Transitions & Energies
Barrage de Monteynard

Négliger l’hydroélectricité est plus qu’une erreur, une faute

L’hydroélectricité est de loin la source d’énergie renouvelable la plus développée dans le monde et offre des avantages importants. Elle est peu carbonée. Elle assure des puissances importantes et n’est pas intermittente. Elle permet de stocker l’énergie. Pour autant, elle ne bénéficie plus des faveurs des investisseurs, des gouvernements et des écologistes. Une faute majeure. En France, il n’y a plus d’investissements faute de soutien public réservé à l’éolien et au solaire… Et pourtant la modernisation des équipements existants pourrait permettre d’augmenter fortement et durablement la production électrique «propre».

Pour atteindre les objectifs de réduction massive en quelques décennies des émissions de gaz à effet, l’hydroélectricité doit être privilégiée et les investissements dans cette filière considérablement renforcés. C’est ce qu’écrit l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un rapport publié il y a quelques semaines et passé presque inaperçu. Bien plus en tout cas que les recommandations en faveur de l’éolien, du solaire et de la voiture électrique. Pourquoi? Les projets de barrages se heurtent à de nombreuses oppositions locales et ne sont pas soutenus par des lobbys politiques et économiques…. Pourtant, ils offrent une source d’électricité décarbonée abondante, fiable et compétitive. Il s’agit en outre d’investissements réalisés pour de nombreuses décennies. Ils devraient être prioritaires dans la transition énergétique et montrent comment les stratégies dans ce domaine sont peu rationnelles.

«Géant oublié»

L’hydroélectrique est en tout cas aujourd’hui et indéniablement «l’épine dorsale» de la production électrique bas carbone dans le monde pour reprendre l’expression de l’AIE. En 2020, elle a fourni près d’un sixième de l’ensemble de la production d’électricité, ce qui en fait la troisième source après le charbon et le gaz naturel. L’hydroélectricité répond à plus de 50% de la consommation nationale d’électricité dans 35 pays dont 28 dits émergents dont les populations cumulées représentent 800 millions d’habitants. Au cours des 20 dernières années, les capacités de production hydroélectriques ont augmenté de 70% dans le monde.

Mais l’hydroélectricité fait figure aujourd’hui de «géant oublié» de la production électrique bas carbone dénonce l’AIE. Les filières éolienne et solaire photovoltaïque suscitent une attention considérable même si leurs productions cumulées au niveau mondial sont bien inférieures à celle de l’hydroélectricité et si elles présentent de nombreux inconvénients dont l’intermittence et la faible puissance des installations qu’il faut multiplier.

L’hydroélectricité permet en outre, grâce à ses «capacités inégalées en matière de flexibilité et de stockage», de faciliter l’intégration à grande échelle d’installations à production intermittente (éolien et solaire) sur les réseaux électriques. En France, l’hydroélectricité reste de loin la principale filière renouvelable productrice d’électricité et la 2ème filière toutes énergies confondues après le nucléaire (13% du mix électrique en 2020). Elle permet avec le nucléaire d’avoir en France environ 90% de l’électricité qui est décarbonée.

Aucun soutien en France qui est réservé à l’éolien et au solaire

Et le potentiel hydroélectrique reste considérable, y compris dans les pays équipés comme la France par la modernisation des installations. Selon l’AIE, près de la moitié du «potentiel hydroélectrique économiquement viable au niveau mondial est encore inexploité». L’AIE appelle les gouvernements à mettre en place des politiques facilitant le développement des projets hydroélectriques, en limitant les risques d’investissements.

Entre 2021 et 2030, la puissance cumulée du parc hydroélectrique mondial pourrait augmenter de 17% selon les projections de l’AIE (+ 230 GW). Près de la moitié de ces nouvelles installations seraient des barrages hydroélectriques avec réservoir tandis que 30% seraient des STEP (Stations d’énergie par pompage). Les STEP offrent aujourd’hui la meilleure solution pour stocker l’électricité à grande échelle. Enfin, dans les projections de l’AIE, les développement restants seraient des centrales dites «au fil de l’eau».

Les nouvelles installations hydroélectriques seraient encore en grande partie développées en Chine (pays qui pourrait compter à lui seul pour 40% des nouvelles capacités hydroélectriques installées dans le monde d’ici à 2030) mais aussi en Inde, en Turquie et en Éthiopie.

Outre les nouveaux projets, l’AIE souligne la nécessité de moderniser les centrales hydroélectriques existantes, surtout dans les pays développés. En Amérique du nord, les barrages ont en moyenne 45 ans et en Europe près de 50 ans. D’ici 2030, plus de 20% des installations auront plus de 55 ans, un âge qui nécessite le remplacement des équipements lourds électromécaniques. Cela offre une excellente opportunité pour améliorer les performances et la marge est grande. D’après l’AIE et toujours d’ici 2030, près de 127 milliards de dollars, soit presque un quart des investissements mondiaux prévus dans cette filière durant cette période, devraient être consacrés à la modernisation des équipements. La France devrait en faire une priorité au lieu de s’enliser dans des débats sans fin sur l’éolien. Elle ne le fait pas…

Il n’y a tout simplement plus d’investissements faute de bénéficier d’un soutien équivalent à celui des autres renouvelables, notamment éoliens et solaires. Une aberration. Le dernier projet de modernisation a été inauguré à la fin de l’année dernière par EDF. Il s’agit du barrage de Romanches-Gavet, en Isère, entré en service après dix ans de travaux. Il peut assurer la consommation en électricité de 230.000 personnes. Il s’agit du plus grand barrage souterrain de France avec une galerie de 10 kilomètres creusée dans la montagne, l’équivalent du tunnel du Mont-Blanc. Ce chantier de 400 millions d’euros a permis de remplacer six usines et barrages vieux de plus d’un siècle. Il produit 560 GWh par an… 40% d’électricité de plus que les vieilles installations.

La rédaction

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