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Il ne faut surtout pas réduire l’énergie à la production d’électricité

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Le problème principal de la transition n’est pas, notamment en France et contrairement aux discours simplistes et démagogiques, celui de la production électrique. Elle est déjà fortement décarbonée. La chaleur (les bâtiments), les transports et l’industrie doivent être les priorités.

L’erreur la plus fréquente commise sur la transition, notamment dans les médias grand public, consiste à confondre énergie et électricité. Il suffirait de développer massivement les éoliennes, les panneaux solaires et les voitures électriques pour se débarrasser des énergies fossiles…

La chaleur et les transports sont un enjeu plus important

Si la production d’électricité à partir de sources d’énergies émettant peu de gaz à effet de serre et si l’électrification des usages sont des éléments importants de la transition, ils n’en représentent qu’une partie. Les activités qu’il est difficile d’électrifier en l’état actuel de la technologie, à savoir la chaleur (les bâtiments), l’industrie et une partie des transports (notamment de marchandises), représentent, selon les pays, entre 70% et plus de 80% de la consommation d’énergie. A l’échelle mondiale, l’électricité devrait seulement représenter cette année 17% de la consommation d’énergie. Et environ un quart de cette production proviendra de renouvelables: hydraulique, biomasse, éolien, solaire, géothermie…

Les transports représentent 32% de la demande d’énergie et les renouvelables y contribuent pour seulement 3,3%, à savoir les biocarburants et les véhicules électriques alimentés par des renouvelables. La plus importante part de la demande d’énergie dans le monde, souvent oubliée ou négligée, est la chaleur (51%). Elle est assurée en quasi-totalité par le gaz naturel et les carburants issus du pétrole. Seulement 10% de la chaleur provient des renouvelables, avant tout de la biomasse.

Crier victoire bien trop tôt

Ainsi, se féliciter bruyamment du fait que l’électricité produite par les renouvelables a dépassé en Europe eu premier semestre celle produite par les énergies fossiles comme le fait le Think tank Ember, revient à crier victoire beaucoup trop tôt. D’une part, parce que cela est ponctuel, lié à des conditions climatiques favorables et surtout aux conséquences de la baisse de consommation à la suite de la pandémie -les renouvelables ont un accès prioritaires aux réseaux électriques. D’autre part, l’électricité décarbonée n’est qu’une étape très insuffisante. Une étape d’ailleurs qui a été franchie depuis longtemps en France où la production d’électricité est la plus décarbonée au monde, avec la Suède, grâce au nucléaire.

Et le constat incite encore plus à la prudence, si on remarque à l’échelle planétaire qu’entre 2013 et 2018, la croissance de 21,5% de l’énergie produite par des renouvelables n’a comblé qu’un tiers de l’augmentation des besoins, le reste l’étant notamment par des carburants fossiles.

Créer des filières de substitution

Quelles conséquences en tirer? Que le problème principal n’est pas, notamment dans des pays comme la France et contrairement aux discours simplistes et parfois volontairement démagogiques, celui de la production électrique. Il est dans les transports, le chauffage et l’industrie. Il faut donc favoriser et créer en priorité dans ces domaines des filières de substitution.

Pour se donner les moyens de s’approcher de la neutralité carbone en 2050, il faut considérer qu’il s’agit avant tout d’un défi d’ingénierie. À savoir remplacer progressivement les systèmes qui émettent beaucoup de gaz à effet de serre par d’autres qui en émettent peu. Et il faut impérativement rendre les systèmes plus propres suffisamment compétitifs pour conquérir rapidement les marchés.

Cela passe par de grands programmes d’investissements et d’innovations publics et privés. Cela passe par une mobilisation scientifique, technologique, industrielle et financière. L’objectif est de devenir plus performant dans tous les domaines que les énergies fossiles. Aborder les problèmes comme une question d’investissement, de technique, de production à grande échelle est aussi un bon moyen de montrer que la transition est un objectif réaliste.

-Pour le transport, il faut accélérer l’électrification des véhicules par batteries et par pile à combustible et hydrogène. Il faut également favoriser le passage des trains, des navires et éventuellement des avions vers l’hydrogène.

-Pour le chauffage, les solutions passent par l’électrification, la géothermie et encore l’hydrogène pour remplacer le gaz naturel. Le chauffage et la climatisation représentent 39,5% de la consommation finale d’énergie en France et 27% des émissions de CO2. C’est en outre un domaine dans lequel l’action publique peut être efficace rapidement. Sur un parc de 35 millions de logements, la France compte environ 7,5 millions de «passoires thermiques».Mais il faudra des plans bien plus ambitieux que ceux lancés jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, le 27 juillet, le gouvernement a annoncé qu’il introduira en 2023 la performance énergétique parmi les critères de «décence» d’un logement. Les personnes qui vivent dans des habitations consommant plus de 500 kW/h au mètre carré par an pourront exiger que leur propriétaire fasse des travaux. La problème est que le seuil fixé ne concerne que 250.000 logements…

-Enfin, dans l’industrie où le problème est le plus compliqué technologiquement, l’hydrogène semble la seule voie actuelle, mais les développements s’annoncent lents et compliqués. Il faudra donc en passer par la capture et le stockage de CO2, contrairement à ce que suggère l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), dont la cohérence n’est pas le point fort.

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