<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Le temps presse pour reconstituer les stocks de gaz européens

27 mai 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Omera Spheres stockage gaz liquéfié D.R.
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Le temps presse pour reconstituer les stocks de gaz européens

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L’Europe entre dans l’été en fâcheuse posture pour faire face à ses besoins de gaz naturel à partir de l’automne et surtout pendant l’hiver à la fois pour le chauffage, la production d’électricité et l’industrie. Les réserves de gaz sont à des niveaux historiquement faibles du fait à la fois d’un hiver 2025-2026 un peu plus rigoureux que les précédents et de désinvolture de bon nombre de pays sur la reconstitution de leurs stocks. La grande peur née de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 et de la crise énergétique qui a suivi a déjà été oubliée. Avant qu'une nouvelle crise énergétique, née cette fois de la guerre contre la République islamique d'Iran, vienne rappeler les dirigeants européens à leurs obligations. C'est ce que fait le géant gazier norvégien Equinor. Il met en garde. Si le trafic dans le détroit d’Ormuz ne revient pas à la normale d’ici 1 à 3 mois, l’Europe se trouvera face à une envolée des prix du gaz et vraisemblablement des pénuries. Et le Qatar, deuxième exportateur mondial vient de prolonger jusqu'à la mi-août la clause dite de force majeure qui lui permet de ne pas tenir ses obligations de livraisons contractuelles de GNL (Gaz naturel liquéfié).

Pour le moment, la crise énergétique née de la guerre lancée le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique d’Iran a eu essentiellement un impact sur les cours du pétrole et les prix des carburants à la pompe. Mais elle présente potentiellement un risque plus grand encore avec le gaz naturel. Environ 20% de l’approvisionnement mondial en GNL (Gaz naturel liquéfié) passe par le détroit d’Ormuz aujourd’hui bloqué. Et contrairement au pétrole, il y a peu de moyens de substitution, en tout cas en l’espace de quelques mois. Les exportations supplémentaires des Etats-Unis et dans une moindre mesure de l’Australie ne peuvent pas compenser la disparition du marché du deuxième exportateur, le Qatar. Et le Qatar vient d’ailleurs de prolonger jusqu’au mois d’août la clause dite de force majeure qui lui permet de ne pas tenir ses obligations de livraisons contractuelles. Pour l’instant, le problème d’éventuelles pénuries de gaz ne se pose pas parce que la consommation de gaz pour le chauffage et la production d’électricité est faible à la belle saison. Mais quand les températures baissent et que les renouvelables intermittents, éolien et surtout solaire, produisent moins, le gaz devient alors indispensable.

Facteur aggravant, la discipline imposée par l’Union Européenne (UE) au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et de la fin subite  de l’approvisionnement en gaz russe par gazoducs s’est considérablement relâchée. Résultat, le niveau des réserves de gaz des pays européens est historiquement bas (voir l’infographie ci-dessous) et il faut rapidement le reconstituer dans les prochains mois avant l’automne et l’hiver. Si ce n’est pas le cas et avec un hiver rigoureux, l’UE pourrait bien connaître des pénuries et une envolée des prix du gaz et de l’électricité pour les pays qui dépendent des centrales à gaz pour alimenter leurs réseaux électriques.

Les stocks de gaz européen au plus bas

En pourcentages. Premiers mois de l’année 2026 (en jaune) par rapport à la moyenne de remplissage (2017-2025). Source: ACER (EU Agency for the Cooperation of Energy Regulators).

La mise en garde est sans appel et provient du géant gazier norvégien Equinor. L’Europe risque d’être confrontée à une difficulté insurmontable pour reconstituer ses stocks de gaz naturel si le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz n’est pas totalement réouvert dans un délai de 1 à 3 mois. Il faut rappeler que Equinor connait son marché. Il a fourni l’an dernier 28% des importations de gaz de l’Union Européenne…

Et l’UE se trouve aujourd’hui avec des réserves de gaz à des niveaux faibles pour cette période de l’année (38%) du fait à la fois d’un hiver 2025-2026 un peu plus rigoureux que les précédents et d’une grande désinvolture sur la reconstitution des stocks. La norme saisonnière de remplissage des stocks est normalement de l’ordre de 50%. Du coup, si les perturbations du marché mondial du GNL perdurent, il n’est pas sûr que les pays de l’UE puissent atteindre l’objectif imposé par l’UE de 80% à 90% de remplissage des stocks à l’entrée dans l’hiver. Ou alors, il faudra payer des prix extrêmement élevés pour arracher des cargaisons destinées à l’Asie…

L’Allemagne les Pays-Bas et la France pris en flagrant délit de laxisme

Tous les pays européens ne sont pas logés à la même enseigne. Ceux du Nord-Ouest ont fait face à des consommations élevées de gaz pendant l’hiver pour répondre aux besoins de chauffage et dans le même temps à une hausse de la demande en électricité produite par les centrales à gaz du fait de performances médiocres des renouvelables intermittents (éolien comme solaire). Les niveaux des réserves de gaz aux Pays-Bas, en Allemagne et en France sont tombés à des niveaux critiques avant même le début du printemps. Les réserves néerlandaises sont descendues jusqu’à 5,8% à la fin de l’hiver, leur plus bas niveau en dix ans ! Les niveaux de stockage en Allemagne sont tombés à environ 20% et ceux en France autour de 22% au moment où le printemps a fait son apparition. Les stocks étaient à la fin mai remplis à 38% en France, 29% en Allemagne, 20% en Belgique, 13% aux Pays-Bas et 10% en Suède. Hors de l’Union Européenne, ils étaient à 16% au Royaume-Uni.

Enfin, il ne faut pas oublier que les pays européens sont sensés ne plus du tout acheter de gaz russe d’ici la fin de l’année 2027 ce qui ne les a pas empêché d’importer encore 14% de leur GNL de Russie l’an dernier.

Un marché sans repères

A cela est venu s’ajouter un dérèglement du système de fixation des cours du gaz sur le marché européen. Les prix au comptant se sont retrouvés à des niveaux supérieurs à ceux des contrats hivernaux comme si les traders pariaient sur une reprise rapide et sans problème de l’approvisionnement après des difficultés immédiates seulement passagères. Un pari qui peut s’avérer risqué.

Traditionnellement, les opérateurs profitent de prix plus faibles en été pour reconstituer les stocks tandis que les cours s’envolent pendant la saison hivernale marquée par une forte demande. Mais le blocage du détroit d’Ormuz par la République islamique d’Iran qui a aussi attaqué et endommagé les installations de liquéfaction de gaz du Qatar ont changé la donne. Il y a eu soudain une forte concurrence pour les cargaisons de GNL disponibles au point que certaines que les Etats-Unis devaient livrer en Europe sont finalement parties… vers des pays asiatiques.

Risque de destruction de la demande

Pour Equinor, seule une sortie rapide du blocage du détroit d’Ormuz permettra à l’Europe d’atteindre un niveau de stockage raisonnable de l’ordre de 75% d’ici l’hiver. Si les exportations de GNL qataris restent à l’arrêt, les prix du gaz naturel devraient flamber en Europe et atteindre 90 euros le MWh pour la référence TTF. Ils se situent actuellement autour de 48 euros le MWh. Cela pourrait se traduire par une destruction de la demande de gaz pour la production d’électricité d’environ 10 milliards de mètres cubes et un recours accru aux autres combustibles, notamment le charbon, dans l’industrie et la production électrique.

Cela dit, on peut se consoler en considérant que la crise gazière que connaît actuellement l’Europe est loin d’être aussi grave que celle ayant suivi en février 2022 l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la destruction des gazoducs NordStream. L’UE avait alors perdu la quasi-totalité de son approvisionnement en gaz russe. La flambée des prix du gaz et de l’électricité avait alors été sans précédent. Mais le marché mondial du GNL disposait alors également de marge de manœuvre qu’il n’a plus aujourd’hui.

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