Face à l’évolution des marchés mondiaux de l’énergie, les entreprises de la chaîne d’approvisionnement des véhicules électriques se hâtent de diversifier leurs activités. De nombreux constructeurs de véhicules électriques et fabricants de batteries se tournent vers le débouché naturel pour leurs produits, qu’ils soient d’occasion ou recyclés : le stockage d’énergie.
Le géant chinois des batteries CATL a ainsi annoncé son objectif de porter la part du stockage d’énergie à 50% de ses ventes mondiales d’ici 2030. Il s’agit d’un virage stratégique majeur aux répercussions considérables sur les marchés mondiaux. CATL est le premier fabricant mondial de batteries pour véhicules électriques. Il représente la moitié de l’immense marché chinois des batteries et pas moins de 38,1% du marché mondial…
La décision de l’entreprise de viser 50% de ventes liées au stockage d’énergie d’ici la fin de la décennie n’est que la dernière étape d’une réorientation lancée il y a plusieurs années, délaissant progressivement les batteries pour véhccules au profit du stockage d’énergie. Il y a cinq ans, le stockage d’énergie ne représentait que 2% des ventes de CATL. Aujourd’hui, ce secteur compte pour un quart de ses ventes.
Marché secondaire
De nombreux autres constructeurs de VE et fabricants de batteries suivent la même tendance. Lorsque Donald Trump a au début de son second mandat démantelé une grande partie des mesures de soutien aux véhicules électriques mises en place sous l’ère Biden, des constructeurs comme General Motors et LG ont massivement commencé à réorienter leurs activités vers le stockage d’énergie. Tandis que les perspectives pour les véhicules électriques semblaient incertaines, le besoin croissant en capacités de stockage d’énergie — porté par le développement des centres de données pour l’IA — apparaissait comme une option bien plus prometteuse.
Le stockage d’énergie offre également un marché secondaire très porteur pour les batteries de VE retirées de la circulation. Celles-ci conservent un potentiel d’utilisation important et constituent un véritable gisement de minéraux critiques. Détourner ces batteries de la mise en décharge pour les réutiliser dans des applications de stockage d’énergie représente une opportunité intéressante tant pour les constructeurs automobiles que pour les entreprises du secteur de l’énergie.
Un actif énergétique à longue durée de vie
Le phénomène s’accélère, porté par une évolution récente et surprenante du marché automobile chinois concernant les batteries de véhicules électriques d’occasion. Le parc de véhicules électriques chinois s’étend si rapidement que l’âge moyen des véhicules électriques en circulation en Chine n’est plus que d’environ 1,8 an, contre plus de huit ans pour les véhicules thermiques à essence.
Ce chiffre reflète une croissance exceptionnelle des ventes plutôt qu’une durée de détention inhabituellement courte, mais il illustre la rapidité avec laquelle les nouvelles technologies pénètrent le marché. La valeur des véhicules électriques d’occasion a chuté bien plus vite que ne le prévoyaient de nombreux analystes ; certains ne conservent guère plus de 40% de leur valeur initiale après seulement trois ans.
Cette dépréciation rapide sur le marché chinois des véhicules électriques est souvent présentée comme la preuve que ces derniers sont en train de devenir des produits électroniques grand public jetables. Pourtant, la réalité pourrait bien être tout autre. Si le véhicule perd de la valeur, la batterie, elle, s’impose de plus en plus comme un actif énergétique durable appelé à connaître plusieurs vies commerciales.
On attend désormais des batteries mises sur le marché qu’elles génèrent une valeur économique positive tout au long de leur cycle de vie. Plutôt que de finir directement au stade du recyclage, de nombreux packs seront d’abord remis à neuf, réutilisés dans d’autres véhicules ou reconvertis pour le stockage d’énergie stationnaire, pour n’être recyclés qu’après plusieurs décennies d’utilisation productive. D’ici 2035, le marché des batteries en fin de vie devrait être bien plus vaste qu’aujourd’hui, donnant naissance à un écosystème industriel entièrement nouveau.
Les batteries à sable
Il existe également des expérimentations à grande échelle portant sur des technologies radicalement différentes. La Finlande, par exemple, a mis au point une méthode plutôt originale pour stocker l’énergie renouvelable excédentaire et la réinjecter dans le réseau à la demande : les batteries à sable.
La start-up technologique finlandaise Polar Night Energy a construit la plus grande batterie à sable commerciale au monde. Il s’agit d’un système révolutionnaire de stockage d’énergie thermique à haute température, capable d’emmagasiner 100 MWh d’énergie renouvelable. Situé à Pornainen, dans le sud de la Finlande, ce silo de taille industrielle mesure 13 mètres de haut et contient 2.000 tonnes de stéatiteconcassée, un sous-produit facilement disponible issu de la fabrication locale de cheminées.
La batterie puise de l’électricité bon marché sur le réseau lors des pics de production, lorsque l’énergie éolienne et solaire est abondante. Cette énergie électrique alimente une résistance chauffante — comparable à un sèche-cheveux industriel géant — pour chauffer de l’air. Un circuit fermé de conduites intégrées fait circuler cet air surchauffé à travers la stéatite concassée, portant la température interne entre 400 °C et 600 °C. La stéatite est capable de conserver cette énergie pendant des semaines, voire des mois, avec un minimum de pertes, grâce à sa densité thermique et à sa capacité thermique élevées.
Pour restituer l’énergie lors des périodes de forte demande, de l’air frais est propulsé dans le réseau de conduites interne afin d’extraire la chaleur des pierres. Cette chaleur est ensuite transférée vers un échangeur thermique pour produire de l’eau chaude, atteignant des températures allant jusqu’à 400 °C. L’ensemble du processus est entièrement automatisé par logiciel. Un système de surveillance piloté par IA suit en temps réel les prix de l’électricité sur le marché au comptant pour charger automatiquement la batterie lorsque l’électricité est quasi gratuite (ou à prix négatif), puis pour la décharger lors des pics de demande sur le réseau ou des besoins de chauffage, garantissant ainsi une grande viabilité économique.
Le stockage d’énergie de longue durée s’impose comme l’un des segments connaissant la croissance la plus rapide dans le cadre de la transition énergétique, à mesure que les réseaux intègrent des volumes croissants d’énergie éolienne et solaire intermittente. Si les batteries lithium-ion dominent le marché actuel, les opérateurs énergétiques étudient de plus en plus des technologies de stockage alternatives, capables de conserver l’énergie pendant des jours, des semaines, voire des mois, à moindre coût. La batterie à sable finlandaise est l’une des premières technologies à l’échelle commerciale à démontrer ce à quoi pourrait ressembler le stockage d’énergie thermique de longue durée.













