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L’industrie française en grand danger

L’industrie française en grand danger


La première victime en France de l’envolée des prix de l’électricité et du gaz pourrait bien être l’industrie. Il n’est plus question de discours enflammés et irréalistes sur la réindustrialisation. Il est question de sauver ce qui peut l’être.

Les grands discours prononcés pendant la pandémie de Covid sur la nécessité de réindustrialiser la France sont restés des mots. Et la crise énergétique en apporte la démonstration. Le problème posé aujourd’hui par l’envolée des prix de l’énergie en Europe n’est pas celui de la réindustrialisation, mais de la disparition de pans entiers de ce qu’il reste d’industrie en France. Faute de compétitivité face à leurs concurrents d’Asie et d’Amérique, les industriels n’auront d’autres choix que de fermer leurs usines ou de les délocaliser… Et le blocage depuis près de trois semaines des raffineries n’arrange évidemment rien.

Le risque d’une nouvelle vague de délocalisation

«Si vous ne donnez pas aux industriels une perspective sur le prix qu’ils vont avoir à payer, ils vont être tentés d’aller ailleurs parce qu’ils savent qu’ailleurs l’énergie est abondante et meilleur marché. C’est un risque majeur», a prévenu froidement le 10 octobre sur BFM Business, Louis Gallois, l’un des derniers grands dirigeants industriels du pays. Il a présidé la SNCF, EADS, l’Aérospatiale et la Snecma. Les États-Unis, où les prix du gaz restent bien plus faibles qu’en Europe grâce à une production domestique abondante de gaz de schiste, pourraient être une destination de choix. L’Europe et la France se refusent à exploiter le gaz de schiste qui se trouve dans leur sous-sol.

D’ores et déjà, la production industrielle française devrait baisser de 10% au quatrième trimestre par rapport à la même période de 2021. Plus de 350 entreprises en difficulté ont sollicité le ministère de l’Economie pour obtenir des aides. «Je n’ai jamais caché que l’augmentation des prix de l’électricité et du gaz représentait un risque majeur pour l’industrie française», a reconnu» Bruno Le Maire, ministre de l’Economie.

Selon France Industrie, les quatre secteurs les plus touchés par la hausse des prix de l’électricité et du gaz sont «l’aluminium, l’acier, le verre et la chimie». Les transports, la sous-traitance mécanique, les industries agricoles et alimentaires, le ciment, le textile et la pêche sont également très affectés. Pour leurs achats «les industriels vont maintenant se fournir ailleurs, surtout dans la chimie. Les produits chimiques sont trop chers et ne peuvent plus être achetés en France», affirme France Industrie.

L’Allemagne débloque 200 milliards pour sauver son industrie

La situation est d’autant plus périlleuse, que l’Allemagne a pris les devants pour sauver son industrie avec des moyens budgétaires sans commune mesure avec ceux de la France et également un tissu industriel autrement plus puissant. Berlin a annoncé, sans concertation avec ses partenaires européens, un plan de soutien colossal de 200 milliards d’euros (5% de son Pib) pour permettre à son économie d’encaisser le choc de l’envolée des prix de l’énergie… L’industrie représente près de 27% de la valeur ajoutée du Pib de l’Allemagne, près de 23% de celui de l’Italie et moins de 18% de celui de la France.

D’ailleurs le commissaire européen au Marché intérieur, le français Thierry Breton, a pris la plume, avec son collègue italien à l’Économie, Paolo Gentiloni, pour s’inquiéter publiquement de cette politique non coopérative. «Plus que jamais, nous devons éviter de fragmenter le marché intérieur, d’installer une course aux subventions et de remettre en question les principes de solidarité et d’unité qui fondent notre projet européen. C’est d’autant plus vrai à un moment où les États-Unis prennent –dans le cadre de l’Inflation Reduction Act– des mesures d’attractivité sans précédent», ont écrit les deux hommes.

La France cherche la solution à Bruxelles. Paris cherche à simplifier et élargir son guichet d’aides mis en place pour les entreprises les plus exposées à l’augmentation des prix de l’énergie et qui ne peuvent pas se permettre de répercuter la hausse de leurs coûts dans leurs prix de vente. Les critères imposés jusqu’à présent par la Commission européenne sont jugés bien trop limitatifs.

Obtenir l’accord de la Commission

Bruno Lemaire plaide pour un doublement de tous les plafonds d’aides destinées aux entreprises dites «énergo-intensives», dont la consommation de gaz ou d’électricité dépasse 3% de leur chiffre d’affaires. Ces plafonds passeraient de 2 à 4 millions d’euros pour les PME et, sous certaines conditions, de 25 à 50 millions, voire de 50 millions à 100 millions pour les entreprises les plus exposées. Le critère qui exige un excédent brut d’exploitation négatif pendant trois mois pourrait tomber: un mois pourrait devenir suffisant pour avoir droit au soutien public.

Le gouvernement espère que ce dispositif puisse être mis en place au 1er novembre. Il faudra pour cela l’accord de la Commission dont la rapidité n’a jamais été le point fort.

La rédaction

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