Transitions & Energies
Angela_Merkel

L’Allemagne contrainte de faire tourner à plein régime ses centrales à charbon


L’histoire est cruelle. L’Allemagne qui voulait imposer à l’ensemble de l’Europe son modèle de transition énergétique, fait de renouvelables intermittents (éolien et solaire) et de centrales à gaz, est contrainte aujourd’hui de prendre des mesures d’urgence pour faire face au quasi-arrêt des livraisons de gaz venant de Russie. Et parmi celles-ci, il y a la relance, annoncée comme «provisoire», de la production électrique par des centrales à charbon. Et l’Allemagne pourrait ne pas être le seul pays européen à suivre cette voie. En France, la centrale à charbon de Saint-Avold, en Moselle, pourrait reprendre du service…

L’Allemagne mesure chaque jour un peu plus l’inefficacité de la stratégie énergétique (Energiewende) lancée il y a une quinzaine d’années noatmment par la chancellière Angela Merkel et qui s’est traduite à la fois par des investissements de centaines de milliards d’euros, une envolée des prix de l’énergie et une dépendance grandissante aux importations, notamment de gaz russe. Résultat avec l’arrêt progressif des livraisons de gaz russe par gazoduc à l’ensemble de l’Europe, la coalition au pouvoir en Allemagne, qui comporte le parti Vert, est contrainte de prendre des mesures d’urgence pour garantir l’approvisionnement électrique en ayant recours aux centrales à charbon. Car les renouvelables, éolien et solaire, ont notamment pour inconvénient de fournir de l’électricité de façon intermittente et aléatoire. Et tant qu’il sera impossible de stocker massivement l’électricité, en dépit des promesses inconsidérées des écologistes, des gouvernements et des institutions internationales, les systèmes de production éolien et solaire doivent être doublés par des systèmes dits pilotables, centrales thermiques (gaz et charbon) et centrales nucléaires. Une réalité que l’Allemagne est obligée aujourd’hui d’admettre.

Des mesures d’urgence

Ainsi, Berlin a pris dimanche 19 juin des mesures d’urgence. «Pour réduire la consommation de gaz, il faut utiliser moins de gaz pour produire de l’électricité. A la place, les centrales à charbon devront être davantage utilisées», a déclaré le ministère de l’Economie dans un communiqué.

Le recours «temporaire» au charbon est un revirement voire un reniement pour le gouvernement d’Olaf Scholz qui avait fait de la baisse des émissions de gaz à effet de serre et de la sortie du charbon d’ici à 2030 ses priorités. Berlin a également décidé d’instaurer un système d »enchères permettant de réduire la consommation de gaz des groupes industriels qui en sont de grands consommateurs notamment dans l’industrie lourde et la chimie.

Et le retour au charbon pourrait ne pas être réservé à l’Allemagne. L’Italie, la Grèce et même la France avec son parc nucléaire y songent. A la mi-mai, Bruxelles a donné en quelque sorte son feu vert pour brûler plus de charbon au cours de la prochaine décennie. «Le charbon devrait produire annuellement 100 térawattheures supplémentaires, soit environ la consommation d’électricité de la Belgique, au cours des cinq à dix prochaines années», rapporte le Financial TimesLes pays européens pourraient «rester plus longtemps avec le charbon» avant de passer aux énergies renouvelables pour éviter de dépendre du gaz avait reconnu Frans Timmermans, le président de la Commission européenne, en mars sur la radio britannique BBC.

En France, la centrale à charbon de Saint-Avold, en Moselle, dont la fermeture était prévue fin mars, pourrait reprendre du service à l’hiver prochain, a indiqué le ministère de la Transition écologique, à la fin du mois de mars.

Pour le ministre allemand de l’Economie et du Climat Robert Habeck, qui est écologiste, «c‘est amer, mais c’est indispensable pour réduire la consommation de gaz», a expliqué . Une loi devrait être votée d’ici au début de l’été. Le ministre a aussi assuré que cette relance du charbon était «provisoire». «Il ne faut pas se faire d’illusion, nous sommes dans une épreuve de force avec Poutine… Il faut tout faire pour baisser notre consommation. Et l’industrie est un facteur essentiel», a ajouté M. Habeck.

Gazprom a réduit drastiquement ses livraisons… à la suite de problèmes techniques

Le groupe gazier russe Gazprom a procédé cette semaine à des baisses importante de livraisons à plusieurs pays européens via la gazoduc Nord Stream ce qui est considéré comme des mesures de rétorsion aux sanctions prises par les pays européens contre Moscou après l’invasion de l’Ukraine le 24 février par l’armée russe. Les coupures ciblent aussi les pays manifestant le soutien le plus déterminé à Kiev. Arguant d’un problème technique… pour ne pas rompre les contrats existants, Gazprom a réduit de 40%, puis encore de 33% ses envois.

Le robinet est maintenant totalement fermé pour la Pologne, la Bulgarie et la Finlande. Le débit est fortement réduit vers l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie, et plus aucun mètre cube ne parvient en France. Vendredi 17 juin, le gestionnaire du réseau français de transport de gaz, GRTgaz, a annoncé ne plus rien recevoir de Russie par gazoduc depuis le 15 juin. Ce gaz transitait par un unique point d’interconnexion avec l’Allemagne. Environ 17% du gaz consommait en France provient de Russie. Il était livré par gazoduc (la grande majorité) ou par navires méthaniers.

La situation n’est pas critique car en période estivale il n’est évidemment pas nécessaire de chauffer les bâtiments. Mais la réduction considérable des livraisons intervient au moment où les pays veulent profiter de l’été pour reconstituer leurs stocks avec un objectif d’au moins 80% d’ici novembre dans l’Union européenne.

L’Europe est très dépendante du gaz russe qui assure 40% de sa consommation. La proportion est encore plus forte pour certains pays comme l’Allemagne (55%) ou la Bulgarie (85%).

La France et l’Allemagne veulent éviter rassurer. Les stocks des deux pays augmentent et en sont à 56%, notamment pour la France grâce aux achats massifs de cargaisons de Gaz naturel liquéfié (GNL). Les stocks de l’UE sont en moyenne à 52%, selon Gas Infrastructure Europe, ce qui est mieux que l’an dernier à la même époque, mais en-dessous des deux années précédentes.

Les prix s’envolent à nouveau

«Nous devons faire tout notre possible pour stocker le plus de gaz possible en été et en automne. Les stockages de gaz doivent être pleins pour l’hiver. C’est la priorité absolue», a expliqué en Allemagne M. Habeck. De nouveaux crédits de la banque publique KfW seront débloqués pour Trading Hub Europe, l’organisme responsable de l’achat de gaz en Allemagne. Fin avril, le gouvernement avait instauré une loi imposant aux propriétaires de cuves un remplissage minimum, pouvant atteindre 90% début décembre, sous peine d’expropriation.

Evidemment, la baisse des livraisons de Gazprom a eu des conséquences immédiates sur les prix. Le cours de référence du gaz naturel en Europe, le TTF néerlandais, a bondi à près de 130 euros le mégawattheure (MWh) vendredi 17 juin, contre environ 100 euros deux jours plus tôt… et autour de 30 euros il y a un an.

La rédaction

En ligne dès maintenant


Inscrivez-vous à la newsletter de Transitions&Énergies




Agenda

L’Allemagne contrainte de faire tourner à plein régime ses centrales à charbon
Qui fait quoi dans le monde de l’énergie