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Pour Dan Yergin, la crise pétrolière et gazière sera de longue durée


Dan Yergin est un des plus grands experts du marché pétrolier. Il estime que le déséquilibre entre l’offre et la demande de brut mais aussi entre l’offre et la demande de produits pétroliers raffinés (essence et diesel) va perdurer pendant des mois. C’est une crise qui remonte bien avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, même si la guerre l’a amplifiée. Elle est la conséquence d’un sous-investissement depuis des années dans le pétrole et aussi le gaz.

Dan Yergin est vice-président de Standard & Poor’s et lun des experts les plus renommés en matière d’énergie et plus particulièrement de pétrole. Il a écrit plusieurs livres qui font référence comme «The New Map: Energy, Climate, and the Clash of Nations» (La nouvelle carte: énergie, climat et le choc des nations), «The Prize: The Epic Quest For Oil, Money And Power» (Le prix: la quête épique pour le pétrole, l’argent et le pouvoir) ou «The Quest: Energy, Security And The Remaking Of The Modern World» (La quête: énergie, sécurité et la transformation du monde moderne).

Il a accordé à une longue interview au magazine américain Forbes sur la crise pétrolières actuelle. Tout d’abord, pour lui il n’y a pas de raisons pour que les prix du pétrole et des carburants baissent dans les prochaines semaines ou les prochains mois. Au contraire. «Les prix que nous voyons aujourd’hui sont la conséquence de plusieurs années de décisions et de non décisions, cela ne s’est pas passé en une nuit. Nous étions dans une crise énergétique mondiale bien avant que la Russie envahisse l’Ukraine. Elle a commencé à l’automne dernier».

«Il n’y a pas de robinet à ouvrir qui va venir déverser du pétrole»

Dan Yergin considère que tous les signes vont dans la même direction, une poursuite de la hausse des cours du baril et de l’augmentation des prix des carburants. «La possibilité de voir de nouvelles sources d’approvisionnement sur le marché international ne cesse de se réduire. Bien qu’il y ait beaucoup de discussions autour des capacités en réserve de deux pays -l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis- ce ne sont pas des quantités très importantes. Je pense que cela passe inaperçu dans la discussion. Il n’y a pas de robinet à ouvrir qui va venir déverser du pétrole. Et la probabilité que du pétrole iranien arrive sur le marché est de plus en plus improbable tandis que l’offre de pétrole russe sera contrainte. En plus de cela, l’économie chinoise s’ouvre à nouveau et la demande augmente

Au sujet des risque de pénuries dans certains marchés de produits pétroliers raffinés, essence comme diesel. «Beaucoup de raffineries ont été fermées dans le monde occidental. La plupart des gens n’y ont pas pensé de cette façon, mais de la même façon qu’il existe un marché mondial du pétrole, il y a aussi un marché mondial des produits raffinés. C’est un marché distinct, et la Russie en fait partie intégrante, fournissant du diesel à l’Europe tandis que l’Europe fournit de l’essence à l’Amérique du Nord. Ce système, en partie à cause de la guerre et d’autres restrictions est également dans une situation très tendues. L’approvisionnement en brut et le système de produits raffinés sont tous deux très tendus.»

Le marché du GNL (Gaz naturel liquéfié) a pris une dimension géopolitique

Dan Yergin s’inquiète du risque grandissant de ce qu’il appelle des «politiques de panique» de la part des gouvernements aux Etats-Unis, en Europe et ailleurs face au mécontentement des populations devant l’envolée des prix des carburants. Il pense notamment à des embargos sur les exportations de produits pétroliers qui feraient s’envoler les prix sans s’attaquer à l’origine de la crise. A savoir, «le fait que c’est devenu un marché très tendu et à l’échelle mondiale tient à ce que nous avons eu ce que j’appelle un sous-investissement préventif dans le développement du pétrole comme du gaz au cours des dernières années».

Il insiste également sur le fait que le marché du GNL (Gaz naturel liquéfié) a pris aujourd’hui une véritable dimension géopolitique. Les gouvernements en Europe «considèrent désormais le GNL américain comme un atout stratégique. Ils en dépendent. Donc, encore une fois, nous parlons du risque de politiques de panique [aux États-Unis]. Si des limites étaient imposées aux exportations de GNL, ce serait un choc terrible pour l’unité occidentale et la capacité de l’Europe à maintenir le cap.»

La rédaction

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