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Fusionner les réseaux électrique (RTE) et de gaz (GRT) pour accélérer le développement des renouvelables et de l’hydrogène

Ligne haute tension

Fusionner les réseaux électrique (RTE) et de gaz (GRT) pour permettre d’accélérer le développement des renouvelables et de l’hydrogène est un projet à la fois ambitieux et risqué. Le réseau de gaz serait utilisé pour stocker l’excès d’électricité renouvelable et nucléaire en le transformant en hydrogène. Le gouvernement n’y est pas insensible. Cela lui permettrait de montrer qu’il agit pour la transition énergétique. Mais les oppositions sont nombreuses tout comme les obstacles financiers et techniques.

Les grandes manœuvres pourraient se succéder dans le monde français de l’énergie. Si la séparation en deux entités d’EDF, le projet Hercule, n’est plus une priorité, l’attention est aujourd’hui portée sur un possible rapprochement entre les réseaux de transports d’électricité et de gaz. Un projet existe destiné à créer un réseau unique de distribution d’énergie. Il est notamment porté  par Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie. Et il le défend à l’Assemblée nationale et à Bruxelles. Mais il reste à convaincre les deux maisons mères, EDF et Engie, et le gouvernement.

Stocker l’électricité renouvelable et nucléaire surabondant avec l’hydrogène

Les deux grands réseaux de transports d’électricité (RTE) et de gaz (GRT Gaz) sont des filiales respectivement d’EDF et d’Engie (ex-GDF). Les deux sociétés rêvent de s’émanciper de leurs maisons mères et de devenir des acteurs à part entière de la transition énergétique. Le patron de RTE, François Brottes, avait proposé une telle fusion il y a trois ans au Pdg d’EDF, Jean-Bernard Levy, qui s’y était opposé. Mais le patron de RTE a depuis gagné des alliés. La Commission de régulation de l’énergie, la Caisse des Dépôts, actionnaire des deux réseaux (49,9% de RTE et 25% de GRT Gaz), les syndicats et dans une moindre mesure Engie. Surtout, le projet permettrait aujourd’hui au gouvernement de montrer qu’à l’image de l’Allemagne et de la Commission européenne, lui aussi se donne les moyens de créer une filière d’hydrogène propre. Cette fusion deviendrait un outil de communication politique et une preuve tangible de l’engagement écologique du gouvernement.

Sur le plan technique cette fois, RTE est confronté et le sera de plus en plus au principal défaut des énergies renouvelables éoliennes et solaires, l’intermittence. Cela fragilise les réseaux et cela signifie que quand l’éolien et le solaire assurent une partie importante de la production électrique, le système doit être capable à tout moment d’activer d’autres moyens de production non intermittents, dits «pilotables». La sécurité de l’approvisionnement électrique est ainsi assurée par des centrales au gaz, au charbon et au fuel et, en France, par des centrales nucléaires. La seule façon de contourner ce problème passe, quand il n’y a pas de soleil et de vent, par le stockage de l’électricité.

Les batteries ne sont pas à l’échelle des besoins d’un réseau national de distribution d’énergie. Pour donner un exemple frappant, stocker deux journées de consommation d’électricité aux Etats-Unis nécessiterait 1000 années de production de la gigafactory qui fabrique dans le désert du Nevada les batteries de Tesla, la plus grande usine de ce type au monde…

Effet d’annonce politique

Il ne reste aujourd’hui qu’une solution, fabriquer de l’hydrogène vert par électrolyse quand l’électricité non émettrice de CO2 est surabondante sur le réseau, qu’elle soit éolienne, solaire, hydraulique ou nucléaire. C’est ce que veut faire l’Allemagne en investissant 9 milliards d’euros et c’est ce que souhaiterait faire RTE et GRT Gaz. Le réseau de gaz serait utilisé pour stocker l’excès d’électricité en le transformant en hydrogène. Et inversement, l’hydrogène serait (re)transformé en électricité quand le réseau de RTE a besoin d’être alimenté pour faire face à la demande. La France pourrait disposer ainsi d’un outil de pilotage énergétique unique sur tout le territoire et relativement indépendant des fournisseurs EDF et Engie. Mais RTE n’est pas à l’abri des contradictions et expliquait, dans un rapport publié au début de l’année, que produire de l’hydrogène bas carbone ne devait pas être une priorité avant des décennies…

En tout cas, les syndicats, tout puissants chez EDF et Engie, seraient favorables à la fusion des réseaux, notamment la CGT. Elle y voit un élément d’un grand pôle public de l’énergie.L’idée séduit aussi au ministère de la Transition écologique et solidaire qui y voit un moyen de montrer qu’il agit. Mais faut-il que l’Etat ait les moyens d’investir massivement et durablement et plus encore que RTE et GRT possèdent les compétences, le savoir-faire et les capacités d’organiser pour créer et gérer un tel réseau dit «intelligent». On a vu avec les errements du chantier de l’EPR de Flamanville la perte dramatique de compétence dans l’industrie et l’énergie en France.

Engie, qui est dans une phase profonde de restructuration, ne serait pas opposé à la fusion à condition de rester un actionnaire important de la nouvelle entité, mais forcément minoritaire puisque la valeur de GRT Gaz est inférieure à celle de RTE. EDF, fragilisé financièrement et stratégiquement par la catastrophe du chantier de l’EPR de Flamanville et qui doit être recapitalisé avant la fin de l’année, est beaucoup plus circonspect. L’électricien public craint de perdre presque définitivement sa capacité à peser sur la stratégie de transition énergétique.

Tout pourrait dépendre du choix du nouveau président de RTE. François Brottes ne sera vraisemblablement pas reconduit à la tête de l’entreprise à la fin de l’été. Si le nouveau patron de RTE est proche d’EDF, la fusion restera un projet. S’il vient d’autres horizons, cela signifie que le gouvernement a fait le choix ambitieux et risqué d’investir dans un réseau unique et «intelligent» de distribution et de stockage d’énergie sur tout le territoire.

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