à l’indisponibilité des quatre groupes électrogènes principaux.

La réserve d’eau utilisée pour refroidir le cœur en cas de brèche sur le circuit primaire est située à l’intérieur du bâtiment du réacteur, protégée des agressions externes, et non à l’extérieur.

Le bâtiment du réacteur, le bâtiment d’entreposage des assemblages combustibles usés ainsi que deux des quatre bâtiments abritant les systèmes de sauvegarde sont protégés de la chute d’avion par une épaisse structure en béton.

Et l’avenir de l’énergie nucléaire française passe par des EPR un peu améliorées, dits EPR2, dont au moins six devraient être construits d’ici 2050 et peut-être 14 pour renouveler le parc de 56 réacteurs existants.

 

La rédaction

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