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Soutenir les renouvelables et pas l’hydroélectrique serait une aberration

Barrage de Monteynard

La première source d’énergie renouvelable en France, l’électricité provenant des barrages, est menacée de stagnation voire de régression. L’ouverture à la concurrence exigée par Bruxelles a stoppé net tout nouveau projet. En plus, sans soutien équivalent à celui des autres renouvelables, éoliens et solaires, les investissements dans l’hydroélectrique sont devenus impossibles. La France va-t-elle abandonner une source d’énergie propre, renouvelable et en plus mobilisable en fonction de la demande?

EDF a inauguré au début du mois le barrage de Romanches Gavet, en Isère, entré en service après dix ans de travaux. Il peut assurer la consommation en électricité de 230.000 personnes. Il s’agit du plus grand barrage souterrain de France avec une galerie de 10 kilomètres creusée dans la montagne, l’équivalent du tunnel du Mont-Blanc. Ce chantier de 400 millions d’euros a permis de remplacer six usines et barrages vieux de plus d’un siècle. Et il produit 560 GWh par an, 40% d’électricité en plus que les vieilles installations.

Un avantage de taille par rapport aux autres renouvelables, pouvoir répondre à la demande

Le problème est qu’il s’agit du dernier grand projet hydroélectrique d’EDF. L’électricien public a bien réussi à faire inscrire d’ambitieux objectifs pour l‘hydroélectrique dans la fameuse et controversée Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Mais le secteur n’a plus la faveur des pouvoirs publics. Les oppositions locales à la construction de nouveaux barrages sont de plus en plus difficiles à surmonter et surtout l’ouverture à la concurrence exigée par Bruxelles a stoppé net tout nouveau projet.

La première source d’énergie renouvelable en France et de loin (12% de l’électricité consommée), est menacée de stagnation voire de régression. Et pourtant, elle présente un avantage de taille par rapport à l’éolien et au solaire. C’est une source d’énergie certes intermittente, mais pas aléatoire. Elle ne peut alimenter le réseau en permanence et il est difficile de prévoir sur l’année quel sera son rendement, mais en revanche les barrages peuvent produire de l’électricité à la demande en fonction des besoins. Ils sont dits «pilotables». Ce n’est évidemment pas le cas des éoliennes et des panneaux photovoltaïques. Ainsi, EDF qui détient près de 80% des 400 centrales hydrauliques du pays, peut mobiliser avec cela à peu près la puissance d’une dizaine de réacteurs nucléaires.

Bruxelles exige que les concessions des barrages soient ouvertes à des offres des concurrents d’EDF

Reste que le développement de l’hydroélectricité en France est au point mort depuis 2015. Paris et la Commission européenne s’opposent sur l’attribution des concessions. L’Union européenne a réclamé en 2015 et encore en 2019 qu’elles soient ouvertes à la concurrence, en vertu d’une directive datant de 2014 sur les concessions. Bruxelles exige qu’à chaque renouvellement de concession (la gestion d’un barrage est concédée par son propriétaire, l’État, à EDF), tous les opérateurs qui le souhaitent, français comme étrangers, puissent concourir.

 «Cette situation a gelé tout développement de nouvelles capacités hydrauliques en France alors qu’il y a un potentiel inexploité important», regrettait Jean-Bernard Lévy, le Pdg d’EDF. En plus, contrairement au solaire et à l’éolien, l’hydroélectricité ne bénéficie d’aucune aide ni dans le plan de relance, ni via des prix de vente garantis.

La transformation en cours d’EDF, le fameux projet Hercule, ne facilite pas non plus les choses. Il consiste à créer trois entités. EDF Bleu, 100% public et 100% nucléaire, ce qui permettrait de réaliser les investissements nécessaires à l’entretien des réacteurs existants, à la fabrication de nouveaux réacteurs et à la fermeture des plus anciens. Il y aurait aussi EDF Azur qui serait 100% public et regrouperait tout ce qui est hydroélectrique en le séparant du nucléaire et en lui donnant théoriquement son autonomie,  tout en ayant les moyens d’investir dans de nouveaux barrages. Enfin, la troisième entité serait EDF Vert, qui regrouperait la commercialisation de l’électricité et les renouvelables sauf l’hydraulique et dont une partie du capital, environ 35% serait mise sur le marché boursier. Mais la mise ne œuvre de ce schéma se heurte à de sérieux obstacles.

Les investissements dans l’hydraulique ne doivent pas être désavantagés par rapport à l’éolien et au solaire

Le principal tient aux demandes de la Commission européenne en matière de concurrence. Cela concerne évidemment le prix de l’électricité nucléaire et les conditions de sa vente aux concurrents d’EDF, la fameuse Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique). Ce dispositif réglemente au nom de l’ouverture à la concurrence le tarif d’accès à l’électricité nucléaire produite par EDF. Mais l’hydraulique est aussi directement concerné. La Commission veut ouvrir l’adjudication des concessions des barrages à la concurrence dès cette année. À la fin de 2020, il y en aura 16 concessions de barrages échues parmi celles que gère EDF. Cette incertitude juridique empêche tout nouvel investissement. Et ce n’est pas le seul problème.

Dans un contexte de «marché déprimé où les prix de l’électricité stagnent autour de 45 euros le mégawattheure sur la place européenne, plus aucune capacité de production n’est construite sans garantie de prix comme pour l’éolien ou le solaire», souligne le Pdg d’EDF.

Selon lui, si un mécanisme de soutien des prix, équivalent à ceux existant pour les autres énergies renouvelables, n’est pas mis en place, il sera impossible d’investir dans l’hydroélectrique. Le potentiel est pourtant non négligeable. Dans la programmation de la PPE, il représente 2,5 gigawatts.

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