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Nucléaire, un autre sujet de discorde entre la France et l’Allemagne

Nucléaire, un autre sujet de discorde entre la France et l’Allemagne

Le modèle allemand de transition énergétique, l’Energiewende, qui a consisté depuis deux décennies à investir massivement dans les renouvelables (éolien et solaire) et à renoncer au nucléaire, n’est pas franchement une réussite. Les coûts de l’électricité se sont envolés et depuis dix ans l’Allemagne a toutes les peines du monde à réduire ses émissions de CO2, ce qui est normalement l’objectif principal de la transition. Tout simplement parce que quand il n’y a pas de vent ou de soleil, il faut bien de l’électricité et elle provient des centrales à charbon et au lignite qui émettent énormément de gaz à effet de serre.

L’Allemagne qui émet du coup 22% du CO2 de l’Union Européenne, contre 9,3% à la France, s’est engagée à fermer ses centrales au charbon… en 2038 et à les remplacer par encore plus de renouvelables, ce qui n’est pas vraiment du goût des populations. Le modèle français, construit sur une part massive de la production d’électricité provenant du nucléaire (72% l’an dernier), est nettement plus performant en matière de CO2, mais s’attire les foudres allemandes et celles des écologistes.

Classement européen des énergies «vertes»

L’Union Européenne s’est engagée depuis le début de l’année 2018 dans une classification des investissements verts, notamment en matière d’énergie, une «taxonomie». Elle doit déterminer quelles filières pourront bénéficier des fonds bénéficiant de l’étiquette développement durable. La question qui pose aujourd’hui le plus de problème est celle qui consiste à savoir si le nucléaire est une énergie verte.

Fin mars, le Parlement européen a exclu l’énergie nucléaire de cette liste. En matière de CO2, la filière nucléaire est très vertueuse, elle émet même moins de CO2 que le solaire et autant que l’éolien. Mais elle est moins vertueuse au regard d’autres critères environnementaux, notamment celui de la gestion des déchets. Durant l’été, le groupe d’experts chargé par la Commission européenne de définir les critères d’éligibilité pour 67 activités a lui aussi rejeté le nucléaire.

Mais la France n’a pas voulu en rester là. Du coup, fin septembre, le Conseil européen a décidé de ne plus fermer le label d’investissement durable au nucléaire. Cela a eu pour conséquence de provoquer un tollé du côté de l’Allemagne, l’Autriche et le Luxembourg. «Le nucléaire n’a pas sa place dans la classification des énergies durables», s’est même énervé l’eurodéputé vert allemand Sven Giegold qui y voit «un triste signe de l’état des relations franco-allemandes» et ajoute qu’aucun projet de centrale nucléaire en France n’aurait été freiné faute de financements verts.

Mais le gouvernement français se montre inflexible. «Le nucléaire doit être maintenu dans cette taxonomie européenne et être considéré comme une énergie indispensable à la lutte contre le réchauffement climatique», a martelé Bruno Le Maire. Il a rejeté des critiques qualifiées «d’idéologiques».

La partie est pourtant loin d’être gagnée pour la France. De longues négociations vont commencer à Bruxelles entre le Conseil et le Parlement au sein duquel le poids des écologistes s’est renforcé depuis le printemps. Et il ne faut pas oublier que les mouvements écologistes sont nés en s’opposant au nucléaire bien avant de se soucier du climat. Une fois qu’une organisation s’est constituée autour d’un thème fondateur, elle n’en change plus…

Pour éviter un nouveau conflit entre la France et l’Allemagne et entre la France et le Parlement, l’adoption de la taxonomie a même été repoussée après 2021. Cela n’arrange pas vraiment les acteurs de la finance verte. «Le fait d’être dans l’incertitude sur le classement de telle ou telle activité est un frein», expliquait déjà en septembre Christine Lagarde, devenue depuis la présidente de la Banque Centrale Européenne.

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