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La pandémie n’apporte rien, bien au contraire, à la transition énergétique

Atmosphère

La mobilisation planétaire face à la pandémie ne peut pas être le modèle de la transition énergétique. Dans un cas, il s’agit de mesures de crise temporaires et exceptionnelles et dans l’autre d’une transformation profonde des économies. Quant aux baisses soudaines d’émissions de gaz à effet de serre parce que les économies sont à l’arrêt, elles ne sont le reflet d’aucun réel progrès.

De nombreux commentateurs se sont réjouis, trop rapidement, de la baisse impressionnante de la consommation d’énergie et des émissions de CO2 dans le monde du fait de la pandémie. Les mêmes considèrent que la mobilisation planétaire contre la pandémie doit être le modèle de celle à venir pour le climat. Ils voient dans «l’épidémie une sorte d’allégorie du changement climatique en condensé» écrit Augustin Fragnière dans son blog publié par Le Temps.

D’autres commentateurs, plus militants, expliquent que la pandémie est la conséquence de la mondialisation et de notre mode de développement. Ils oublient allègrement au passage la peste noire (1347-1352), la grippe espagnole (1918-1919), le choléra à Naples en 1973 et tant d’autres épidémies assez semblables à celle que nous vivons.

La transition n’a rien à voir avec la gestion de crise

Il s’agit surtout d’une incompréhension de fond sur ce que doit être la transition pour se passer des énergies fossiles. Ce n’est pas de la gestion de crise. Elle ne peut se faire que par une transformation profonde des économies, pas par leur arrêt soudain. Cette question ne peut pas se régler avec des mesures temporaires et exceptionnelles qui sont levées au bout de quelques semaines ou quelques mois.

Comme l’explique John Sutter pour CNN, «nous ne consommons pas comme nous le faisons d’habitude, nous ne volons pas, nous ne conduisons pas, nous ne nous rencontrons pas, nous n’avons pas de réunions. Au sens premier du terme, nous n’agissons pas. Et bien sûr, toute cette inaction réduit les émissions et la pollution. Mais évitons d’en tirer des conclusions hâtives et absurdes».

Et au contraire des cris de victoire prématurés, la pandémie pourrait marquer un recul de la transition. Car elle est, fort heureusement, un phénomène par nature temporaire. Les économies vont finir par repartir. A ce moment-là, les questions de transition ne seront certainement pas une priorité des décideurs politiques comme économiques même s’ils affirment le contraire. Leur premier objectif sera de relancer l’activité, sauver les entreprises, sauver les emplois et limiter la casse sociale. Il faut ainsi s’attendre à un effet rebond assez brutal en termes d’émissions de gaz à effet de serre.

Fin du mois et fin du monde

Le risque est grand aussi de voir les investissements liés à la transition diminuer et les normes et les contraintes être allégées ou reportées à des jours meilleurs. La fin du monde passera alors bien après la fin du mois pour reprendre un slogan des gilets jaunes.

Le rapprochement entre la pandémie et la transition est contestable parce que les deux défis ont très peu en commun, sauf leur caractère planétaire. Les échelles de temps sont notamment totalement différentes. Dans le premier cas, la menace est tangible et immédiate, elle nécessite une mobilisation la plus rapide possible des moyens sanitaires et des énergies. Dans le deuxième cas, il s’agit de changements structurels dans un domaine, celui des cycles de l’énergie, ou les évolutions se font sur des décennies. Il faut totalement transformer les technologies et les modes de production et de consommation de l’énergie.

«La temporalité longue du changement climatique rend la tentation à la procrastination pratiquement irrésistible pour des sociétés qui, comme les nôtres, ont développé une addiction à la consommation et aux énergies fossiles. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que, forts de leur victoire sur le coronavirus, les États décident soudain de retrousser leurs manches et de s’attaquer avec la même vigueur aux causes du changement climatique», prévient Augustin Fragnière.

L’action pas l’inaction

Il y a enfin une autre différence fondamentale entre les deux situations. La transition énergétique se réussira avant tout par l’action et la persévérance. En construisant un modèle économique acceptable politiquement et socialement qui permette une divergence, comme nous la connaissons en Europe depuis plus d’une décennie mais plus grande encore, entre croissance et consommation d’énergie. Cela passe par l’innovation pour améliorer l’efficacité et réduire les coûts des sources d’énergies renouvelables, pour permettre de stocker l’électricité, pour capter le CO2, pour développer l’hydrogène vert, pour utiliser les nano-matériaux, pour construire des villes économes où il fait bon vivre. Bon nombre des technologies de la transition, notamment dans les transports et l’industrie, n’existent pas aujourd’hui ou ne sont pas matures. Il nous faut les inventer, les perfectionner et les maitriser. Tout cela ne se fera pas en considérant que le modèle pour l’avenir de l’humanité consiste à mettre la clé sous la porte, à se retirer du monde et à cultiver son jardin pour paraphraser le Candide de Voltaire.

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